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Chroniques Culture

Ces Belges à (re) découvrir : Camille Lemonnier

Ces Belges à (re) découvrir : Camille Lemonnier
27 juil. 2021 à 06:003 min
Par Romane Carmon

Surnommé le Zola belge, Camille Lemonnier a considérablement marqué la littérature belge au XIXe - début XXe siècle. Retour en lumière sur un auteur et critique d'art à part entière, malheureusement peu resté en mémoire aujourd'hui.

Né le 24 mars 1844 à Ixelles d'un père avocat wallon et une mère flamande, Camille Lemonnier poursuit des études secondaires à l’Athénée Royal de Bruxelles. Son père l’inscrit ensuite à la Faculté de Philosophie et Lettres de l’Université libre de Bruxelles, en candidature de Philosophie et Lettres préparatoire au Droit.

Cursus abandonné en cours de route, le jeune homme prend la plume dès 1863 et découvre le milieu artistique au sein duquel il publie des essais de critique dans “Le Salon de Bruxelles”. Rapidement, il défend la liberté artistique face à cet art académique, en butte au conformisme bourgeois et soumis au carcan des institutions d’Etat.

Après quelques années passées dans la vallée de la Meuse qui lui permettront, écrit-il, de connaître "pour la première fois, la joie passionnée de se sentir en communion avec la terre", l’auteur belge regagne Bruxelles en 1866 pour "rechercher la vie des villes".

Dans un contexte de renouveau littéraire, perceptible à la capitale dès les années 1870, Lemonnier collabore à la revue d’art et de littérature “La Jeune Belgique”, aux côtés des frères Destrée, Célestin Demblon, Fernand Severin ou encore Hector Chainaye.

Des inspirations multiples

A travers ses 70 volumes, Lemonnier arpente l’art dans toute sa diversité. Du conte pour enfant à la nouvelle fantastique, il devient aussi le pendant belge du naturalisme.

Des romans tels Le Possédé (1890), La Fin des bourgeois (1892) ou L’Homme en amour (1897), témoignent de son attachement au courant dit "décadent", représenté en France par Joséphin Peladan, Jean Lorrain ou Rachilde.

Un mâle très naturaliste

Inscrit dans la lignée artistique naturaliste, Lemonnier prend le surnom de "Zola belge". Son roman "Un mâle", violent, passionnel, empreint d’un réalisme cru tempéré de lyrisme, en est une œuvre phare qui marque aussi le début du récit régionaliste en Wallonie.

La parution du livre, en 1881, provoque un véritable scandale qui pousse une jeune génération de poètes, rassemblés autour de la revue "la Jeune Belgique", à organiser un banquet en l’honneur de l’artiste le 27 mai 1883. Le but ? Lui exprimer son soutien face aux foudres de la critique traditionaliste et de certains journalistes catholiques.

C’est lors de cet événement que lui est décerné le titre de "maréchal des lettres", ayant pour but de compenser le fait que le prix quinquennal de littérature lui avait été refusé la même année.

Le « Zola » belge, vraiment ?

Emile Zola, portrait non daté.

Leurs accointances avec le paysage industriel, le milieu paysan, ou encore avec le champ de bataille ne peuvent suffire à confondre Lemonnier et Emile Zola. L’auteur belge compte également des romans psychologiques "féminins", comme L’Hystérique (1885) ou Thérèse Monique (1882), des romans empreints de rêveries poétiques, comme Au Cœur frais de la forêt (1900).

Poète, critique littéraire et professeur à l’Université de Liège, Frédéric Saenen est parti à la reconquête de l’originalité perdue de l’auteur belge dans “Camille Lemonnier, le "Zola belge", déconstruction d’un poncif littéraire”. Dans son ouvrage, l’auteur dresse le portrait d’un artiste unique, "réaliste décadent, virtuose du style, écrivain de la péri-urbanité, relecteur de la Bible, explorateur halluciné de l’intime, peintre du peuple belge".

Camille Lemonnier succombe à un cancer de l’intestin le 13 juin 1913 à Ixelles.

Sa maison bruxelloise abrite aujourd’hui le siège de l’Association Belge des Écrivains Belges de langue française. Un musée situé Chaussée de Wavre, à Ixelles, est également consacré à l'auteur. 

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