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Changement climatique : les éléphants auront-ils bientôt de plus grandes oreilles ?

Changement climatique : les éléphants auront-ils bientôt de plus grandes oreilles ?
01 nov. 2021 à 08:28 - mise à jour 01 nov. 2021 à 08:283 min
Par RTBF La Première

Le changement climatique engendre une pression sur la sélection naturelle. On observe que les animaux commencent à évoluer pour s’adapter à ce changement. Demain, leur morphologie pourrait être modifiée. Explications avec le scientifique Pasquale Nardone.

L’évolution classique darwinienne veut que, quand la température augmente, certains types d’animaux soient sélectionnés par rapport à d’autres. Une étude publiée en ce mois de septembre dans la revue scientifique Trends in Ecology and Evolution le montre. Des chercheurs, menés par Sara Ryding, au Centre d’Ecologie intégrative de l’Université de Deakin, en Australie, se sont intéressés à la thermorégulation.
 

Comment se passe la thermorégulation ?

La majorité des êtres vivants gardent une température constante à l’intérieur de leur corps, que ce soit l’être humain, les animaux, les oiseaux… Mais comment arrivent-ils à la garder en fonction du climat extérieur ?

Chez les humains, c’est par la transpiration, l’émission de sueur, explique Pasquale Nardone.

Certains animaux utilisent la technique dite 'de la voie sèche', qui est celle du radiateur. Ils utilisent leurs appendices - leurs grandes oreilles, leur grand nez, leur grand bec, leurs grandes pattes…- pour échanger la chaleur avec le monde extérieur.

Le renard polaire, par exemple, a de toutes petites oreilles, alors que le renard du Sahara a de très grandes oreilles, qui lui permettent de dissiper la chaleur plus facilement.

Il en va de même avec l’éléphant qui utilise ses grandes oreilles comme radiateur, ce qui lui permet d’évacuer la chaleur de son corps vers l’air extérieur.

Deux lois prévalent chez les biologistes :

  • La loi d’Allen : dès que l’on est dans une région plus froide, on va diminuer sa surface de contact avec le monde extérieur ; les membres, oreilles… seront donc plus courts. En revanche, en région chaude, la surface externe va augmenter avec la température, ce qui permet de mieux dissiper la chaleur.
  • La loi de Bergmann : dès qu’il fait plus froid, on va augmenter sa masse corporelle de façon à avoir plus de graisse. Les animaux seront donc plus gros, plus épais.

Lorsqu’il fait froid, il s’agit donc d’augmenter la masse mais de diminuer la surface de contact.
 

Aujourd'hui, des grands becs

Les chercheurs de cette étude, à travers les données collectées depuis 1871 sur tous les animaux du pays, ont étudié en particulier les perroquets australiens, qui utilisent leur bec et leurs pattes comme système de thermorégulation. Ils ont essayé de voir si, effectivement, la pression sélective du changement de température amène à sélectionner certains types de perroquets par rapport à d’autres.

"Ils ont conclu qu’il y a une augmentation de plus de 10% de la taille des becs, c’est-à-dire que la sélection due à l’augmentation de température fait que se sélectionnent petit à petit des perroquets qui ont un plus grand bec que par le passé, explique Pasquale Nardone.

L’étude le démontre de façon sérieuse, via toute une série d’analyses qui montrent qu’il y a bien une pression de sélection sur la forme des animaux qui vont survivre à l’évolution climatique. Prochainement, on pourrait donc voir des animaux à plus grandes oreilles, par exemple."
 

Demain, des grandes oreilles

On sait que la pression due au changement climatique a déjà occasionné un changement de zone d’habitat : les animaux se déplacent. On sait que certains animaux disparaissent : ce sont les extinctions. On sait aussi qu’il y a des modifications dans la temporalité : les fleurs apparaissent plus tôt, les fruits mûrissent à d’autres moments, les changements de coloration de feuilles s’installent différemment dans le temps…

On sait désormais que cette pression due à l’augmentation de température va aussi sélectionner les animaux qui ont de plus grandes oreilles, de plus grands becs ou de plus grandes pattes. 

"Cela ne concerne évidemment pas les êtres humains, qui eux, transpirent. Ils vont sans doute voir augmenter le nombre de glandes qui permettent de transpirer. Pas d’inquiétude donc pour nos oreilles !"

Le paysage belge ne sera pas épargné par ces changements dus à la pression sélective de l’augmentation de température. Certains animaux et certaines plantes se sont déjà adaptés, souligne Pasquale Nardone. Comme le prouvent les perroquets dans nos arbres ou ces forêts de bambous qui poussent maintenant un peu partout…

 

Pasquale ramène sa science, c’est à écouter ici !

Pasquale ramène sa science

les animaux commence à évoluer pour s’adapter au changement climatique…

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