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Cinéma - Interviews

Charlotte Gainsbourg, l'interview pour "La promesse de l'aube"

Charlotte Gainsbourg, l'interview pour "La promesse de l'aube"

Dans "La promesse de l'aube", qui sort en salles aujourd'hui, Charlotte Gainsbourg joue le rôle de la mère de Romain Gary, Nina, une mère à l'amour et l'ambition débordants pour son fils. Elle rêve d'une vie hors norme pour son fils Romain Gary et met tout en oeuvre pour concrétiser son souhait. Même pendant la Seconde Guerre mondiale, elle garde une confiance absolue en son fils. "Mon fils, il ne t'arrivera rien. Tu vas réussir, tu vas gagner parce que je ne t'ai pas appris autre chose. Et le monde reconnaîtra ton talent".

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Ce film est un hommage à l’amour filial et maternel, Nina est prête à tout pour la réussite de son fils, ce n’est pas simplement la définition d’une maman.

Charlotte Gainsbourg : Non, c’est une mère très excessive, avec un amour très excessif et très omniprésent.  Elle est difficile à gérer pour lui mais en même temps elle lui a imposé des choses qui ont dicté sa vie.  Alors est-ce que c’est la bonne manière d’élever un enfant ? Non sûrement pas.  Mais j’ai adoré ce personnage en fait donc je défends beaucoup Nina, je l’ai comprise, je ne l’ai pas jugée. J’ai aimé tous ses excès justement.

Est-ce que vous aviez déjà lu le roman de Romain Gary ?

Non, je l’ai découvert après avoir lu le scénario.  J’essaie de me dire que ça m’a aidée à ne pas être trop impressionnée par ce qu’on s’apprêtait à faire, et de ne pas avoir le poids d’un livre qui aurait été mon livre de chevet.  J’ai d’abord découvert les personnages, les situations d’un scénario.  J’ai compris après en lisant le roman, les choix d’Eric Barbier. Il a fait son adaptation de "La promesse de l’aube".  Le roman est extrêmement riche, il fallait faire des choix. Il l’a beaucoup articulé autour justement de la mère et de son fils, et de ce rapport.  Mes lacunes, je les ai comblées mais après le scénario.

La Promesse de l'Aube - Bande-annonce officielle HD

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Comment êtes-vous entrée dans ce personnage de Nina, comment l’avez-vous rencontré ?

D’abord j’étais très surprise qu’Eric Barbier, le réalisateur, me fasse confiance pour un rôle pareil parce qu’on ne m’a jamais proposé quelque chose de cette ampleur, qui soit à ce point à l’opposé de ce que les gens imaginaient de moi, quelqu’un de très explosif, et qui a une autre stature que la mienne.  On a très vite compris qu’il me fallait une autre ossature, qu’il me fallait un autre poids. Il fallait que je sois d’une autre époque et en fait en lisant cette histoire, plutôt que de penser à Romain Gary, que je ne connaissais pas assez, j’ai tout de suite pensé à ma grand-mère, à mon père aussi.  Ils n’ont pas du tout eu je pense un rapport aussi fusionnel et compliqué, mais il y avait ce côté d’une femme qui a immigré de Russie, enfin pour ma partie, ils venaient de Russie. Ils avaient fui, pas pour les mêmes raisons, mais ils avaient été persécutés en tant que Juifs russes, et ils avaient eu un amour et une envie d’immigrer en France qui était plus forts que tout.  Je me suis beaucoup inspirée des histoires que j’ai entendues de ma famille.  Ça m’a aidé à la rendre beaucoup plus concrète.  Même l’accent, l’accent russe se rapproche un peu de l’accent polonais, en français du moins.  Parler polonais ça n’a rien à voir avec le russe donc je ne pouvais pas trop me baser là-dessus, même si je ne parle pas russe, mais les sonorités auraient été plus familières en russe.  Mais quand même, il y a des parallèles très forts pour moi.  Je pense que j’ai peut-être fait un chemin vers elle mais il n’était pas si loin de moi.

Charlotte Gainsbourg
Charlotte Gainsbourg Julien Panié

Vous avez créé votre propre Nina.

Oui, alors après je pense qu’Eric avait aussi cette générosité et cette ouverture d’esprit de dire que ce n’est pas du tout la mère de Romain Gary que je dois jouer.  Bien sûr que j’ai été inspirée, il n’y a que trois photos d’elle donc je n’ai pas eu énormément de matière, il y a plein de choses contradictoires, on ne sait pas vraiment si elle aurait eu un autre fils, qui est mort.  Si on commence à rentrer dans la vie de Romain Gary, c’est un puzzle, on n’a pas toutes les clés, on peut imaginer plein de trucs mais il fallait plus se baser sur " La promesse ", sur le roman, et après moi j’ai eu envie de me la réinventer. Partir du roman c’est incroyable, c’est une source et une matière énorme mais je voulais qu’elle soit moi.

Vous parlez de votre grand-mère qui vous a inspirée, on n’ignore pas non plus que vous êtes la fille de deux grands artistes. Est-ce qu’ils ont eu un peu un rôle comme Nina en vous poussant à donner le meilleur de vous-même et à faire de grandes choses ? 

Pas du tout dans ce côté je vais te dicter ce qu’il faut faire.  Parce que Nina a ça, elle a écrit le destin de son fils.  Elle n’en démord pas, elle ne veut pas qu’il soit peintre, elle a des idées fixes.  Elle veut qu’il soit écrivain.  Elle veut qu’il soit ambassadeur de France.  Elle a mis des jalons pour lui. Et il va les suivre.  Ce qui est étonnant, c’est ça aussi.  C’est que ce fils ne remet pas en question la parole de sa mère.  Parfois il se révolte un peu parce qu’elle va très loin, mais il n’a pas de doute sur le fait que c’est ce qu’il doit faire dans la vie.  Mes parents, pas du tout.  C’était à l’opposé de ça.  Ils m’ont, j’imagine, un peu poussée dans les rails mais c’était comme une proposition.  Si j’avais envie de chanter j’ai eu la possibilité de le faire avec mon père, si j’avais envie de jouer dans un film j’avais la possibilité d’aller à un casting grâce à un rendez-vous que ma mère m’avait pris.  Mais ils ne m’ont pas emmenée.  Ma mère ne m’a pas emmenée à ce casting.  J’y suis allée moi-même.  Moi j’avais l’impression d’être beaucoup plus en contrôle de ma vie et de ce qui m’est arrivé par la suite. 

Charlotte Gainsbourg dans "La promesse de l'aube"
Charlotte Gainsbourg dans "La promesse de l'aube" Julien Panié

Est-ce que c’est important pour un enfant que ses parents voient sa réussite ? 

Bien sûr que c’est important mais c’est important parce que les parents partent toujours trop tôt.  Dans mon cas, mon père est mort j’avais 19 ans, j’avais tout à prouver.  J’avais pu travailler un peu, il m’avait vue prendre un peu un chemin mais c’est toujours trop tôt. 

Il vous avait vue récompensée par vos pairs.

Oui.

A votre avis, c’est quoi réussir ?  Dans ce film, la maman impose le niveau de réussite à son fils.

Oui, une réussite sociale, mais parce qu’ils ont tout à prouver. Ils sont partis de Pologne, persécutés en tant que Juifs, la mère a été humiliée, ils n’ont évidemment pas de moyens, une faillite en plus, elle a cru y arriver à un moment donné en Pologne, et puis ça s’est écroulé.  Les temps sont très durs. C’était important de montrer ça. Le film, c’est la vengeance de ce fils aussi, comment il va réussir à mener ce combat pour elle, pour la venger.  Pas pour se venger lui, pour la venger elle.  Parce qu’il a vu cette humiliation, parce qu’il l’a vécue en tant que fils.  C’est une blessure qui est assez ouverte.  Je pense que c’est plus en ça que la réussite a autant d’importance.  C’est qu’ils reviennent de loin. 

Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg dans "La promesse de l'aube"
Pierre Niney et Charlotte Gainsbourg dans "La promesse de l'aube" Julien Panié

C’est la première fois qu’on vous voit dans un rôle de mère et de femme puissante, j’ai été assez surprise de vous voir dans ce rôle-là.  Avez-vous été surprise aussi ?

Ça a été un plaisir… Je commençais le rôle, je pouvais passer pour 35 ans, 35, 40, et il fallait l’amener jusqu’à… en fait elle est morte très jeune mais on se disait 65, 70 ans.  Elle a l’air d’en avoir 80.  A la fin, il fallait vraiment marquer… En fait, on avait trois périodes.  La période de Romain enfant, ça m’aidait aussi d’avoir des fils qui grandissaient parce que ça marquait des périodes où je prenais un coup de vieux, après la période où Nemo Schiffman joue Romain – donc premier c’est Pavel, après Nemo, il est adolescent, là j’ai pris un petit coup de vieux, c’est plutôt 50, et puis après avec Pierre Niney qui joue Romain, là je suis vraiment Nina vieille, donc à 60, puis malade. C’est là où j’avais ces 4 heures de prothèse et un maquillage intense.  C’était très marrant à faire.  Ce qui était le plus impressionnant bien sûr, c’était la période vieille, mourante parce qu’après, à la fin de la journée, on enlève un masque et on rajeunit d’un coup.  Quand on est actrice, on se préoccupe quand même beaucoup de son physique. Est-ce qu’on a bien dormi, mal dormi.  Est-ce qu’on va être bien filmée, bien éclairée ?  Même si on ne joue pas sur des critères de beauté. Moi je n’ai jamais considéré que j’étais une belle femme mais ça compte quand même vachement.  Malgré tout, je suis très bien filmée, la lumière est très belle, mais je m’en foutais complètement. Au contraire, il fallait me marquer, il fallait bien sûr me vieillir, mais aussi me marquer, marquer l’hiver rude, la rougeur, mes mains.  Tout ça m’a beaucoup aidée à rentrer dans ce personnage, c’était vraiment une peau à endosser.  C’était très marrant à faire.  Mais parce qu’il y a aussi un côté comique qui m’a amusée parce que ça m’a tellement rappelé ce côté russe de ma grand-mère, parce que dans l’excès il y a beaucoup de drôlerie. Nina est très au premier degré à lui demander d’aller tuer Hitler à un moment donné, des choses où elle y croit dur comme fer et c’est justement parce que c’est au premier degré que ça peut être drôle. Je voyais que j’amusais le réalisateur, c’était un peu mon premier spectateur.  C’était un tournage très drôle en fait. 

Le film est drôle.  Pas partout. Il y a des moments où on rigole réellement.

Oui, mais ça fait partie de l’humour de Gary.  Je pense que c’est en ça qu’Eric Barbier a été le plus fidèle. Toute cette drôlerie que je trouve très slave mais c’était vachement important, en plus de tout le drame et le tragique.  Mais en fait, il y a un tragi-comique. 

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L'interview intégrale de Charlotte Gainsbourg pour "La Promesse de l'Aube"

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