" Ce que je vous dis là, je ne l'ai jamais dit à mon épouse " : les magistrats se dévoilent

" Ce que je vous dis là, je ne l'ai jamais dit à mon épouse ", ou quand les magistrats se dévoilent

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24 févr. 2017 à 14:53 - mise à jour 24 févr. 2017 à 14:53Temps de lecture2 min
Par dubm

" J’ai voulu les écouter, leur donner la parole, et leur permettre de dire ce qu’ils n’avaient jamais dit, ce qu’ils n’osent pas dire, pas plus à leurs supérieurs hiérarchiques qu’à leur famille ", raconte l’auteur. " Ils ne peuvent pas faire part de leurs sentiments car c’est une certaine faiblesse avouée, ils se cachent donc derrière la procédure, le droit ou leur robe, qui n’est pas du tout imperméable. "

Les magistrats sur le divan - Dominique Verdeilhan

Un livre pas si facile à écrire

Au départ, lorsque Dominique Verdeilhan pensait à écrire ce livre, il ne l’envisageait pas avec beaucoup d’optimisme, croyant que les magistrats qu’il contacterait lui claqueraient la porte au nez. Et pourtant… " Lorsque j’ai pris contact avec eux, je l’ai d’abord fait par mail, et dans l’heure qui suivait, j’avais plusieurs réponses me disant que je tenais là une très bonne idée, qu’il était bien d’aborder ce tabou. En fait, je pense qu’ils avaient envie de faire passer un message, à la fois à l’opinion publique pour lui montrer qu’eux aussi avaient des émotions, mais aussi à l’institution judiciaire pour lui faire comprendre qu’il était peut-être temps de s’occuper un peu d’eux..."

Penser aux victimes, aux pompiers, aux militaires… sans jamais penser aux magistrats

Laurent Davenas, magistrat français

La plupart des personnes qui interviennent sur des scènes violentes seront prises en charge ou se verront en tout cas proposer un accompagnement psychologique, comme les victimes d’ailleurs, mais jamais le corps magistral.
"Un des magistrats que j’ai rencontrés, Laurent Davenas (ci-contre), m’a dit que lorsqu’il avait eu à gérer les attentats de Paris dans les années 80’, les gens du SAMU avaient été pris en charge, mais qu’à lui, procureur, ainsi qu’à ses collègues, on ne leur avait rien proposé, et qu’il était retourné chez lui avec son traumatisme et ses douleurs ", se souvient Dominique Verdeilhan.

Le cas " François Molins "

Nous sommes le 14 novembre 2015, au lendemain de l’attaque terroriste parisienne au bilan très lourd (130 morts). François Molins, Procureur de la République, prend la parole pour raconter le déroulement de la soirée du 13 novembre et l’état actuel de l’enquête. " Je me souviens très bien de cette conférence de presse ; j’avais déjà pris contact avec François Molins pour mon livre lorsque les attentats ont eu lieu ", explique Dominique Verdeilhan. " Le hasard du calendrier fait que nous nous rencontrons quelques jours après ces attentats (…).

Remarquez qu’à chaque début de conférence de presse, ses premiers mots vont aux victimes des attentats. Dans cette conférence, l’émotion est clairement perceptible, il y a des silences et des respirations ", explique l’auteur. D’où, d’ailleurs, le titre donné au chapitre sur François Molins, " Les silences de François Molins ". " Lorsqu’il est face à moi dans son bureau, un matin, lorsqu’il accepte de me rencontrer pendant plus d’une heure, sa ‘déposition’ est émaillée de silences, parce qu’il revit ce qu’il a vécu non seulement au Bataclan, mais ce qu’il avait déjà vécu quelques mois avant dans les locaux de Charlie Hebdo. Mais il est Procureur de la République, il incarne la Justice, le début de l’enquête, la procédure, etc… Son émotion, il est obligé de la gérer, au risque qu’on se demande comment un homme, chargé de lancer les premières investigations, va le faire de manière correcte s’il est submergé par l’émotion ".

La suite de l'émission de Véronique Thyberhien sur le livre de Dominique Verdeilhan, ci-dessous !

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