Déclic

Changement climatique : rester sous 1.5 °C, est-ce encore possible ?

© Surasak Suwanmake – Getty Images

18 nov. 2022 à 09:30Temps de lecture2 min
Par François Massonnet

La COP 27 touche à sa fin et une question est sur toutes les lèvres : le monde parviendra-t-il à contenir le réchauffement global à moins de 1.5 °C comme prévu par les accords de Paris ? L’analyse de François Massonnet

A l’heure actuelle, le réchauffement se situerait entre 1.1° et 1.2 °C. On estime que l’on prend de l’ordre 0.5°C tous les trente ans avec des fluctuations d’une année sur l’autre de l’ordre de 0.2°C en raison de facteurs naturels.

Un calcul simple nous amène à 1.5 °C d’ici 10 à 20 ans. Est-ce trop tard ?


Un premier principe physique de base à prendre en compte

La température est proportionnelle aux différentes émissions cumulées. C’est bien la somme de toutes émissions depuis 1850 jusqu’à aujourd’hui qui définit au premier ordre la température sur Terre aujourd’hui.

  • Le point négatif, c’est qu’il est impossible de se défaire des émissions passées (ce qui est fait est fait).
  • La bonne nouvelle ? Si à partir de l’année prochaine plus aucun gramme de gaz à effet de serre n’est émis (ou si on s’arrange pour que ce qui est émis soit recapturé), les températures commencent à stagner, puis à baisser.


Physiquement parlant la notion de “trop tard” n’existe pas tant qu’on n’a pas effectivement croisé ce seuil de 1.5 °C, puisqu’il n’y a pas d’effet d’inertie pour la température.

Arrêter l’intégralité de nos émissions à partir de 2023 est un vœu pieux

Le seuil de 1.5 °C correspond à 3000 Giga tonnes de CO2 équivalentes d’émissions cumulées. Ça, c’est l’enveloppe dans laquelle on peut aller puiser pour rester en deçà de 1.5 °C.

On a déjà aujourd’hui ponctionné 2500 GtCO2 de notre enveloppe, il nous reste donc un budget de 500 GtCO2. Or nos activités actuelles mondiales émettent 50 GtCO2 / an (tous ces chiffres sont CO2-eq), ce qui nous laisse 10 années au rythme d’aujourd’hui.

Beaucoup d’experts sont assez pessimistes par rapport au fait qu’on va pouvoir collectivement être capable de nous limiter à ces maigres 500 Giga tonnes de CO2.

Par contre, certains scientifiques estiment que la situation " overshoot et stabilisation " est encore tenable. On dépasse 1.5 °C temporairement et on stabilise à 1.5 °C pour 2100. Cette hypothèse semble bien plus compatible avec les transformations en cours dans le secteur énergétique.

Revenons à l’objectif initial lui-même, les 1.5 degrés, on en pense quoi ?

Le côté pile des accords de Paris a été de mettre d’accord 196 pays sur un objectif commun. Et l’air de rien, cette COP a été un tournant dans la prise de conscience climatique.

Le côté face, c’est la sémantique du " 1.5 °C " qui a laissé énormément de place à la sur-interprétation. Ce chiffre a été trop souvent présenté comme un seuil fatal au-delà duquel le monde s’écroule. C’est un discours qui plaît évidemment, car très lisible, très binaire, très facile à comprendre.

Idem pour les phrases du style " il nous reste 10 ans pour agir ", qu’on entend depuis 15 ans. Ça soulève automatiquement la question " et sinon, quoi ? ".

On voit que les effets du changement climatiques sont graduels et pas binaires. On avance sur un champ de mines plutôt que vers le bord d’une falaise.

Selon François Massonnet, matraquer les gens avec l’objectif de 1.5 °C n’est pas le bon levier pour inciter à l’action. Une feuille de route sur les émissions par pays serait beaucoup plus pertinente à son sens.



Le totem 1.5 °C laisse aussi un flou par rapport aux responsabilités des nations, car si on n’y arrive pas, impossible de pointer quelqu’un du doigt.

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