Belgique

Calogero Morgante, victime des attentats de Bruxelles témoigne : "Ce n’est pas parce que l’on veut se reconstruire que l’on n’y pense plus"

Calogero Morgante

© D.R.

05 déc. 2022 à 05:30Temps de lecture3 min
Par Samuël Jude

Ce lundi 5 décembre marqué l’ouverture du procès des attentats de Bruxelles. Un procès historique tant par sa durée que par son importance symbolique. Calogero Morgante, originaire de Charleroi, s’est constitué partie civile. C’est une des victimes de l’attentat à la bombe de l’aéroport de Zaventem.

"Je travaillais à l’aéroport de Zaventem, j’étais dans le hall des départs. Ma fonction était de gérer une quatre-vingtaine d’agents d’enregistrement. Lors de la première explosion, j’étais trop loin que pour comprendre tout de suite le danger. J’ai été soufflé par la seconde explosion, j’ai été projeté en arrière, c’est à partir de ce moment-là que me reviennent mes souvenirs. Quand je me suis relevé, j’ai vu l’aéroport en feu et en sang. Surtout en sang, c’est une odeur que je n’oublie pas. Cette odeur de sang reste, c’est horrible."

Reconstruction

Après cette expérience traumatisante, Calogero est resté quelques mois chez lui et a été suivi psychologiquement. L’homme, amoureux de l’aéroport a recommencé à travailler.

"Comme beaucoup d’autres personnes ayant travaillé dans un aéroport pourront vous le dire, c’est un peu une seconde maison. Donc j’ai voulu y retourner. J’ai changé de fonction, de compagnie. Puis, par diverses rencontres, j’ai fini par retourner voir une psychologue qui m’a fait comprendre clairement après quelques séances que j’avais une surcharge mentale importante et que je ne pouvais plus travailler à l’aéroport. Mon corps et mon esprit ne le voulaient plus. Je n’y faisais pas attention mais j’étais en 'hyperalerte' constamment. Je rentrais chez moi très fatigué, j’avais peur de m’endormir sur la route. Mon corps m’a donné un signal fort cette année, ce qui m’a fait dire 'maintenant c’est bon, si je ne pars pas, je vais y rester.'"

Calogero travaille maintenant dans un autre secteur dans lequel il espère faire carrière. Il a aussi fait un bilan de sa vie.

"J’ai beaucoup culpabilisé au début. D’une part parce que je n’ai pas été blessé physiquement. Je me demandais pourquoi d’autres et pas moi. Aussi parce que j’aurais voulu avoir aidé plus d’autres victimes ce jour-là. J’ai beaucoup réfléchi et je vois la vie vraiment différemment. J’ai fait le bilan de ma vie en me demandant : 'si j’étais parti, est-ce que j’aurais été satisfait ?'. On se rend compte que sur certains aspects, oui, sur d’autres, non. Mais maintenant, j’ai envie de profiter plus de certaines choses. Notamment de mes enfants."

Six ans plus tard, le procès

Ils seront dix sur le banc des accusés ce lundi 5 décembre. Parmi eux, six ont déjà écopé d’une peine en France. Se pose alors la question des attentes des victimes. Pour Cologero Morgante, il s’agit ici de faire passer un message.

"Je n’attends rien des accusés. Ils ont perpétré leurs actes en suivant leur logique. Ce que je souhaiterais par contre, c’est un geste fort de la justice belge. Tout le monde autour de nous (les victimes, ndlr) ne se rend pas compte à quel point c’est un événement marquant. Il l’est aussi pour l’histoire de la Belgique. Ce n’est pas parce que l’on veut avancer, que l’on veut se reconstruire que l’on n’y pense plus. Je veux vraiment que l’État belge, que la justice belge marque ces faits. Qu’elle fasse passer un message, d’abord à nous, aux victimes, mais aussi au monde entier pour montrer que nous sommes intransigeants et pour que cela ne se reproduise plus."

Constitué partie civile, Calogero ne sait pas encore s’il souhaite participer au procès.

"J’ai demandé mon accès pour me réserver le droit d’y aller. Pour cette première phase du procès, je ne ressens pas le besoin d’y aller. C’est un procès qui va être long. Il y aura peut-être un moment où j’aurai envie d’y aller. Pour moi-même ou pour soutenir d’autres victimes qui sont parfois des amis. Nos avocats nous tiendront au courant des avancées du procès chaque semaine. Je déciderai à ce moment-là."

Sur le même sujet : Extrait JT (04/12/2022)

un procès historique (attentats de Bruxelles)

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