Caterpillar: les travailleurs craignent "d'être oubliés"

Caterpillar: les travailleurs ne veulent pas "être rapidement oubliés"
04 sept. 2016 à 10:22Temps de lecture2 min
Par Arnaud Pilet

Les 350 ans de Charleroi et ses festivités, c'est tout le contraste, tout le paradoxe d'une ville qui glorifie son passé tout en pleurant son présent. 2200 emplois passent à la trappe chez Caterpillar à Gosselies. Un cadeau d'anniversaire complètement râté pour toute la région. Samedi, vers 16h30, plusieurs dizaines de travailleurs de l'entreprise se sont donné rendez-vous place du manège, juste avant le début du grand cortège qui devait traverser la ville et retracer l'histoire de la cité: "Nous sommes venus car nous avons besoin de nous retrouver, de parler, explique Alain Nelles, employé. Vous savez, nous avons tous très mal dormi et même aujourd'hui au petit-déjeuner, nous n'arrivions toujours pas à réaliser. On ne parvient pas à y croire".

L'inquiétude est lancinante, chacun parle, chacun échange en petits groupes. Certains semblent ailleurs. Les questions débordent de toutes parts: elles concernent l'avenir de l'usine, la suite des événements, la procédure Renault mais aussi leurs inquiétudes à un niveau bien plus personnel: "On dit toujours que Caterpillar c'est une grande famille à Charleroi car tout le monde connait quelqu'un qui y travaille, décrit Alain. Mais aujourd'hui la famille Caterpillar, elle est détruite". Nicolas Sottiaux est inspecteur qualité dans l'entreprise: "Nous sommes venus nous montrer aussi pour ne pas être rapidement oubliés. Ce matin, je me suis encore réveillé les larmes aux yeux".

Avenir entre guillemets

Bientôt oubliés? Ils partagent tous cete peur d'être laissés à l'abandon par les politiques, par les médias. Dès que l'actualité passera à autre chose, ces travailleurs, eux, n'auront pas réglé leurs nouveaux problèmes, ni assuré leur avenir: "Nous, on a tous des maisons à payer, des emprunts, des enfants. Qu'est-ce que l'on va faire?", s'inquiète Bruno Gabriele. Un peu plus loin, Stéphanie, la compagne d'un ouvrier de l'entreprise a tenu à être présente aux côtés de son mari. L'avenir de toute la famille est en suspens depuis vendredi matin: "Je dois faire quoi? Revendre ma maison? Ce travail, c'était le revenu principal de la famille. Moi je suis au chômage. Désormais nous serons deux."

En se rassemblant ce samedi lors des festivités d'anniversaire de la ville de Charleroi, les travailleurs ont pu s'apercevoir qu'ils n'étaient pas abandonnés par les habitants: "On reçoit des marques de soutien, on voit des mots, des signes... je voudrais les remercier. Chapeau à eux, ça soulage un peu".

"Se battre"

A quelques pas, Roberto Nardella attend le départ du cortège. Habillé en mineur, il représente ce passé industriel de la ville mais le cœur n'y est pas: "On voit bien que les gens sont marqués. Les gens ne sourient pas, ils ne sont pas à ça. Je veux leur témoigner de mon soutien. Ils doivent se battre ! Moi je me suis battu lors de la fermeture des forges de Clabecq. Nous n'avons pas réussi mais ils doivent continuer, ne pas abandonner".

Une quarantaine de travailleurs ont d'ailleurs suivi le cortège de bout en bout. Se battre pour garder sa fierté, son honneur. Dès lundi, de retour au travail, ils vont devoir livrer de nombreuses batailles jusqu'à la fermeture définitive en 2017. L'usine de Caterpillar à Gosselies est condamnée. Ils le promettent, ils vont tout tenter pour que leur avenir ne subisse pas le même sort.

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