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CD de la semaine : Mozart, "Die Entführung aus dem Serail" (HARMONIA MUNDI)

CD de la semaine : Mozart, "Die Entführung aus dem Serail" (HARMONIA MUNDI)
11 oct. 2015 à 22:002 min
Par Camille De Rijck

L’Enlèvement au Sérail c’est une des premières grandes œuvres féministes. C’est aussi une œuvre qui offre un regard complexe sur les rapports orient / occident, ou qui du moins accepte de sortir un instant du cliché qui représenterait l’orient, ses dangers et ses mystères comme une menace opposable aux lumières de l’occident. Tout rapport avec nos questionnements contemporains étant naturellement fortuit. L’histoire est assez belle : deux jeunes femmes sont les prisonnières d’un Pacha sur les hauteurs d’Oran, l’une – Constance – est appelée à épouser ce Pacha, l’autre – Blondchen – doit épouser le rustre gardien du Sérail, qui lui rappelle sans arrêt la supériorité de l’homme sur la femme. Interviennent alors leurs petits amis respectifs, venus d’Espagne pour les secourir et qui vont tenter d’organiser un enlèvement. Mais l’enlèvement échoue et les quatre personnages se retrouvent entre les mains du Pacha, lequel – et c’est ça qui fait tout l’intérêt du livret – décide de leur rendre leur liberté. Mais ce qu’il y a de très beau dans cette pièce, c’est la manière dont les deux femmes résistent respectivement aux assauts de leurs prétendants arabes. Blondchen est promise à une brute épaisse, doctrinaire, à deux pas de la barbarie et elle lui oppose un discours féministe tellement véhément que le spectateur de l’époque ne pouvait que comprendre que ce discours dépassait de loin les limites du sérail, les limites de la pièce mais qu’il s’adressait plus largement aux viennois comme une sorte de grand appel égalitaire de type pre-FEMEN. De l’autre côté, Constance – et son prénom a de l’importance – elle, est livrée au Pacha. Un être cultivé, fin, séduisant et dont – franchement – on devine qu’elle tombe amoureuse et que c’est avant tout par sens du devoir qu’elle se laisse enlever de ces jardins qui sentent la fleur d’oranger. Et puis, il y a ce pardon, du Pacha, de l’Oriental, dont on attend pourtant les pires cruautés et qui, par amour réel pour Constance, la laisse simplement s’échapper au bras d’un autre.

Les questions de pouvoir sont bien sûr présentes dans toute l’œuvre de Mozart. Sa chance est sans doute d’avoir évolué sous le règne de Joseph II, fils de l’Impératrice Marie-Thérèse et frère de Marie-Antoinette qui – parmi les souverains Européens – est sans doute celui qui a le mieux compris les idées des Lumières.

Quant à René Jacobs, il nous prouve encore une fois ses talents d'archéologue musical, en véritable passionné, qui permet une approche historiquement informée de l'œuvre, avec une interprétation sur instruments d'époque. Il y a une sincérité et une passion dans son travail qui font que, même quand on connaît un opéra par cœur, l’écoute d’un de ses enregistrements est toujours passionnante.

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