Belgique

C’est quoi la "classe moyenne" ? En faites-vous partie ?

03 févr. 2022 à 21:23 - mise à jour 04 févr. 2022 à 13:36Temps de lecture3 min
Par Arnaud Ruyssen

La "classe moyenne". Le concept est largement utilisé dans le débat public, ces dernières semaines. Une classe moyenne qu’il faut aider face à ses factures énergétiques ou dont il faut préserver le pouvoir d’achat. Mais au fond, c’est qui, c’est quoi "la classe moyenne"? Déclic a tenté de s’y retrouver.

Un concept avant tout sociologique et politique

Pour Sébastien Brunet, directeur de l’IWEPS (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) la classe moyenne, en terme statistique, ça n’existe pas : "Les classes moyennes, c’est plutôt un concept sociologique qui a été élaboré à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. On a vu, dans les 30 glorieuses, l’émergence de quelque chose de différent entre les classes populaires, les travailleurs… et les classes aisées, dans un contexte de société de consommation de masse. Mais ça n’a pas été balisé par des concepts statistiques, des indicateurs ou autres balises chiffrées.

Par contre, ajoute Sébastien Brunet : "C’est un concept dans lequel beaucoup de gens se retrouvent. Une sorte de véhicule flou, générique dans lequel tout le monde se retrouve un peu, d’une manière ou d’une autre. Du coup, c’est assez utile, politiquement, pour mobiliser les troupes".

Et pour les partis ? C’est qui la classe moyenne ?

Du coup, pour tenter de dissiper le flou nous avons contacté les 6 principaux partis francophones qui nous ont tous transmis leur définition de la "classe moyenne". Et parfois des raisons pour lesquelles ils préfèrent éviter le terme.

Du côté du PS, par exemple on parle plutôt de "travailleurs à revenus moyens" c’est-à-dire ceux qui vivent de leur travail ou, autrement dit, ceux qui n’appartiennent pas aux 20% les plus démunis ni les 20% les plus nantis.

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Ecolo aussi évite d’utiliser le concept. Jean-Marc Nollet estime que ça n’a pas de sens de parler d’UNE classe moyenne mais éventuellement DES classes moyennes. Qui seraient définies en creux, ni la classe populaire, ni les plus riches.

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Pour le PTB, le président du parti Raoul Hedebouw estime que "La classe moyenne est un terme fourre-tout qui cache la vraie nature de classe sous le capitalisme. Nous parlons toujours de classe travailleuse et défendons aussi les travailleurs qui ont la chance d’avoir 2 salaires à la maison et qui est décrite comme moyenne mais qui n’est pas moyenne du tout.

Ce qui n’empêche pas le même Raoul Hedebouw d’utiliser quand même parfois le terme "classe moyenne" dans ses interviews et ses tweets.

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"Bons pères et bonnes mères de famille"

Et puis il y a des partis qui utilisent plus volontiers le concept. C’est le cas du MR qui a énormément repris le terme ces derniers mois dans le débat public.

Le président du parti, Georges-Louis Bouchez explique que, pour le MR, "la Classe Moyenne reprend les personnes qui gagnent entre 1500 et 6000 € net, par mois. Mais avec pour cœur de cible le revenu médian, autour de 2200€ net. Sociologiquement ce sont des gens qui vivent normalement, qui n’ont pas de statut particulier, qui ne sont pas intégrés dans des mouvements militants, qui payent leurs impôts, qui vivent en bons pères et bonne mères de famille."

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Au cdH, le président, Maxime Prévot pointe aussi le concept de "bon père et bonne mère de famille". "Avec une fourchette de revenus qui varie en fonction de la composition du ménage. Entre environ 2500 et 6000 euros brut par mois".

Le président des humanistes pointe aussi "des personnes engagées dans l’évolution de la société : enseignantes, commerçants, indépendantes, agricultrices, infirmières, agent de l’Etat, employées, cadre inférieur, etc. C’est la classe stabilisatrice de la société".

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C’est du côté de DéFI que l’on vient avec la fourchette de revenus la plus précise : "Les personnes appartenant à la classe moyenne se situent dans une fourchette de revenus comprise entre 18.000 et 37.000 euros nets par an".

Mais DéFI fait remarquer que cette approche a ses limites puisque certaines personnes ne déclarent pas ou peu de revenus et donc sont reprises dans la catégorie "classe moyenne", en ayant beaucoup plus de moyens en réalité.

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Là-dessus, Sébastien Brunet rappelle un grand vide dans les données sur le patrimoine des Belges : "sur les revenus on a de bonnes informations, mais la question du patrimoine échappe globalement à nos instruments d’analyse. Or ça, c’est vraiment un enjeu démocratique de pouvoir mieux comprendre et analyser le patrimoine". Une définition précise et commune du concept de "Classe Moyenne" n’est donc sans doute pas pour demain…

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