RTBFPasser au contenu

Chroniques

Charles Michel et le VNV 2.0?

Philippe Walkowiak
15 oct. 2014 à 09:152 min
Par Philippe Walkowiak

Jamais une déclaration gouvernementale n’aura été aussi chahutée. La tradition de faire coïncider rentrée parlementaire et discours du chef de gouvernement ne remonte cependant qu’à 1995.

Charles Michel a cru que la simple mise au point de son ministre de l’Intérieur suffirait, ce ne fut pas le cas, d’autant qu’une affaire Francken est venue s’y ajouter.

La N-VA telle qu’elle est

Juste avant les élections, Charles Michel parlait de la N-VA comme d’un parti à la frontière du racisme et de la discrimination. C’est un projet de mépris et d’extrémisme. On connaît les circonstances qui ont amené la formation de l’actuel gouvernement mais il faudrait être naïf pour faire croire que la N-VA a changé en quatre mois et ce d’autant plus que les nationalistes sont la première force de la coalition et qu’ils restent persuadés que leur succès est dû à ce qu’ils sont.

Un accord de gouvernement ne change pas un parti. Après 1947, les communistes qui avaient entre autre gouvernés avec des libéraux sont restés ce qu’ils sont.

Le Premier Ministre a tenté ce qu’il a pu pour sauver ce qui pouvait l’être. Il y a 8 jours, au moment où l’accord de gouvernement était bouclé, tout semblait pourtant limpide. Pourtant depuis, les couacs, les malentendus, les maladresses et les demandes de démission se sont multipliés.

Tout d’abord, l’accord de gouvernement n’a jamais été présenté comme tel, pourtant les co-formateurs s’y étaient engagés. La répartition des portefeuilles a été douloureuse, essentiellement pour le MR qui a vu la N-VA, assez logiquement, rafler la plus belle mise ou qui a dû entériner la faible présence féminine. La N-VA sans attendre, sortait du cadre de l’accord de gouvernement pas des positions sur l’immigration ou les privatisations. Le vernis d’honorabilité craquelait déjà.

L’ombre du VNV

Une large part du mouvement nationaliste flamand actuel a toujours beaucoup de mal à prendre des distances définitives avec les collaborateurs des nazis en Flandre. Si la collaboration a été d’une ampleur comparable en Wallonie, il n’y a aujourd’hui au sud du pays plus aucun parti qui en conserve la mémoire.

Ces derniers jours, les attitudes diverses d’un Jan Jambon ou d’un Theo Francken illustrent qu’on est loin du compte. Les précisions à demi-mots de Jan Jambon ont du mal à convaincre. Les accointances entre N-VA et VNV, qui renvoient aux heures sombres du nationalisme flamand ont de quoi mettre mal à l’aise. Charles Michel tente d’être ferme mais à ce stade, il peut difficilement condamner tel propos ou telle attitude, coincé par la solidarité gouvernementale.

Dans une thèse de référence, l’historien Bruno De Wever a pourtant démontré le caractère fasciste du VNV, de son fondateur Staf De Clercq dont la N-VA a parfois du mal à ne pas honorer la mémoire.

Tout cela était connu. Charles Michel ne peut feindre la surprise.

Mais finalement, peu importe.

Bart De Wever ne vient-il pas d’estimer que tout cela n’était que des foutaises de Francophones ? Si on remplaçait " francophones " par " étrangers ", " juifs" ou "arabes", cela renverrait la N-VA à d’autres partis ou d’autres époques. Un état d’esprit sur lequel le Premier Ministre n’aura que peu de prise.

 

Philippe Walkowiak

 

Sur le même sujet

15 oct. 2014 à 07:15
1 min
15 oct. 2014 à 04:52
1 min

Articles recommandés pour vous