Belgique

Circonscription fédérale : la fausse bonne idée ?

Philippe Walkowiak

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30 mai 2022 à 09:59Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

 

Monstre du Loch Ness de la politique belge, compagnon des jours creux des réformes institutionnelles : la refédéralisation de compétences ou son corollaire électoral : voilà la circonscription unique fédérale.

Une vieille idée…

L’instauration d’une circonscription fédérale apparaît déjà dès 2007, aussi bien au sein du Groupe Pavia autour du philosophe Philippe Van Parijs que de personnalités politiques, comme Guy Verhofstadt ou Louis Michel (dont il faut épingler au passage la popularité au nord comme au sud du pays, ce qui n’est pas innocent dans ce débat). L’idée intervient également après l’émission de la RTBF, Bye bye Belgium (décembre 2006) qui a fait prendre conscience que l’éclatement du pays n’était peut-être pas une chimère. [1]

Enfin, il est vrai que le fédéralisme belge (un fédéralisme de déconstruction, conçu au coup par coup en fonction des nécessités du moment bien plus que dans une perspective d’un large et meilleur fonctionnement de l’ensemble des structures de l’état), a développé une particularité unique au monde : il n’y a pas (plus) de partis " nationaux ", hormis le PVDA/PTB. Et ce n’est pas un hasard de l’Histoire.

 

… pour se rassurer

Le fédéralisme belge reste un fédéralisme d’antagonisme, qui a d’ailleurs vu entre la fin des années 60 et le milieu des années 70, les trois familles traditionnelles (chrétienne, libérale et enfin socialiste) divorcer. Les écologistes ont ensuite spontanément chacun créé, une structure distincte.

Le président de l’Open VLD dépose une proposition de loi visant à créer une circonscription fédérale de 20 députés.

On notera au passage que cette proposition exclut la constitution de liste bilingue et induit automatiquement la baisse du nombre de députés dans les autres circonscriptions (la province Luxembourg perdrait ainsi un représentant, par exemple).

Mais effectivement, la mise sur pied d’une telle circonscription permettrait un débat plus large, plus " national ", à condition bien entendu que tous les protagonistes puissent mener campagne dans les deux langues.

Cela permet surtout à un parti au plus mal dans les sondages de tenter de mettre le front nationaliste devant ses responsabilités, dans une opinion publique flamande sans doute beaucoup moins autonomiste que les représentants de ses deux principales formations. Une option pour faire tomber les masques, forçant VB et N-VA à reconnaître publiquement ce que tout le monde sait : l’objectif demeure à terme l’indépendance de la Flandre et… bye-bye Belgium (on y revient).

Mais ces deux formations avec l’aide du CD&V (qui a fait inscrire dans l’accord de gouvernement fédéral, une régionalisation accrue de la Santé) empêchent que ce texte soit voté et risque de ne rester qu’au stade de chimère, savamment entretenue au gré des soubresauts de l’actualité et des mauvais sondages.

L’avenir de la Belgique et sa pérennité, se situent bien au-delà de la simple modification de la loi électorale.

 

@PhWalkowiak

 

[1] Sur le sujet, on lira utilement le courrier du CRISP signé Dave Sinardet, La Circonscription électorale fédérale daté de 2012.

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