RTBFPasser au contenu

Tendances Première

Cancer du sein : vers un dépistage personnalisé ?

Cancer du sein : vers un dépistage personnalisé ?

MyPeBS est un projet de recherche qui consiste à comparer les différents modes de dépistage du cancer du sein. Un cancer qui tue 72 femmes par heure à travers le monde. À la suite de cette étude, les chercheurs souhaitent améliorer la lutte contre la maladie. Qui peut participer à cette initiative ? Les femmes entre 40 à 70 ans dans les pays suivants : Belgique, Espagne, France, Israël, Italie et Royaume-Uni.

Jean-Benoît Burrion, coordinateur en Belgique pour cette étude européenne,
nous explique l’importance de cet essai clinique.

Cette étude vise à tester une stratégie de dépistage plus affinée que celle qui existe jusqu’à maintenant et qui est basée sur le seul facteur de risque de l’âge : on propose aux femmes entre 50 et 69 ans - le groupe d’âge qui cumule le plus grand nombre de cancers - de faire une mammographie tous les deux ans. Or, on sait que le risque n’est pas le même pour tout le monde. MyPeBS utilise une stratégie où le dépistage est proposé en fonction du niveau de risque de la personne.

Le dépistage actuel

"Le cancer du sein, c’est un vrai problème, qui mérite des mobilisations. En Belgique, c’est 11.000 cas par an, et 2600 décès. Il y a une certaine mobilisation, il y a beaucoup de recherche, énormément de progrès médicaux dans les traitements. La mortalité par cancer du sein diminue en Belgique de 2 à 3% par an. Et on le doit aux progrès médicaux et au dépistage. Il faut savoir que le cancer du poumon tue plus, dans cette même tranche d’âge."

Le dépistage est une balance entre des avantages et des inconvénients, parmi lesquels le risque d’avoir un faux positif : on voit des anomalies à la mammographie, qu’on investigue éventuellement avec une biopsie et, au final, il n’y a absolument rien de malin. Cela induit des inconforts psychologiques, du stress, de l’anxiété, en plus des manœuvres médicales qui ne sont pas complètement bénignes, telles les biopsies.

Par ailleurs, il faut savoir que tous les cancers ne sont pas détectés : un quart environ passe à travers les mailles du filet.

Enfin, un troisième désavantage est qualifié de surdiagnostic : il arrive qu’on détecte des tumeurs qui n’auraient jamais posé de problème aux femmes chez lesquelles on les trouve. Elles n’auraient sans doute jamais évolué, elles n’auraient pas dégénéré, elles auraient peut-être même involué.

La balance va toutefois largement dans le sens positif ! Le dépistage permet de diminuer la mortalité d’environ 20%, rappelle Jean-Benoît Burrion.
 

Des tests personnalisés

On n’est pas tous égaux devant le cancer, en fonction d’un certain nombre de facteurs.

Le premier risque reste l’âge. Mais pour le cancer du sein, d’autres risques, comme l’histoire familiale, l’imprégnation hormonale, la densité mammaire ou le contexte génétique, interviennent également.

"Ce qui est nouveau, c’est qu’aujourd’hui, on est capable de faire une sorte de carte géographique de notre matériel génétique. On sait que ce matériel génétique diffère très peu d’une personne à l’autre. Sur des milliards d’informations, seuls quelques milliers diffèrent d’une personne à l’autre. On sait aussi que ces petites différences sont parfois statistiquement associées, très faiblement, au fait d’avoir une maladie ou une autre."

C’est ce qu’on appelle le polymorphisme génétique. Prises une à une, ces petites différences n’ont aucune signification. Mais pour le cancer du sein, on en connaît maintenant plusieurs centaines et quand on les retrouve regroupées chez une personne, on peut faire une différence de risque qui est significative.

Cette analyse génétique permet déjà de détecter d’autres maladies, comme l’Alzheimer, les maladies cardiovasculaires, le diabète… et est amenée à se développer à l’avenir.

"Mais il faut être très prudent quand on dit ça, parce qu’il ne s’agit que de statistiques, de probabilités. Ce n’est pas parce que vous avez une probabilité plus élevée que vous allez développer la maladie. À l’inverse, ce n’est pas parce que vous avez une probabilité moins élevée que vous n’allez pas la développer. Donc au niveau individuel, on ne correspond jamais à la statistique. Mais la statistique est un élément essentiel quand on essaie de mettre en place des politiques de santé publique", précise Jean-Benoît Burrion.
 

Qui peut s’inscrire à cette étude ?

L’étude est ouverte à toutes les femmes de 40 à 70 ans qui n’ont pas d’antécédent de cancer du sein et qui n’ont pas connaissance chez elles d’un niveau de risque très haut. Soit elles ne pratiquent pas encore de dépistage, soit elles le pratiquent une fois tous les deux ans comme recommandé. Elles complètent d’abord un questionnaire avec un médecin. Puis elles sont assignées dans l’un des deux groupes de l’étude.

  • Soit le groupe qui continuera le dépistage tel qu’il existe aujourd’hui.
  • Soit le groupe qui va tester la nouvelle stratégie. Un prélèvement salivaire va établir la cartographie génétique. Sur cette base et sur la base d’autres facteurs de risque (l’âge, l’histoire familiale, l’imprégnation hormonale, la densité mammaire), on va établir un score de risque qu’on leur annoncera. En fonction de ce score, on leur proposera une stratégie de dépistage en accord avec ce niveau.

L’accueil des dames qui souhaitent y participer se fait encore pendant un an. Le suivi se fera sur une période de 4 ans. On étudiera s’il y a une différence entre les deux groupes en termes d’efficience du système, du nombre de cancers dépistés, de la fréquence de cancers trouvés à un état avancé, ce qui est le plus important.
 


>> Inscription sur le site MyPeBS, cliquer sur la page belge.
En cas de difficulté, appeler le 02 541 30 53.


 

Quid de l’aspect psychologique ?

Le niveau d’acceptabilité de ce genre d’informations est évidemment l’une des composantes de l’étude, souligne Jean-Benoît Burrion.

"Cela dit, les dames à très haut risque, c’est une très petite partie de la population, donc c’est un événement qui est relativement rare. Et nous sommes équipés pour prendre en charge ce type de profil, qui de toute façon commence par un conseil onco-génétique.

Une autre composante, c’est la composante économique. Est-ce qu’au niveau financier, on s’y retrouve avec une stratégie comme celle-là ?"
 

Tendances Première : Les Tribus

Cancer du sein : dépistage classique ou personnalisé ?

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Articles recommandés pour vous