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Chroniques

Calendrier scolaire, belgicanisme et lutte des classes

Les coulisses du pouvoir

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30 mars 2022 à 06:35 - mise à jour 30 mars 2022 à 06:363 min
Par Bertrand Henne

Le nouveau calendrier scolaire des francophones va être voté aujourd’hui au parlement. Largement débattu et attendu, il suscite le mécontentement d’une minorité de parents qui s’émeuvent de la désynchronisation des vacances entre nord et sud. Cette mobilisation de dernière minute a un parfum de nostalgie belgicaine et de lutte des classes.

Petits problèmes

Les parents qui sont vent debout contre cette réforme sont des parents généralement bruxellois ou de la périphérie ou du brabant wallon. Plutôt des catégories de population aisée qui ont décidé de mettre leurs enfants dans l’enseignement flamand. Ces familles craignent de se retrouver dans des situations compliquées pour gérer leurs calendriers. Ces problèmes sont ultra-minoritaires mais réels. Ils ont depuis des mois été mis en balance au parlement avec les avantages pour le bien-être de l’enfant de mieux étaler les congés tout au long de l’année.

Ces problèmes de logistique familiale ont pourtant depuis deux ou trois semaines trouvé un écho assez important dans les médias. Sans doute parce que de nombreux journalistes dans les grands médias sont eux-mêmes issus de ce milieu Bruxellois plutôt aisé.

Belgicanisme

L’autre raison qui explique cette mobilisation de dernière minute est le tropisme francophone de la Belgique unitaire perdue. Il est décidément très puissant (le PTB l’a bien compris, les médias aussi). Avoir des vacances différentes entre petits francophones et petits flamands est un signe tangible, concret que nous vivons dans des espaces culturels et politiques différents. Une réalité qui à Bruxelles et sa périphérie est vécue comme une forme de déclin. On a connu ça aussi autour des allocations familiales par exemple. Une partie de l’opinion francophone à beaucoup de mal à assumer les conséquences de l’autonomie des régions et des communautés.

Elitisme

La politologue Caroline Saegesser signalait que de nombreux pays connaissent une désynchronisation de calendriers scolaires. C’est le cas de la France, pourtant pas du tout fédérale, au nom de l’industrie du tourisme. C’est le cas de la Suisse ou les calendriers varient d’un canton à l’autre. La grande différence c’est que dans ces deux pays, le marché scolaire (la lutte des classes) est plus limité que chez nous. Il n’y a pas de superposition des marchés comme à Bruxelles ou l’enseignement flamand et francophone se font concurrence (en plus des réseaux libres et officiels).

La lutte des places (dans les écoles) révèle aussi la lutte des classes (inégalité d’éducation et de revenu). De nombreux parents Bruxellois choisissent l’enseignement flamand non seulement pour l’apprentissage des langues (raison pédagogique) mais aussi pour éviter un enseignement francophone qu’ils jugent d’un moins bon niveau, ou moins bien fréquenté. Un phénomène d’élitisme et donc d’inégalité scolaire existe derrière le choix de l’enseignement flamand. Les débats des derniers jours ont bien ce double niveau de lutte des classes et de nostalgie belgicaine en toile de fond.

Hésitation du MR

Ceci explique les difficultés exprimées par le MR partenaire du PS et d’ECOLO dans la majorité. La députée Bruxelloise Alexia Bertrand a menacé un temps de ne pas voter le texte. Sophie Wilmès souhaitait des modifications. Georges Louis Bouchez (pourtant ouvertement belgicain) a semble-t-il mis fin au débat. La chef de groupe MR au parlement de la fédération Diana Nikolic a mis aussi les points sur les i : “Le groupe MR soutient la réforme. Nous l’avons votée en commission et, sur le fond, tout le monde est d’accord."

L’opposition Defi et “Les engagés” et PTB sont aussi d’accord sur le fond, mais préféreraient un calendrier concerté avec la Flandre. Le PTB plus unitariste que jamais considère qu’il faudrait donc attendre que la N-VA se décide (peut-être après les élections de 2024). En creux, cette incappacité à décider en tre nord et sud d'un calendrier scolaire commun démontre l'immense difficulté qu'il y aurait à cogérer ensemble l'enseignement dans une Belgique unitaire fantasmée par certains. 

Ces prises de position dans la dernière ligne droite nous feraient presque oublier l’essentiel, cette réforme est discutée depuis des années au sein du pacte d’excellence, sur le fond, tous les partis représentés au parlement de la fédération ont pu peser le pour et le contre et sont (sur le fond donc) unanimement pour. Cette volonté commune doit donc se traduire dans les faits. Les francophones doivent assumer, malgré les défauts de notre fédéralisme, la Belgique de papa c’est fini.

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