Environnement

Ce patrimoine naturel mis en danger par le réchauffement climatique

Mont Perdu (Monte Perdido, en espagnol), dans les Pyrénées espagnols.

© GM

Il y a seulement deux jours, on vous parlait de Médina d’Essaouira, cette ville touristique du Maroc, menacée par les effets des changements climatiques. Aujourd’hui, on fait le point sur l’ensemble des biens en danger. Ils sont au nombre de 52 et sont officiellement inscrits sur la liste du patrimoine mondial en péril, établie par le Comité du patrimoine mondial de l’Unesco.

À l’heure actuelle, selon l’Unesco, ces biens, qui font partie du patrimoine culturel et/ou naturel, sont de plus en plus menacés par une série de facteurs externes : on pense immédiatement aux conflits armés et aux guerres, mais les catastrophes naturelles ou la pollution commencent à prendre une place grandissante parmi les dangers.

La liste de ces biens s’allonge un peu plus chaque année : l’enjeu est aussi stratégique, parce que l’inclusion du patrimoine dans la liste des biens en péril permet de mobiliser le soutien international et espérer d’avoir une réponse adéquate.

L’Europe et l’Amérique du Nord, bien loties

Dans ce scénario, l’Europe est en bonne place : avec l’Amérique du Nord, notre continent compte uniquement quatre sites en danger, dont un est un bien relevant du patrimoine naturel.

Le centre historique de Vienne.

Ce sont notamment les pays de l’Europe centrale, voire de l’Est qui voient certains de leurs sites en danger : le centre historique de Vienne, inclus dans la liste depuis 2017, le Paysage minier de Roșia Montană depuis 2021, les Monuments médiévaux au Kosovo (2006).

Le paysage minier de Rosia Montana, en Roumanie.
Le paysage minier de Rosia Montana, en Roumanie. © AFP

De l’autre côté de l’Atlantique, le Parc national des Everglades (2006). Il s’agit d’une vaste zone d’eau douce située en Floride. Son écosystème est menacé depuis des années par la montée des océans provoquée par le réchauffement climatique : l’arrivée de l’eau salée, en effet, met en danger les stocks en eau et la biodiversité. Sans compter les sécheresses successives, qui menacent ce territoire qui, pendant des années, a pu stocker du carbone.

Vue du parc national des Everglades en Floride.
Vue du parc national des Everglades en Floride. © AFP

En Afrique, onze sites naturels en danger

C’est l’Afrique, qui, en revanche, paie le prix fort du changement climatique : dans la liste des biens en danger, le continent comprend quinze sites en danger, dont onze qui font partie du patrimoine naturel.

Cinq de ces sites se trouvent en Lybie et sont inclus dans la liste du patrimoine en péril depuis 2016 : il s’agit principalement de sites archéologiques, comme ceux de Cyrène ou de Leptis Magna, de Sabrata. Mais il y a aussi l’ancienne ville de Ghadamès et les sites rupestres du Tadrart Acacus. Ils sont tous menacés par les pillages et les combats.

Suit la République démocratique du Congo, où ce sont trois parcs nationaux qui sont menacés : ceux de Kahuzi-Biega, de la Garamba et des Virunga. Mais il y a aussi la réserve de faune à okapis.

Les autres sites se trouvent en Tanzanie, en République sud-africaine, au Sénégal, en Ouganda et au Kenya ou encore au Mali ou au Niger. Au Madagascar, les forêts humides de l’Atsinanana.

Région d’Atsinanana, Madagascar.
Région d’Atsinanana, Madagascar. © Getty Images

21 sites menacés dans les Etats arabes

Les Etats arabes détiennent là un triste record : c’est ici que se concentre le nombre de sites en péril le plus élevé. Il s’agit uniquement de sites qui relèvent du patrimoine culturel : ils se situent en Afghanistan, en Iraq et en Syrie, Ouzbékistan et Palestine, et au Yémén. Ici, ce sont essentiellement les conflits et le terrorisme qui sévissent : en 2015, l’Unesco avait d’ailleurs condamné le pillage des sites archéologiques syriens.

En Asie et dans le Pacifique, une demi-douzaine de sites sont menacés, dont deux sont des sites naturels : l’atoll corallien Rennel East, dans les Îles Salomon est fortement menacé par la pêche intensive et par la hausse du niveau de la mer. Ici, l’augmentation de la salinité de l’eau met en danger la croissance des plantes, avec un effet direct sur les récoltes de coco et d’autres aliments essentiels pour les habitants de la région.

En Indonésie, le site des forêts tropicales ombrophiles de Sumatra est inclus dans la liste du patrimoine naturel en péril, avec de la faune et de la flore uniques au monde et à risque d’extinction. Cette zone comprend trois parcs nationaux, et l’un d’entre eux inclut le plus haut volcan indonésien (dans la photo ci-dessous), le Gunung Kerinci.

Le volcan indonésien Gunung Kerinci.
Le volcan indonésien Gunung Kerinci. © Getty Images

Dans les Etats fédérés de Micronésie, Nan Madol, le centre cérémoniel de la Micronésie orientale, est en danger depuis 2016. Ici, le développement des voies navigables favorise la croissance de la mangrove qui, elle, met en danger les constructions existantes.

En Amérique Latine et dans les Caraïbes, on comptabilise aussi six biens en danger, dont deux de type "biens du patrimoine naturel". Parmi les sites, il y a la Ville de Potosí en Bolivie, les fortifications de la côte caraïbe du Panama, Coro et son port au Venezuela, mais surtout la réserve de la biosphère Río Plátano aux Honduras. Cette réserve, rappelle l’Unesco, "abrite l’un des rares vestiges de la forêt tropicale humide d’Amérique centrale."

Río Plátano aux Honduras.
Río Plátano aux Honduras. © Getty Images

L’Unesco tire la sonnette d’alarme

En pleine COP27, l’Unesco a également alerté le public sur le danger que courent les glaciers des 17 sites classés au patrimoine mondial : ils vont disparaître d’ici 2050, selon une étude menée par l’institution à partir d’une analyse de données satellitaires réalisée avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

L’étude porte sur 18.600 glaciers de 66.000 km² au total répartis sur 50 sites du patrimoine mondial, soit 10% de la surface glaciaire totale de la terre, précise l’Unesco. Sur un tiers de ces sites, les glaciers vont complètement disparaître. Les autres "pourraient être sauvés si nous limitions le réchauffement climatique à 1,5 degré" par une réduction "drastique" des émissions de gaz à effet de serre, prévient l’organisation.

En Europe, les glaciers des Pyrénées-Mont Perdu en France et en Espagne devraient disparaître, au même titre que ceux des Dolomites en Italie, du haut lieu tectonique suisse Sardona, par exemple.

Selon l’Unesco, "le dérèglement climatique est devenu la première menace pour les sites naturels du patrimoine mondial. Il a déjà un impact négatif sur 34% d’entre eux, et sur 70% des sites marins."

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