Caterina Gabrielli, une diva qui n’a pas froid aux yeux

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30 déc. 2021 à 08:23Temps de lecture2 min
Par Dominique Corbiau

Caterina Gabrielli est l’une des cantatrices les plus adulées de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Elle naît à Rome le 12 novembre 1730. Son père travaille comme cuisinier au service du Prince Gabrielli, qui lui fait donner ses premières leçons de chant. Selon l’usage de l’époque, elle prend donc le patronyme de son prestigieux protecteur comme nom de scène tout en se faisant également appeler La coghetta, "la petite cuisinière", en souvenir de son père.

Caterina, grande séductrice

Après des débuts prometteurs, la Gabrielli décide d’aller parfaire sa technique auprès de Nicola Porpora, l’un des plus grands maîtres de chant de l’histoire.

Sa carrière s’envole et les meilleurs compositeurs du moment se l’arrachent. Niccolò Jomelli, Tommaso Traetta, Baldassare Galuppi, tous sont sous le charme de sa beauté physique et de sa voix exceptionnelle. Une voix décrite comme étant d’une agilité stupéfiante, parfaitement timbrée et homogène sur une ample tessiture allant du si bémol de poitrine jusqu’au contre-fa en voix de fausset.

S'ajoutent à cela des dons de tragédienne incomparables et un sens inné de la séduction. Car la Gabrielli adore séduire. Elle multiplie les conquêtes et les intrigues amoureuses au point d’être chassée de Milan, de Naples et de Venise pour conduite indécente.

Il en est de même à Vienne où l’Impératrice Marie-Thérèse s’agace de voir Gluck, Metastasio ou encore l’Empereur lui-même tomber en pâmoison devant elle. À Saint-Pétersbourg, Catherine II ne la supporte pas d’avantage tant ses prétentions financières et ses caprices la rendent odieuse.

Caterina, une chanteuse de caractère

Elle n’est d’ailleurs pas plus aimable avec ses partenaires de scène, qu’elle n’hésite pas à ridiculiser si elle considère qu’ils ne sont pas dignes de chanter avec elle. Au moment du duo, elle se lance dans d’invraisemblables improvisations acrobatiques et plaisante avec le public en disant "Me suive qui en est capable !".

Malgré son caractère impossible et sa réputation sulfureuse, Caterina Gabrielli peut toujours compter sur son immense talent pour se sortir d’embarrasUn jour, le vice-roi de Palerme la convie à un déjeuner auquel elle ne prétend pas se rendre. Alors que tous les convives attendent, on la fait chercher jusque dans son lit où elle lisait, prétextant avoir oublié l’invitation.

De mauvaise humeur, elle refuse de chanter le soir au théâtre. Plus le vice-roi la menace moins elle a envie de chanter. Elle dit même au vice-roi qu’il pourrait peut-être la faire pleurer mais certainement pas la faire chanter contre son gré.

Elle sera emprisonnée à Palerme pendant 12 jours à la suite de cette affaire. Par bravade, elle décide de donner quotidiennement des concerts depuis sa cellule. Elle chante divinement, paye les dettes de tous les prisonniers et distribue son argent aux plus nécessiteux. Déconcerté, le vice-roi finit par la laisser sortir sous les acclamations des prisonniers et du petit peuple.

Elle fait ses adieux à la scène en 1782 et termine ses jours à Rome dans l’opulence jusqu’à son décès le 16 février 1796 à l’âge de 65 ans.

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