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"CD is the new vinyl !" Vraiment ?

© M.-H.Tamaï

18 nov. 2022 à 17:04Temps de lecture6 min
Par Michi-Hiro Tamaï

Objet collector plus accessible que le vinyle en période de crise, le CD a vu ses ventes augmenter, pour la première fois en 20 ans, l’an dernier. Il est trop tôt pour parler d’un come-back. Mais de sérieux signes avant-coureurs clignotent. Plébiscité par le rap, le compact disc va-t-il redevenir branché et suivre la nostalgia ultra du vinyle ? A la veille des fêtes de fin d’année, on vous dit tout.

" Tiens, t’as acheté leur album sur CD, pas sur vinyle ? ". C’est l’histoire d’un débat de comptoir animé, à la fin des assauts punk et hardcore de Birds in a Row au Botanique, le 10 novembre dernier. Bradé sur des sites d’occasion en ligne, le Compact Disc ferait, depuis peu, son grand retour. L’objet qui n’a pas le charisme d’un 33 Tours voit, malgré tout, ses ventes augmenter, partout dans le monde depuis l’an dernier. Pour la première fois en 20 ans, le CD a ainsi vu ses revenus gonfler de 10 et 30 pc.,  respectivement en France et aux USA l’an dernier. Ce dernier va t-il suivre la courbe de la hype et de la nostalgia ultra que son homologue analogique a vécu ces dix dernières années ? La platine CD et le discman seront-ils les nouvelles stars des sapins, cette année ? La question mérite d’être posée, à l’approche des fêtes de fin d’année.

De 2020 à 2021, aux USA, les ventes de CD sont passées de 31,6 à 46,6 millions d'unités. Le début d'un come-back ? (c) Getty Images

" Il y a encore quatre ans, on pensait éliminer les CD de nos rayons car on n’en vendait presque plus. Mais ce n’est plus du tout à l’ordre du jour. Que du contraire. A la louche, on vend aujourd’hui 65 pc. de vinyles et le reste en CD. " note André Tart, gérant de Caroline Music, référence historique du petit monde des disquaires au centre de Bruxelles. " L’embouteillage des presses de vinyle - qui sont monopolisées par les grosses majors - jouent notamment en sa faveur. Le nouvel album de Phoenix ne sera ainsi pas disponible avant février 2023 en vinyle. Donc les gens se rabattent sur les CD. ".  

 
 

 

 

Adele, Taylor Swift et BTS dopent le CD

Ce coup de sonde bruxellois confirme le récent bilan de santé favorable du CD publié par la Recording Industry Association of America (RIAA). En mars dernier, le puissant lobby soulignait ainsi qu’aux USA, il s’était vendu 46,6 millions de CD en 2021 contre 31,6 millions de plaques en 2020. Ce bond spectaculaire d’environ 30 pc. reste toutefois le fruit d’une poignée d’artistes aux ventes monstrueuses. 30 d’Adele s’y est ainsi écoulé à 898 000 unités suivi de trois albums (Fearless, Red et Evermore) de Taylor Swift qui ont cumulé 713 000 pièces selon Billboard (sur des chiffres de MRC Data). Sans oublier BTS dans l’équation, avec deux albums CD (Map of the Soul et Be) qui ont trouvé 397 000 preneurs.

Comparé au quasi milliard de CD vendus dans le monde en 1997, la cash machine des disques laser tourne au ralenti. Et face au streaming, elle reste bien évidemment anecdotique. En 2021, les abonnements à des plate formes musicales représentaient ainsi 57,2 pc. des revenus de l’industrie musicale pour un magot de 8,6 milliards de dollars. Les ventes combinées de CD et de vinyles occupent, elles, 11 pc. des revenus totaux de business aujourd’hui. Mais le bilan de santé optimiste du CD confirme la résurgence du format physique et illustre qu’il dépasse le statut de simple hype.

" Depuis quelques années, les jeunes se sont mis à racheter du physique, ils ne se limitent plus à leur téléphone. Pour eux, le facteur prix du CD joue énormément face au vinyle " poursuit André Tart " Le tarif de ces derniers a beaucoup augmenté à cause de la pénurie de matériaux mais aussi parce que l’industrie musicale est devenue plus gourmande sur ses marges. ".

A Bruxelles, Caroline Music vient de doubler sa surface commercialen et remet, partiellement, le CD à l'honneur. (c) Massimo Urbinati

Si ce rebond physique s’explique aussi par la fermeture des boutiques de disques pendant la pandémie, Caroline Music vient de doubler sa surface commerciale, notamment pour dédier une section entière de son magasin à des CD. Le commerce vend certes toujours plus de vinyles que de compacts. Mais il remet bel et bien ces derniers en valeur dans un grand linéaire évoquant l’ombre du Caroline des années 2000.

" Avec parfois des surprises comme le dernier album de The Smile qui s’est vendu à 120 vinyles contre ... 60 CD ce qui n’est pas mal ! Des labels comme Music On! TV rééditent d’ailleurs des CD car à la fabrication ça ne coute rien du tout comparé à un vinyle. " relève André Tart. " Des gros acteurs comme Universal commencent eux à augmenter leur prix des CD tant en mid price que sur les nouveautés. Si bien qu’un nouveau Taylor Swift dépasse les 21 €, c’est quelque chose qu’on ne voyait pas avant, on était à 17 € ".

Civilisation d’Orelsan s’est vendu à 140 000 exemplaires en une semaine, à sa sortie (c) Warner Chappell Music France

Le rap, grand fan de CD

Parler d’un come-back du CD équivalent à celui du vinyle n’est pas à l’ordre du jour. Mais des signes avant-coureurs se dessinent. Notamment dans le rap français. Un article de France Inter publié en août dernier pointait ainsi que la musique hip hop restait très consommatrice de CD, notamment pour son côté collector. Ce fétichisme de l’objet ne touche pas que les ex ados des 90’s mais aussi des kids qui rachètent des CD, pas forcément pour les écouter mais comme objet de collection qu’ils n’ouvrent pas. Civilisation d’Orelsan s’est ainsi vendu à 140 000 exemplaires en une semaine à sa sortie. De son côté, Sexion d’Assaut a vendu Le Retour des rois uniquement sur CD pendant ses concerts.

" La culture du CD est très importante en rap. En Belgique, avant que ce dernier n’explose, on s’échangeait des CD dans le milieu, un peu comme de la beuh. Il y avait vraiment cette idée de se les passer de mains en mains. " confirme Jim Goffin, patron et fondateur du label indépendant hip hop La Brique " Sur Bruxelles, plusieurs petits magasins faisaient office de plaque tournante. Des artistes comme Isha et Stan tournaient autour, il y avait une vraie dynamique. Plus récemment, les maisons de disques et les artistes rap continuent de se tourner vers le CD, mais autrement. Orelsan a par exemple sorti quinze disques différents avec un nombre d’exemplaires limité tout en jouant sur le côté NFT et crypto. ".

Dans le rap, le CD reste, aujourd’hui encore, vendu en rue, à la sauvette. (c) Joquan da hooligan

Cultivant une nostalgie du CD partagée avec leur public, les rappeurs actuels ont grandi avec des parents qui en écoutaient, selon Sophian Fanen, journaliste musical et cofondateur du quotidien en ligne Les Jours. Ce dernier précisait également sur France Inter que leurs fans étant très populaires, sortir un album en vinyle serait vu comme snob de la part d’un Vald ou d’un Orelsan. Au-delà de ce témoignage éclairant, on relèvera enfin que le compact disc reste, aujourd’hui encore, vendu en rue, à la sauvette par des rappeurs. De la sortie du métro à une rue commerçante des youtubeurs détaillent d’ailleurs comment bien vendre sa mixtape à un passant.  

" Pour notre label, le CD reste primordial. Voir un artiste qui arrive avec un CD de démo au packaging qu’il a travaillé plutôt qu’une clef USB démontre son implication. Pas mal de gens glissent un mot à l’intérieur. Ca fait toute la différence. " poursuit Jim Goffin " Côté ventes, le compact rapporte en outre clairement plus aux artistes. Si on pouvait en vendre autant qu’on draine d’écoutes sur les plateformes de streaming, on ne serait plus dans les mêmes budgets ".

Parcourir une vraie bibliothèque musicale physique ne mène pas vers les mêmes choix que sur Spotify (c) Getty image

Mieux que Spotify et Apple Music ?

Le CD fêtait ses 40 ans l’été dernier, dans une industrie musicale où l’épiphanie suscitée par l’offre quasi infinie de Spotify et Apple Music montre aujourd’hui ses limites. En termes d’expérience d’écoute, piocher des CD dans une collection physique de 500 albums étalée sur plusieurs étagères dirige ainsi vers des choix différents d’une séance d’écoute en streaming de ses favoris. L’impossibilité de revendre sa musique (que les NFT musicaux tentent de combler) et la toute-puissance d’algorithmes enfermant l’utilisateur dans des silos musicaux pèse également dans la balance. Enfin, si les CD contiennent de la musique digitale dont la qualité et la nature est identique à celle offerte par des plateformes offrant de musique " lossless " (Apple Music, Tidal, Amazon Music mais pas Spotify), ces derniers demandent toutefois un tarif d’abonnement supérieur à leur plan basique.

Face au vinyle, le CD est plus rapidement périssable. Mais on se souviendra qu’il ne faut pas retourner un CD en plein milieu pour poursuivre son écoute. Côté budget, notons qu’une platine laser ne demande enfin pas de remplacer son optique après un certain kilométrage. Tout le contraire d’une cellule, dont l’aiguille s’use après un certain nombre d’écoutes.

© Getty Image

" On a sorti les deux albums de L’Or du Commun en CD pour les distribuer un peu partout, à la Fnac notamment. Il y en avait autant que des vinyles mais les CD se sont au final mieux vendus car ils sont plus économiques. " conclut Jim Goffin. " Pour un fan retourner chez lui avec un disque à 10 € c’est l’idéal face à un vinyle à 30 €. Maintenant, tous nos artistes sont loin de miser dessus systématiquement. Ca reste du cas par cas. Mais quoi qu’il arrive, on sortira toujours une version CD pour la famille, les journalistes et nos archives, quitte à ce que ce soit un pressage limité à 150 exemplaires. "

Increvable et sur le retour, CD face au vinyle fait l’objet de foires d’empoigne chez les audiophiles, en IRL et sur les réseaux sociaux. Les défenseurs des 33 et 45 tours avancent un son plus chaud et analogue. Mais dans l’autre camp, certains soutiennent que leur plage dynamique (l’écart entre le son reproductible le plus faible et le plus fort) est plus large sur CD que sur vinyles, ce qui en pratique permet de reproduire avec plus de fidélité les variations sonores d’un morceau. " Tiens, t’as acheté leur album sur vinyle, pas sur CD ? ".

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