Belgique

Céline Nieuwenhuys : «Mais pourquoi le gouvernement est-il toujours deux trains en retard ?»

Condamnés à une gestion de crise permanente?

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Dans cet épisode de "Déclic – Le Tournant", nous explorons cette question : après la crise Covid, les inondations en Wallonie, la guerre en Ukraine et maintenant la crise de l’énergie… Sommes-nous condamnés à une gestion de crise permanente ? Regards croisés de différents acteurs et experts sur le sujet.

Première étape de notre reportage : la Fédération des Services Sociaux à Bruxelles, qui croule en ce moment sous les demandes d’aides, face à la flambée des prix de l’énergie. Pour la secrétaire générale de la Fédération, Céline Nieuwenhuys, il y a un sentiment de passer, sans transition, d’une crise à l’autre "d’autant que chaque crise touche les mêmes publics… les publics déjà fragilisés par la crise Covid, se trouvent maintenant confrontés à la crise de l’énergie. Et, face à eux, des travailleurs sociaux qui n’ont pas beaucoup de solutions à proposer et chez qui on sent poindre aussi du découragement et une certaine colère"

Une spirale potentiellement terrifiante pour la démocratie

Céline Nieuwenhuys s’inquiète de cette situation où "la colère d’une population qui n’en peut plus, qui ne parvient pas à payer ses factures, pourrait rencontrer la fatigue des travailleurs sociaux et créer une spirale de rejet potentiellement terrifiante pour la démocratie…" D’autant que les leviers d’actions apparaissent limités : "Quand Alexander De Croo dit qu’il ne pourra pas faire de miracle, il le dit comme ça, en conférence de presse… Mais ce sont les travailleurs sociaux qui vont devoir aller porter cette parole sur le terrain."

Et la Secrétaire Générale de la Fédération des Services Sociaux s’interroge : "pourquoi le gouvernement est-il toujours deux trains en retard ? J’ai l’impression qu’il est toujours occupé à compenser… sans penser des solutions différentes, plus structurelles. Par exemple, le Premier ministre nous dit que l’on va passer 5 à 10 hivers difficiles mais on n’a pas l’impression que le gouvernement met en place des mesures pour préparer ces 10 hivers difficiles et pas seulement compenser. Qui plus est, j’ai l’impression que les négociations, les jeux de partis, l’élection suivante prenne tout l’espace et qu’il manque un espace pour regarder loin". 

"Je me suis sentie comme une extraterrestre"

Elle se souvient d’ailleurs de la gestion de la crise Covid où elle est intervenue comme représentante du secteur Social dans différents groupe d’experts : "quand j’ai amené sur la table l’idée qu’il fallait penser le monde de demain et pas simplement relancer le monde d’hier et d’aujourd’hui, je me suis souvent sentie comme une extraterrestre ! Pourtant, cette crise était une opportunité pour imposer dès aujourd’hui des éléments du monde de demain… Quand on a des manettes en main pour faire changer les choses, il faut les tourner ! Sinon on est repartis sur le monde d’hier et c’est pourtant ce qui s’est passé..."

Alors, est-il possible de penser et de construire des solutions structurelles de long terme malgré la pression de l’urgence d’une gestion de crise ?  C’est ce que "Le Tournant" explore dans ce nouveau numéro, en compagnie de Céline Nieuwenhuys mais aussi de l’épidémiologiste Marius Gilbert, du spécialiste en énergie Gregoire Wallenborn et du Philosophe Philippe Van Parijs.

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