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L'agenda Ciné

Clara Sola... Portrait de femme

23 mai 2022 à 22:58Temps de lecture2 min
Par L'Agenda Ciné

Une masure à l’écart d’un village de montagne dans la jungle costaricaine. C’est là que vit Clara, entourée de sa mère et de sa nièce de 15 ans. La quarantaine, affligée d’une scoliose et atteinte d’un léger trouble mental, elle ne peut s’aventurer au-delà d’un périmètre délimité par des rubans violets. Autre contrainte imposée : l’interdiction qui lui est faite de se masturber sous peine de voir ses doigts badigeonnés de piments rouges ou pire, brûlés. Il y a aussi cette opération du dos qui lui est proposée pour la soulager, mais que sa mère refuse " considérant que Dieu l’ayant ainsi faite, c’est comme ça qu’elle doit rester ". Toutes ces restrictions n’ont qu’un but : préserver les dons de guérisseuse qu’aurait Clara et dont sa mère tire profit lors de grandes cérémonies à la gloire de la Vierge Marie où se pressent les malades des alentours.

Les seules sources de réconfort de la quarantenaire sont la communion avec la nature et la compagnie de Yuca, la jument blanche (l’autre source de revenus de la famille), dont elle ne peut pas se passer.  

L’arrivée de Santiago, un jeune ouvrier agricole, pour aider au quotidien de la maisonnée, va faire bouger les lignes…  

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Jungle fever

Sélectionné et remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs en 2021 au Festival de Cannes, Clara Sola est le premier film de la réalisatrice Nathalie Álvarez Mesén, née en Suède d’un père uruguayen et d’une mère costaricaine. À 33 ans, celle dont l’un des films préférés est Rosetta des frères Dardenne nous offre un superbe portrait de femme pour parler du désir féminin et traiter au passage du poids des superstitions et de la religion.

Victime d’un matriarcat, représenté par sa mère Felicia, qui n’a rien à envier à ce patriarcat que l’on a plus souvent coutume de voir épinglé (ce qui n’est pas le moindre des intérêts du film), Clara est une femme finalement plus libre que ce que laisse supposer, de prime abord, son état mental et physique. Si elle respecte jusque-là ce qu’on lui impose, elle n’est pas dupe du rôle que l’on veut lui faire jouer !

Son échappatoire et sa liberté, c’est la nature qui les lui offre. Une nature qu’elle préfère à la compagnie de ses semblables.

Insensiblement l’exemple de sa nièce, une adolescente pleine de vie qui se prépare à fêter ses 15 ans, et l’attraction pour cet ouvrier agricole - figure masculine (pratiquement la seule du film !) très loin du mâle toxique avec un grand M - finiront de la sortir de ce carcan social et culturel dans lequel elle était enserrée.

Aux frontières du fantastique (on pense à Carrie de Brian de Palma d’après Stephen King) Clara Sola, film à la fois réaliste et d’une étonnante sensualité doit beaucoup à ses interprètes (tous des non professionnels) et principalement à la danseuse Wendy Chinchilla Araya, terriblement vibrante et inspirante dans le rôle de Clara.  

Clara Sola est une belle découverte… ne vous en privez pas !  

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