Chronique littérature

"Ce qu’il faut de nuit" de Laurent Petitmangin, un roman social intimiste, pudique et déchirant

© Photo : AFP

06 nov. 2020 à 08:51Temps de lecture2 min
Par Sophie Creuz

Sophie Creuz nous présente le premier roman de Laurent Petitmangin, intitulé Ce qu’il faut de nuit.

Contrairement à la France, la Belgique a décidé de déclarer les livres "biens de première nécessité", en conséquence de quoi les librairies restent ouvertes ! On a bien besoin de s’aérer l’esprit, de déconfiner notre horizon, et de nourrir notre curiosité, notre sensibilité et notre empathie. Tout ce que nous apportent les livres. Donc ne vous en privez pas. Parce que les romans ont ceci d’irremplaçable qu’ils nous mettent au plus près de personnes que nous ne rencontrions pas autrement – surtout maintenant – parce qu’ils vivent ailleurs, ne croisent pas notre route ou que nous ne prenons pas la peine de les entendre.

Au cœur d’une famille de la Lorraine française

Et c’est ce qui se passe dans ce roman. Laurent Petitmangin nous plonge au cœur d’une famille de la Lorraine française. Un homme qui a perdu sa femme, tente d’élever seul ses deux garçons. Mais entre le boulot aux horaires variables, la maison et l’éducation, il ne s’en sort pas très bien. C’est sa femme qui s’occupait de maintenir tout cela ensemble. Il voit bien que la vie n’est pas drôle pour ses gamins, qu’il n’y a pas beaucoup de distractions dans le coin, surtout avec le petit budget qu’ils ont. Il y a le foot, la buvette et l’ennui, une routine qui ne prédispose pas à rêver. C’est le père ici qui nous raconte ce quotidien, et il se révèle plus éloquent qu’il ne l’est au repas du soir.

Il se demande s’il est un bon père et ce qu’il aurait pu faire pour que son aîné, un gentil garçon, ne dérive pas, ne décroche pas l’école, ne fréquente pas des barbouzes qui se prennent pour des justiciers. Que dire à son fils sans trahir sa confiance, que lui dire sans risquer de devoir user à son tour de violence pour le ramener dans le droit chemin ? Alors il a préféré attendre que cela passe, ne pas trop poser de questions et s’occuper davantage du plus jeune, le pousser aux études. A-t-il mal fait se demande-t-il ?

Le lecteur voit l’impuissance d’un homme, dans un bourg, dans une région en déshérence. Nous voyons bien, entre les lignes, qu’un homme seul ne peut rien contre le chômage qui aiguise l’amertume, contre l’absence de perspective, d’aides à la jeunesse, de vie associative et de joie de vivre. Cette région autour de Metz, comme les nôtres, était jadis prospère, les rues étaient animées, les liens vivants, solidaires, toutes choses qui ont disparu.

Ce n’est pas un roman autobiographique mais l’auteur parle de ce qu’il connaît, il est né en Lorraine au sein d’une famille de cheminots et a pu, lui, faire des études supérieures. Cette promotion sociale n’est plus guère la priorité aujourd’hui dans les projets de société que nous connaissons, sauf au prix d’efforts et de courage parfois insurmontables. Voilà ce qu’on lit, aussi, en arrière-plan de ce roman social intimiste, pudique, écrit au plus près d’un parlé populaire qui a des lettres, et qui fait entendre, la fatigue d’une famille de gens bien, et celle d’un jeune homme perdu, qui se laisse gagner par la violence de l’époque et les discours vengeurs de l’honneur perdu.

La fin, déchirante, magnifique, pleine d’amour vous laissera en larmes, émus par la grandeur d’un homme lorsqu’il reprend son libre arbitre.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous