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Cinq ans après l'indépendance avortée de la Catalogne, le calme avant le retour de la tempête ?

L'oeil dans le retro

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Il y a cinq ans, le monde entier avait les yeux tournés vers Barcelone. Après un référendum jugé illégal, la Catalogne proclamait son indépendance le 27 octobre 2017. Une déclaration unilatérale qui ne s'est jamais concrétisée, résultat d'une crise inédite qui a secoué l'Espagne et l'Europe. Retour sur les enseignements de cet événement avec Henry de Laguérie, correspondant de la RTBF à Barcelone.

Il y a cinq ans, le Parlement à Barcelone déclarait l’indépendance de la Catalogne. L'épilogue d’un mois de crise inédite qui avait commencé avec le référendum d’indépendance du 1er octobre. Un vote illégal, marqué par des violences policières. Le 'Oui' l’avait largement emporté… et pour cause, seuls les indépendantistes s’étaient déplacés, soit une participation de 40%.

Pendant 4 semaines, la tension est à son comble, avec des manifestations, une grève générale et une intervention très ferme du roi Felipe VI.

Le gouvernement espagnol intransigeant face à l'indépendance

Barcelone exige à Madrid de s'asseoir autour de la table… mais rien ne se passe. Le gouvernement espagnol est inflexible. Les indépendantistes mettent donc à exécution leur menace et proclament l’indépendance.

"J'ai songé à l'indépendance toute ma vie et finalement on l'a proclamée. Maintenant il faut commencer à travailler parce que ce ne sera pas facile avec le gouvernement espagnol en contre" rappelait un élu catalan il y a cinq ans.

La déclaration d'indépendance vire d'ailleurs au fiasco. Déjà lors du vote, Carles Puigdemont le président de la Catalogne avait le visage fermé. Il savait que cette déclaration ne pourrait pas se matérialiser. Rien n'était prêt : la Catalogne n’était pas en mesure de contrôler son territoire, ne se voyait pas se lancer dans un conflit violent et n’avait aucun soutien international… Cette déclaration, c’était un coup d’épée dans l’eau… mais aussi une réaction d’orgueil peut-être avant la mise sous tutelle de Madrid.

Quelques heures après, le gouvernement espagnol supprimait provisoirement l’autonomie de la Catalogne, destituait Carles Puigdemont et convoquait des élections.

La fuite de Puigdemont à Bruxelles et les arrestations des leaders catalans

24 heures après, le leader indépendantiste disparaît pour échapper à la Justice. Il se cache dans le coffre d’une voiture, passe la frontière direction Bruxelles. Puigdemont réapparait dans la capitale européenne et donne sa 1e interview à la RTBF dans les jours qui suivent : "On peut se présenter aux élections. On peut porter un programme électoral en disant : 'si je gagne, oui, je proclame l'indépendance'. Mais si je fais cela, je peux aller 30 ans en prison. Je suis disposé à être candidat (même à l'étranger)".

Un mandat d'arrêt est émis par l’Espagne à son encontre. Une dizaine de leaders catalans restés à Barcelone sont incarcérés, puis condamnés à des peines allant de 9 à 13 ans de prison. Depuis, ils ont été graciés en 2021 par Pedro Sanchez. Carles Puigdemont lui, n’est toujours pas rentré en Espagne.

Carles Puigdemont s'exile à Bruxelles et convoque une conférence de presse le 31 octobre.
Carles Puigdemont s'exile à Bruxelles et convoque une conférence de presse le 31 octobre. © Aurore Belot / AFP

Le calme est revenu mais...

En grande partie, les ardeurs indépendantistes se sont éteintes. Près de la moitié des Catalans réclame toujours l’indépendance, mais tout le monde reconnait que ce ne sera pas possible à court terme. Les indépendantistes au pouvoir ont modéré leur discours. Résultat : les plus radicaux ont claqué la porte du gouvernement régional.

Madrid s’est ouvert au dialogue. La Catalogne a même de nouveau droit de cité à Bruxelles : la semaine dernière, Père Aragones, président de la région, a été reçu par deux commissaires européens, une première pour un dirigeant catalan depuis 2015. C’est le signe d'un retour à la normale. Mais chez les indépendantistes les plus convaincus, on sent une certaine amertume… C’est le cas du journaliste et écrivain Aleix Renyé "Oui j'étais ému mais j'avais déjà une incertitude : on allait au désastre. L'idée à ce moment-là du parlement de la Catalogne était qu'on pouvait arriver à l'indépendance en passant de la loi espagnole à des nouvelles lois que le parlement de Catalogne avait votées. Je savais qu'une indépendance, ce n'est pas comme cela qu'on l'acquiert".

Mais pour ceux qui sont hostiles à l’indépendance, le climat est beaucoup plus respirable désormais. C’est ce que révèle un autre Catalan, Marc Cases : "C'était un moment très tendu. C'était blanc ou noir. On a un groupe d'amis où on se connaît depuis toujours. Je suis le seul non indépendantiste et bien sûr on m'a traité de facho à cette époque-là parce que je n'étais pas en faveur d'un référendum. Maintenant nous en parlons tranquillement, nous sommes toujours copains. Entre 2017 et maintenant il n'y a plus du tout la même tension".

"Le feu n'est pas éteint"

Cette relative torpeur ne signifie pas pour autant la fin des revendications indépendantistes de la Catalogne. Depuis que la gauche est au pouvoir à Madrid, le climat est plus serein, mais dans un an, si la droite revient au pouvoir, la machine indépendantiste pourrait se remettre en marche.

Aleix Renyé prédit même une recrudescence du mouvement :

Finalement, je considère que cela a été une répétition générale. C'est normal qu'après ce qu'il s'est passé, les choses se tassent. Le feu n'est pas éteint, les braises y sont. Cela va recommencer. Cela va péter.

Peut-on se fier à cette annonce ? Seul l'avenir le dira. En tout cas, cette crise d’octobre 2017 continue de marquer la vie politique en Espagne.

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