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Carnaval de Binche : une édition avec moins de panache, moins de monde mais au grand cœur

01 mars 2022 à 06:39 - mise à jour 01 mars 2022 à 14:10Temps de lecture3 min
Par Africa Gordillo

Le folklore est têtu. Les Gilles ont beau être interdits de sortie en costume traditionnel en raison de la pandémie de Covid-19 — pantalon et blouse en jute décorés —, ils organisent le ramassage au son de leur batterie et de la mélodie si doucement aiguë du fifre. Mais cette année, le Gille ne fait pas seulement Mardi gras, il fait "grasse matinée". Le premier rendez-vous est plus tardif, il n’y a pas de blouse à bourrer de paille.

Le costume qu’ils ne peuvent pas porter ce Mardi gras, plié sur une chaise chez Etienne, l’un des Gilles de la société des Jeunes Indépendants.
Le costume qu’ils ne peuvent pas porter ce Mardi gras, plié sur une chaise chez Etienne, l’un des Gilles de la société des Jeunes Indépendants. Africa Gordillo

Ce Mardi gras, une vingtaine de membres de la société de Gilles "Les Jeunes Indépendants" se sont donné rendez-vous chez Jessica et Olivier Desoete à 6 heures.

Jessica et Olivier Desoete. Olivier est joueur de fifre lors du ramassage des gilles de la société "Les jeunes indépendants" à Binche.
Jessica et Olivier Desoete. Olivier est joueur de fifre lors du ramassage des gilles de la société "Les jeunes indépendants" à Binche. Africa Gordillo

Ils arrivent au compte-goutte, heureux de se retrouver malgré les circonstances. Vingt minutes plus tard, une vingtaine de personnes sont au rendez-vous, coupe de champagne à la main. C’est alors que la batterie entame un premier air de carnaval. Olivier Desoete, l’hôte de ce premier rendez-vous, joue du fifre, cette petite flûte qui produit un son aigu si typique du carnaval et chacun écoute et frappe le sol de ses souliers, comme les Binchois — et les Binchoises — savent si bien le faire.

Olivier Desoete, joue du fifre lors du ramassage des gilles – non costumés – ce mardi à Binche

Vers 6h30, le groupe quitte la maison de Jessica et Olivier, direction celle de Stéphane. Sur le chemin qu’ils parcourent à pied, la batterie ne peut s’empêcher de jouer un air de Gille, malgré l’interdiction en vigueur.

En raison de l’épidémie de Covid-19 en effet, les Gilles ne peuvent ni se parer, ni battre le pavé dehors au son de leur batterie. Qu'à cela ne tienne, ils joueront à l'intérieur. Les quelques notes donnent de l’élan à la société des Jeunes Indépendants. Mais la police veille. Une voiture s’arrête à leur hauteur et leur demande — gentiment — d’arrêter de jouer. Ils s’y conforment : la batterie ne jouera qu’à l’intérieur.

Le batteur qui joue de la grosse caisse

Le groupe poursuit sa route lorsque Vincent, l’un des membres de la société, ouvre la porte de sa maison et invite chacun à rentrer. Une halte supplémentaire qui réjouit tout le monde. Nouveau verre de champagne et petits fours sont servis. A peine quelques mètres plus loin, le scénario se répète, chez Stéphane cette fois, autre Gille de la société.

Les Jeunes Indépendants en comptent 170… Mais il y a peu de chance que tous ouvrent leur maison, le Mardi gras devrait compter mille heures. Et, malgré les restrictions apportées au folklore binchois, le timing est serré. Il se poursuivra notamment dans un restaurant de la Grand Place. C’est là que ses membres prendront leur petit-déjeuner composé de saumon fumé pour certains et d'huitres pour d'autres, l'une des traditions du Mardi gras. 

Un petit air de batterie et de fifre chez l’un des membres de la société de Gilles "Les Jeunes Indépendants"
Un petit air de batterie et de fifre chez l’un des membres de la société de Gilles "Les Jeunes Indépendants" Africa Gordillo – RTBF

De la fenêtre du restaurant "L'Industrie", on découvre une place qui se remplit peu à peu, où les forces de l'ordre sont bien visibles, décidées à faire respecter les interdictions en vigueur. Ces dimanche et lundi gras, ça n'a pas empêché la foule d'être au rendez-vous...

Africa Gordillo - RTBF

Beaucoup de Gilles ne comprennent pas que leur carnaval soit interdit. Il y a peu encore, le bourgmestre de Binche, Laurent Devin, déclarait que "le Codeco avait tué le carnaval de Binche". Il est exact qu'il n'a pas le panache habituel, lié à l'apparition des Gilles, à leurs danses au son des batteries, au rythme qu'ils imposent au Mardi gras, entre le rondeau matinal, le cortège, le rondeau du soir et le feu d'artifice. Rien de tout cela dans cette édition 2022. 

Le gille non costumé Jacques Gossuin, ce Mardi gras, le premier Gille métis de l'histoire du carnaval de Binche. Il en est à son 24e carnaval.
Rassemblement au café "L’Antidote" sur la Grand-Place de Binche, le local des "Jeunes Indépendants"

Après le déjeuner, les Jeunes Indépendants s'engouffrent dans leur local situé à "L'Antidote", toujours sur la place de l'hôtel de ville. Le local n'arrive pas à tous les contenir et, très vite, le groupe, de plus en plus important, déborde sur les pavés devant le bâtiments. Cette foule s'enflamme lorsque résonnent les airs de batterie. Des attroupements similaires se tiennent dans d'autres points névralgiques du carnaval, devant le local des "Récalcitrants", la plus ancienne société de Gilles binchoise, par exemple.

Un Vieil homme brandit un ramon, pour chasser l'hiver. Le Gille l'utilise aussi pour rythmer la cadence.
Un Vieil homme brandit un ramon, pour chasser l'hiver. Le Gille l'utilise aussi pour rythmer la cadence. Africa Gordillo - RTBF

La journée sera longue pour les dix sociétés de Gilles que compte Binche… et pour les fidèles qui viendront au rendez-vous, costumes et rondeaux ou pas...comme ce fut le cas ces deux derniers jours gras. 

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