Patrimoine

Ce manuscrit d’astronomie attribué à Galilée est un faux

Le manuscrit de Galilée est en réalité un faux datant du 20e siècle.

© University of Michigan Library

Il faisait la fierté de la bibliothèque de l’Université du Michigan, et pourtant. Un manuscrit, présenté durant des années comme étant de la main de l’astrologue Galilée en personne, s’est révélé être un faux datant du 20e siècle après une étude approfondie.

Portrait de Galilée

Le document avait été offert à la bibliothèque en 1938 après la mort du collectionneur qui l’avait précédemment acheté. Ce manuscrit, de base daté des alentours de 1610, était supposé être un brouillon fait par Galilée lui-même. Il contient un texte, dans lequel l’astrologue décrivait soi-disant un télescope fabriqué par lui pour le Dogue de Venise, ainsi que des observations concernant les quatre lunes de Jupiter qu’il a lui-même découvertes (dont la lune Europe, un endroit qui pourrait abriter la vie, selon les scientifiques contemporains). Un vrai trésor pour l’université, pensait-on.

Pendant plus de 80 ans, il a donc été conservé dans la collection de l’université, sans éveiller les soupçons. Ce n’est qu’au mois de mai 2022 que le conservateur de la bibliothèque a reçu un mail remettant en doute l’authenticité du document. Nick Wilding, historien à l’Université d’État de Géorgie ayant mené sa propre enquête, a averti ses collègues du Michigan de ses conclusions. Pour lui, aucun doute, le manuscrit de Galilée est un faux.

Ce qui lui a mis la puce à l’oreille ? Le filigrane du papier. Lorsque les papeteries européennes fabriquaient leur propre papier, elles y ajoutaient des signes distinctifs en filigrane afin de mieux l’identifier. Ses signes varient donc d’un siècle à l’autre et d’une région à l’autre. Le papier du manuscrit provient d’une papeterie de Bergame, comme l’indiquent les 3 lettres incrustées dedans : BMO. Or, aucun papier filigrané avec ces initiales ne date d’avant 1770. Le matériau est donc trop jeune d’au moins 160 ans que pour avoir connu la plume de Galilée. Utiliser des papiers anciens était (et est toujours) une technique typique des faussaires, afin de rendre plus vraisemblables leurs copies.

Qui plus est, malgré que des descriptifs très complets des documents liés à Galilée existent depuis le 19e siècle, il n’est fait mention nulle part de ce manuscrit avant qu’il apparaisse subitement dans une vente aux enchères en 1930. Une note existait pourtant lors de cette vente, supposée servir d’authentification. Elle était de la main de l’Archevêque de Pise qui, ayant comparé l’écriture avec des documents de sa propre collection, confirmait qu’il s’agissait bien de celle de Galilée. Étrangement, cette note est aujourd’hui introuvable. A-t-elle seulement un jour existé ?

L’Université ayant mené ses propres recherches, elle a confirmé récemment dans un communiqué qu’elle partageait les conclusions du professeur Wilding. Ce dernier pense que le faux document a été réalisé par un faussaire de renom, l’Italien Tobia Nicotra, emprisonné en 1938 pour ses activités illégales. Il avait notamment réalisé d’autres faux manuscrits de Galilée.

L’Université est en train de réfléchir à ce qu’elle fera du manuscrit factice à l’avenir.

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