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Par Ouï-dire

Chanteuses, un documentaire de Marie Guérin et Anne Kropotkine

CHANTEUSES MONASTIR RACHIDIA HASSINE HAJ YOUSSEF
09 mars 2021 à 08:183 min
Par RTBF La Première
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" Chanteuses "
un documentaire en deux parties, par Marie Guérin et Anne Kropotkine
prise de son et réalisation Marie Guérin
d'après le poème " Chanteuses " de Marie Guérin

 

Le point de départ est la Bretagne. C’est en Bretagne que Marie a pris connaissance, dans un contexte musical[1] du fonds d'archives Lautarchiv. En ressort une pièce radiophonique " Même morts nous chantons " où elle suit la trace d’un prisonnier breton (cette pièce radiophonique a reçu le prix Phonurgia 2018 - Archives de la parole), qui inaugure un cycle. Nous réitérons la démarche de Marie en partant sur la piste de Sadok.

C’est une aventure entre l’Europe et l’Afrique, où il est question de rapatrier et de rendre des archives au pays, en Tunisie, où il est question d’un des premiers enregistrements de musique populaire tunisienne, où se croisent des stars tunisiennes, des collecteurs et un ancêtre, Sadok, revenu au bled grâce à sa voix - cette voix enregistrée dans un camp de prisonniers de guerre en Allemagne, il y a cent ans.

C'est l'histoire de Sadok Ben Rachid né en 1889, ouvrier agricole et poète populaire tunisien, recruté comme soldat " indigène " en 1914, combattant sur le front belge, blessé, puis fait prisonnier dans un camp allemand, de 1915 à 1918, à Zossen-Wünsdorf, près de Berlin.

Le 30 et le 31 mai 1916, il parle et il chante une chanson de son pays devant un gramophone. Il raconte son exil. Ses paroles fixées sur un disque en gomme-laque et conservées dans des tiroirs berlinois depuis plus de 100 ans, n'ont presque pas été entendues[2]

Nous possédons son récit chanté enregistré, accompagné d’une fiche d’identité renseignée par des linguistes allemands. La fiche est pleine de fausses pistes et de fausses notes.

Après avoir exhumé la trace de Sadok, ses mots, dans les tiroirs berlinois des Lautarchiv[3], nous partons à sa recherche avec l'idée de faire écouter sa voix et d’offrir ses paroles inédites à ses descendants. Nous reproduisons, à travers cette enquête sonore, la migration de ce prisonnier depuis le camp allemand à Zossen-Wünsdorf (où nous trouvons à l’exact endroit de l’ancien camp de prisonniers, un camp de réfugiés de la Croix rouge), passant par la Méditerranée (traversée Marseille-Tunis) jusqu’à sa ville natale en Tunisie, Monastir.

Nous rapatrions cet enregistrement de musique populaire en Afrique, en Tunisie. Il s’agit d’un des premiers enregistrements conservés de musique populaire tunisienne.

Sur la route depuis février 2018, nous faisons écouter la chanson de Sadok, fantôme oublié de la Première Guerre mondiale et nous enregistrons nos rencontres, notre recherche, la musique, nos mouvements.

Nous faisons le chemin, en fouillant et dérivant, de manière quasi situationniste, guidées par la rencontre. Notre road-trip entre l'Europe et l'Afrique emprunte de nombreuses routes. Les ramifications seront multiples.

Cette aventure sonore et musicale est accompagnée par l'enquête historique menée par Anne, qui révèle les trous mémoriels (elle en déroule le fil dans la revue Entre-Temps[4] et dans un livre à paraître aux Editions Goater).

L’itinéraire de Sadok nous mène vers des territoires peu explorés, longtemps oubliés, celui de la présence importante de soldats africains dans la Première Guerre mondiale et des prisonniers de guerre et celui de la conservation du patrimoine et de la mémoire africaine à travers les archives africaines et occidentales.

Nous nous embarquons dans cette enquête, chacune porteuse d'un objet de recherche qui nous est personnel, pour Marie, la chanson, la musique modale, le disque, la matérialité de la trace sonore, pour Anne, l’histoire, la guerre, la colonisation, le mouvement des hommes.


Une coproduction RTBF/Micro-sillons
https://micro-sillons.fr/chanteuses/

 


[1]            Dans le cadre de KBA#6 une formation dirigée par Erik Marchand et d’une présentation de Dastum.

[2]            Elles ont été en partie traduites en 1928 dans une publication scientifique allemande qui étudie les dialectes arabes et berbères. Dans cette publication, le contexte de l’enregistrement est gommé.

[3]        https://www.lautarchiv.hu-berlin.de/en/sound-archive/

              À Lautarchiv (Université Humboldt - Berlin) sont réunis 2500 disques Shellac (78 tours) enregistrés par le Commission phonographique prussienne, soit autant de prisonniers et de chansons enregistrés que de sillons à creuser. Pour toile de fond, la Grande Guerre et la conscription de soldats venus des quatre coins du monde, déboussolés, puis déportés du front vers les camps allemands.

[4]            Revue numérique rattachée à la chaire du Collège de France de Patrick Boucheron. Article relayé dans Le Monde papier.



 

Ecoutez ici le premier épisode du documentaire 'Chanteuses' de Marie Guérin et Anne Kropotkine

Deuxième épisode

 



 

Marie Guérin et Anne Kropotkine à Monastir, Tunisie

CHANTEUSES MONASTIR RENCONTRE 15 FEVRIER 2020
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