Caterpillar: la surenchère politique stérile

Philippe Walkowiak

Quand ce n’est pas un ministre-président qui entend presque reprendre à la force des baïonnettes un site industriel, c’est un chef de groupe de l’opposition qui entend traduire devant la Chambre les patrons-voyous (ou presque...), au mépris sans doute de tous les prescrits constitutionnels ou même des droits de l’Homme.

Il fait chaud… et pas uniquement sur les terrasses de nos grands-places, semble-t-il !

Impuissance

Finalement, cette surenchère n’est-elle pas proportionnelle à l’impuissance politique à contraindre les réalités économiques ?

Longtemps, les gouvernements ont pu définir les grandes orientations économiques ou imposer des choix sociaux. Chez nous, c’était chose facile quand la Société Générale de Belgique détenait pratiquement, de près ou de loin, la moitié de l’économie du pays, même si à l’époque déjà, personne n’a pu empêcher le désinvestissement en Wallonie en faveur de la Flandre.

Avec la mondialisation et des centres de décision de plus en plus lointains, la petite Belgique ne pesait plus très lourd, mais la classe politique aimait toujours à faire croire qu’elle pouvait infléchir le cours des choses.

Mittal, Opel, Ford, Philips, etc… les fermetures se suivaient, celle de Renault a débouché sur une nouvelle procédure… qui au final, ne change pas grand-chose.

Arrière-garde

Aucun gouvernement n’a jamais fait fléchir une multinationale. Avant la fermeture de Mittal à Liège, Jean-Claude Marcourt (PS) se faisait fort de prendre un décret qui " nationaliserait " l’usine. Le texte a été rédigé, examiné en gouvernement wallon et… mis dans un tiroir.

Cette fois c’est Paul Magnette qui promet de reprendre le site de Caterpillar, tel Mac Arthur jurant de revenir à Bataan, c’est Olivier Chastel qui surprend les libéraux pur sucre en voulant réquisitionner l’usine de Gosselies ou c’est aujourd’hui Jean-Marc Collet qui veut contraindre toute entreprise en procédure Renault de venir s’expliquer à la Chambre ( il aurait été député wallon, que c’eut été le cas au Parlement Wallon, directement compétent pour l’Emploi et l’Economie). Ce sont les mêmes qui pourtant considèrent les propositions du PTB sur le sujet comme irréalistes ou soviétiques…

Dans le dossier Caterpillar, on notera aussi que Charles Michel ou Jean-Claude Marcourt en autre se montrent plus discrets, explorant les chemins des possibles, admettant que dans le monde de 2016, les multinationales dictent leurs lois avec cynisme et que des aménagements ne seront possible qu’à la marge.

Le politique a bien des difficultés à reconnaître son impuissance, à l’admettre à ses électeurs après avoir longtemps prétendu le contraire. Cela fait aussi partie de la désillusion qui aujourd’hui s’exprime dans les intentions de vote vis-à-vis des partis traditionnels et demain peut-être dans les urnes.

 

@PhWalkowiak

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