Santé & Bien-être

Cancer et progrès de la médecine : 185.000 vies sauvées en 30 ans en Belgique

© Getty Images/Science Photo Libra

Le 4 février, c’est la Journée mondiale contre le cancer. L’occasion pour la Fondation contre le Cancer de pointer un aspect positif : en Belgique, le taux de survie 5 ans après le diagnostic de cancer a augmenté de façon notable.

Au cours des 30 dernières années, et plus précisément entre 1992 et 2019, 185.000 personnes supplémentaires ont survécu au cancer dans notre pays. Ce calcul a été effectué par la Fondation Registre du Cancer qui collecte des informations sur tous les nouveaux cas de cancer recensés en Belgique, ainsi que les résultats des tests dans le cadre du dépistage précoce de certains cancers.

Trente ans, c’est 15.768.000 minutes environ. Pour simplifier, on pourrait dire qu’une vie est sauvée toutes les 90 minutes. Si les taux de mortalité par cancer étaient restés au niveau de 1989, il y aurait eu 185.000 décès supplémentaires en Belgique ces 30 dernières années. A titre d’exemple, chez les hommes atteints du cancer de la prostate, 20.000 vies ont été épargnées. Chez les femmes, tant pour le cancer du sein que pour celui du côlon, 15.000 ont été sauvées.

La révolution de l’immunothérapie

La recherche scientifique est responsable de ces progrès. Aujourd’hui, il existe d’autres techniques que la chirurgie, la chimiothérapie et la radiothérapie. Parmi les avancées récentes, l’immunothérapie est de plus en plus efficace sur certains types de cancers. Elle trouve ses racines dans la découverte du fait que les cellules des tumeurs expriment des antigènes à leur surface, qu’on ne retrouve pas dans les cellules saines.

Sophie Lucas, immunologue à l’Institut De Duve (UCLouvain) travaille sur l’immunothérapie dans son laboratoire. Elle souligne les progrès énormes réalisés en la matière : "On sait que les cellules tumorales sont accompagnées de cellules 'normales', de notre système immunitaire. Les immunothérapies visent à stimuler ces cellules immunitaires pour qu’elles rejettent, détruisent les cellules tumorales elles-mêmes. Thierry Boon, à l’Institut De Duve, a découvert dans les années 90 pourquoi ces immunothérapies seraient possibles. Les cellules immunitaires capables de détruire les cellules tumorales sont des lymphocytes T qui peuvent fonctionner parce qu’ils sont capables de reconnaître des antigènes, des 'drapeaux moléculaires' qui distinguent les cellules tumorales des autres cellules."

D’autres chercheurs fondamentaux (le Docteur James Allison et le Professeur Tasuku Honjo, prix Nobel 2018) ont poursuivi les recherches et découvert pourquoi les lymphocytes T antitumoraux ne pouvaient pas fonctionner correctement chez les patients ayant développé une tumeur. Il y a des freins, des "checkpoints blockers", qui empêchent ces lymphocytes T de détruire les cellules tumorales. Ce sont ces chercheurs qui ont développé les premières approches d’immunothérapie du cancer.

L’immunothérapie consiste donc à stimuler ou renforcer le système immunitaire du patient, pour stimuler les cellules immunitaires impliquées dans la reconnaissance et la destruction du cancer. Elle est très efficace pour le mélanome, certains cancers du poumon ou du rein. Elle est prometteuse pour certaines tumeurs du cerveau.

Les différents types d’immunothérapie

L’immunothérapie existe sous différentes formes. Elle est administrée sous forme d’injection. On peut citer par exemple les anticorps monoclonaux et les vaccins anticancéreux thérapeutiques ou l’immunothérapie cellulaire.

"Elle va utiliser le système immunitaire du patient pour le rendre plus actif pour qu’il puisse détruire les cellules cancéreuses. Il y a de nouveaux espoirs en immunothérapie pour un type de tumeurs cérébrales", précise Véronique le Ray, directrice médicale et porte-parole de la Fondation qui soutient cette technique depuis 25 ans.

Il existe plusieurs types d’immunothérapie :

  • Les vaccins prophylactiques (contre le virus HPV - papillomavirus humain -, par exemple, responsable du cancer du col de l’utérus) ou thérapeutiques pour les patients déjà atteints d’un cancer (il y a beaucoup d’espoir avec les vaccins à ARNm, mais ils n’ont pas encore passé la barre de l’efficacité)
  • La thérapie cellulaire : on administre des cellules antitumorales, des lymphocytes T adaptés
  • Les anticorps monoclonaux : ils vont lever les freins (les "checkpoints blockers") qui empêchent les lymphocytes T de lutter

L’immunothérapie a multiplié par 10 le taux de survie des patients atteints d’un mélanome métastatique : avant 2011, c’était une maladie incurable, 3 ans après le démarrage du traitement, moins de 5% du traitement sous chimiothérapie était encore en vie. Aujourd’hui, près de la moitié des patients est toujours en vie 3 ans après le début du traitement.

L’autre grand domaine de progrès est l’oncologie de précision : caractériser le type de cancer du patient, l’identifier sur le plan moléculaire, permet de mieux cibler le traitement et de l’adapter à chacun. En approfondissant les connaissances sur ces mécanismes du cancer, on peut dire quel traitement sera plus efficace pour quel patient. "Je pense notamment aux patients qui ont une mutation du cancer du sein", spécifie Véronique le Ray.

Qui dit recherche dit financement. La Fondation contre le Cancer y participe activement. Elle a soutenu des bourses ("grants") pour 1000 projets scientifiques de recherche fondamentale ou de recherche clinique. Des projets de prévention font aussi l’objet de bourses, depuis 2022, tout comme des projets visant à améliorer le bien-être des personnes atteintes du cancer et de leurs proches. La Fondation appelle cependant le gouvernement à investir davantage dans des projets de recherche, mais aussi dans le dépistage et la prévention.

Prévenir et renforcer la prévention

Reste évidemment l’arme du dépistage et de la prévention. En prévention, on estime que 40% des cancers sont évitables. Le sous-dépistage du cancer du col de l’utérus et un problème de santé publique en Belgique. On estime que 49% des femmes ne se soumettent pas à un frottis de dépistage régulier. Ce dépistage n’est pas obligatoire, il dépend de l’initiative de la patiente.

"L’objectif à atteindre est de 80%", précise le professeur Frédéric Kridelka, gynécologue au CHU de Liège, qui prédit une augmentation des cancers dans notre pays et qui invite à une méthode plus offensive. Un autotest urinaire à domicile permettrait également d’augmenter la prévention, dit-il. Une étude randomisée sera organisée par son équipe à ce sujet.

À titre de comparaison, en Australie, ce dépistage est organisé de façon systématique et fait chuter drastiquement l’incidence des cas de cancers du col de l’utérus.

En Belgique, 700 femmes déclenchent chaque année un cancer du col de l’utérus. La vaccination contre le HPV fait partie du dispositif de prévention.

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