Chlordécone: la colère des Martiniquais contre cet insecticide qui les empoisonne

Martinique: manifestation du 27 février 2021
01 mars 2021 à 12:11 - mise à jour 01 mars 2021 à 12:11Temps de lecture2 min
Par Jean-François Herbecq avec AFP

Plusieurs milliers de personnes ont manifesté samedi à Fort-de-France, en Martinique, contre la menace de prescription dans le dossier de la chlordécone, un insecticide accusé d’avoir empoisonné l’île des Antilles. L’insecticide a été autorisé entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles, polluant l’eau et la production agricole, alors que sa toxicité et son pouvoir persistant dans l’environnement étaient connus depuis les années 1960.

Guadeloupe - Martinique: la colère

"Non à l’impunité" : des associations martiniquaises sont en colère depuis plusieurs jours. Entre 10 et 15.000 personnes selon les organisateurs, 5000 selon la police, se sont mobilisés autour du mot d’ordre de la quarantaine d’associations, syndicats et partis politiques de Martinique.

"On n’avait jamais vu une manifestation aussi importante depuis 2009" et la grève générale contre la vie chère, s’est félicité Francis Carole, président du Parti pour la libération de la Martinique et conseiller exécutif chargé des Affaires sanitaires. Pour lui, les Martiniquais se sont mobilisés face "au crachat que nous a lancé l’Etat français, à savoir la menace de prescription".

En Guadeloupe voisine, la mobilisation a démarré plus timidement avec une manifestation qui a rassemblé 300 personnes.

Cancers en hausse

Plus de 90% de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est contaminée par la chlordécone, selon Santé Publique France, et les populations antillaises ont l’un des taux d’incidence de cancer de la prostate les plus élevés au monde.

La chlordécone a été autorisée entre 1972 et 1993 dans les bananeraies des Antilles, polluant eaux et productions agricoles, alors que sa toxicité et son pouvoir persistant dans l’environnement étaient connus depuis les années 1960.

Plusieurs associations de Martinique et Guadeloupe ont été auditionnées les 20 et 21 janvier par les juges d’instruction parisiens en charge de l’affaire. Dès 2006, elles avaient déposé plainte contre l’empoisonnement de leurs îles à la chlordécone.

Mais lors de cette audition, les juges d’instruction chargés de l’affaire depuis 2008 ont expliqué aux plaignants qu’il pourrait y avoir prescription des faits et que le dossier pourrait déboucher sur un non-lieu. Une option qui a heurté l’opinion et conduit à la mobilisation de samedi.

Chlordécone: les Martiniquais manifestent contre une prescription jugée inadmissible

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