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"Soyez les bienvenus", nous lance Jimmy Vandael, sourire aux lèvres, à l'entrée du Centre Familles du Samusocial à Auderghem en Région bruxelloise. C'est dans ce bâtiment, qui abritait auparavant des bureaux de fonctionnaires européens, que le coordinateur du centre nous accueille. L'homme n'est pas peu fier de nous montrer les aménagements effectués pour accueillir les familles sans abri. Au rez-de-chaussée, on retrouve notamment les bureaux d'accueil, des espaces de détente, une infirmerie, des salles de réunion, un grand espace avec des jeux et des peluches pour les plus petits. "C'est ici dans ce couloir qu'ont lieu les premières démarches avec les familles quand elles arrivent", explique Jimmy Vandael. Plus loin se trouvent les espaces communs et le réfectoire. Aux étages, de chaque côté des longs couloirs, ce sont les chambres. "Pour le moment, on accueille 185 personnes. En période hivernale, il y a deux mois de cela, on était à 350. Il y a différents types de familles, de la femme seule avec son enfant, à des familles avec les deux parents et beaucoup d'enfants".

Jimmy Vandael est le coordinateur du Centre Familles du Samusocial.
Jimmy Vandael est le coordinateur du Centre Familles du Samusocial. RTBF - L. Henrard

Dans un des couloirs, une jeune mère de famille camerounaise, Dalia, est assise dans un fauteuil avec sa petite fille à ses côtés. Elles vivent ici toutes les deux, avec le père et deux autres enfants, depuis cinq mois. "On a fui notre pays, le Cameroun," déclare Dalia, "pour un problème de religion parce que la famille de mon mari ne voulait pas que je sois avec lui, parce qu'il est musulman et moi chrétienne. Sa famille a commencé à nous menacer. On a dû fuir pour sauver nos vies".  

Dalia a fui le Cameroun avec son mari et leurs trois enfants.
Dalia a fui le Cameroun avec son mari et leurs trois enfants. RTBF - L. Henrard

Ce Centre Familles du Samusocial, c'est l'une des nouveautés de l'association. "Avant, les centres étaient mélangés, précise Jimmy Vandael. Les enfants étaient mélangés avec du public d'isolés, des personnes qui ont parfois des problèmes psy ou des problèmes de consommation. Aujourd'hui, le fait de pouvoir isoler chaque projet, que ce soit le Centre Femmes, le Centre Hommes, le Centre Familles, permet de mieux répondre à la demande. Par exemple ici, on a pu engager une infirmière avec une spécialisation en sage-femme, et donc on répond mieux aux demandes. C'est une chance pour nous." Et Jimmy Vandael sait de quoi il parle car cela fait douze ans qu'il travaille au Samusocial.

Scandale, colère et ressentiment

Il y a cinq ans, le 31 mai 2017, le scandale du Samusocial éclate. Des informations révèlent que plusieurs administrateurs perçoivent des jetons de présence de manière illégitime. 350.000 euros répartis entre douze administrateurs, dont Pascale Peraïta, présidente du CPAS de Bruxelles, et Yvan Mayeur, le bourgmestre de la ville.

On se faisait caillasser sur le terrain.

"Quand la crise a éclaté," témoigne Jimmy Vandael, "les gens ont fait un raccourci rapide en disant que tous les travailleurs du Samusocial se mettaient de l'argent en poche. Ils oubliaient que les gens qui étaient sur le terrain faisaient ça par conviction et que nous étions complètement étrangers à cela. Nous, les travailleurs, avons aussi été victimes de ce scandale". Il y a eu l'amalgame mais aussi les insultes et certains gestes violents. "Les camionnettes du Samusocial se faisaient caillasser quand nous allions sur le terrain", poursuit Jimmy Vandael. "On travaille sur le lien de confiance, l'orientation, l'accompagnement et, du jour au lendemain, ce lien a été rompu. Cette crise nous a freinés dans notre travail. C'était très dur pour nous à ce moment-là.

Meilleure gouvernance et transparence financière

Cinq ans après le scandale et quatre ans après les recommandations de la Commission d'enquête parlementaire, qu'est-ce qui a changé au sein du Samusocial ? Pour le savoir, nous nous sommes rendus dans les bureaux de l'institution à Ixelles. Une nouvelle équipe est aux commandes de l'association depuis 2019. Son directeur général, Sébastien Roy, se réjouit de pouvoir nous expliquer les "évolutions" du Samusocial. 

Sébastien Roy est le directeur général du Samusocial depuis 2019.
Sébastien Roy est le directeur général du Samusocial depuis 2019. RTBF - L. Henrard

"En cinq ans, les choses ont énormément évolué," explique Sébastien Roy. "On a essayé de beaucoup travailler sur la qualité, principalement au niveau de l'accueil, en réduisant les espaces d'hébergement. On a ouvert un Centre Femmes. On a séparé les publics pour avoir des approches spécifiques. En parallèle, il y a eu tout un travail sur la refonte organisationnelle, sur la gestion, sur la transparence financière". C'est ainsi que le Samusocial a changé de statut juridique. Il ne s'agit plus d'une ASBL privée, mais d'une ASBL de droit public avec des règles de gouvernance et de transparence qui s'appliquent au secteur public. L'association est désormais sous tutelle régionale. Ce qui implique un contrôle de la Région bruxelloise.

Par ailleurs, pour répondre aux recommandations de la Commission d'enquête parlementaire, plusieurs autres mesures ont été prises : gratuité des mandats des administrateurs actuels, organisation équilibrée des délégations de pouvoir par le conseil d'administration, plafond des rémunérations et alignement aux barèmes de la fonction publique, mise en place d'un inventaire des dons…

Le défi : faire revenir les donateurs

Le Samusocial est financé à hauteur de 98% par des fonds publics. Le reste, ce sont des dons qui viennent de particuliers ou d'entreprises. A la suite du scandale, le Samusocial a perdu bon nombre de ses donateurs. L'équipe a fait ses calculs. "On a perdu environ 1.500 donateurs dans les six mois qui ont suivi le scandale," déclare Sébastien Roy. "Cela représente environ 15.000 euros par mois car on estime que chaque donateur donne 10 euros. Ce sont juste les donateurs particuliers. A côté de ça, on a perdu aussi énormément d’entreprises qui nous soutenaient, via des dons en nature parfois, comme des grands magasins, comme différentes marques."

Malgré les années qui ont passé et les changements opérés au sein de l'association, le Samusocial n'a pas récupéré l'ensemble de ses anciens donateurs. "On dit souvent qu'il faut deux secondes pour casser une image et qu'il faut des années pour la reconstruire", glisse Sébastien Roy. "On est dans ce processus de reconstruction. On regagne petit à petit la confiance des autorités, des partenaires et des personnes qu'on héberge. Mais il y a toujours des acteurs auprès desquels il faut continuer de travailler. On est sur le chemin."

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