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Charleroi : des mineurs illégaux de plus en plus jeunes

Charleroi : des mineurs illégaux de plus en plus jeunes
06 janv. 2018 à 17:35 - mise à jour 06 janv. 2018 à 17:352 min
Par Christine Borowiak

Souvenez-vous, le premier janvier dernier, un jeune de 12 ans a été interpellé à Charleroi alors qu'il était en train de dealer de la drogue. Un presqu'enfant encore, d'origine maghrébine en situation illégale, un MENA comme on les appelle : un Mineur Etranger Non Accompagné.

Le lendemain, c'est un jeune de 15 ans qui a été arrêté, dans le même cas de figure. Des situations interpellantes, qui ne sont pas fréquentes mais qui existent bien pourtant. Ces jeunes viennent de pays en guerre mais pas seulement. De plus en plus souvent, ces mineurs étrangers viennent du Maghreb, et surtout du Maroc. Samuel Vincent est tuteur de 30 MENA en Belgique. Le parcours de ces gosses est toujours le même, "ils franchissent la Méditerranée en se cachant dans un camion, ou sous les essieux. Parfois, ils arrivent en bateau."

Une fois arrivés ici, isolés, sans argent, sans aide, ces jeunes sont vite harponnés par les milieux interlopes confirme Bernard Devos,  le délégué général aux droits de l'enfant de la Fédération Wallonie-Bruxelles. "Ils deviennent des proies de choix pour des réseaux mafieux ici en Belgique, qui vont les exploiter sous toutes les formes : exploitation par le travail, le commerce de drogue, sans compter l'exploitation sexuelle. Donc clairement, ces jeunes sont en danger chez nous."

Entre 200 et 300 MENA "évaporés" en Belgique

Mais le problème est : comment réagir ? Ces ados et pré-ados sont envoyés ici par leurs familles pour gagner de l'argent. Ils savent qu'ils n'ont pas droit à un titre de séjour. Samuel Vincent en voit souvent disparaître, plonger dans la débrouille et la rue.

"Oh oui, c'est fréquent ! Là, pour le moment, j'en ai 3 qui sont dans la nature ! Il faut savoir que l'aide qui est proposée par le tuteur n'est pas contraignante. Donc, quand je suis face à un jeune qui n'est pas du tout demandeur, qui préfère rester à la rue, je dois bien dire que je suis complètement démuni".

On estime qu'il y a entre 200 et 300 MENA "évaporés" en Belgique chaque année, il sont 5.000 en Europe. La police ne lance pas toujours un avis de recherche, Child Focus non plus. "Je peux comprendre, car ces jeunes sont très mobiles, passent parfois d'un pays à l'autre. Ils sont venus tout seuls de leur pays d'origine, donc ils sont autonomes et débrouillards. Nous avons la responsabilité de nous occuper d'eux quand ils sont chez nous, mais dans les faits, ce n'est pas toujours possible. Nous sommes dans une zone grise", explique Bernard Devos, le Délégué général aux droits de l'enfant.

Développer une aide sur place, chez eux

Par contre, pour ces jeunes marocains, à défaut de pouvoir les aider ici, il faut peut-être développer l'aide sur place, chez eux. "C'est une option que je recommande : on sait qu'ils viennent du Maroc et plus particulièrement de la ligne côtière de la Méditerranée. Cette région devient le poumon économique du pays. Il est dommage que ces jeunes ne puissent pas être soutenus, formés, préparés à de nouveaux métiers qu'ils pourront exercer dans ces coins-là. Peut-être que la Belgique pourrait renforcer sa coopération internationale et humanitaire avec le Maroc pour permettre à ces jeunes d'éviter cette traversée dangereuse jusqu'à chez nous et les aider à rester chez eux dans des conditions de vie décentes."

Ce qui devrait bien sûr continuer d'être couplé avec une chasse sans relâche des réseaux mafieux implantés chez nous, qui profitent de cette misère humaine.

 

 

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