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Caleb Nichols : Don’t Kill Rock Stars

Le Californien Caleb Nichols sert un album intitulé "Ramon".

Venu de Californie avec un maillot de Liverpool dans ses bagages, Caleb Nichols sort sa guitare acoustique pour célébrer la renaissance du label Kill Rock Stars (Gossip, Bikini Kill, etc.). Avec un brin de mélancolie et un max de mélodies, l’artiste américain se raconte tel qui est : figure queer, porte-drapeau de la communauté LGBTQ+, ce gay poète met son cœur sur la table et dissèque ses émotions avec l’aplomb d’un Paul McCartney. Aussi anachronique qu’intemporel, son nouvel album a le pouvoir de consoler les nostalgiques d’Elliott Smith, mais aussi de rassasier les fans des Beatles. Autrement dit : Caleb Nichols a les moyens de séduire 62 % de la population mondiale. Ce qui, d’entrée de jeu, n’est plutôt pas mal.

Les temps sont durs pour un mec comme Caleb Nichols. Rêveur, illuminé discret, poète un peu distrait qui oublie volontiers de se déhancher sur TikTok, le garçon vit ses passions amoureuses sans concession. Musicales ou humaines, les relations entretenues par le musicien californien sont toujours intenses et bien réelles. Dédicace involontaire aux adeptes de la détox digitale, le nouvel album de Caleb Nichols vit dans sa bulle, loin des algorithmes et des notifications, au plus près d’aventures homosexuelles et d’un amour inconditionnel pour les Beatles. Carte postale d’une vie gay dans une société ultra normative, "Ramon" est un disque à aimer sans complexe.

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Moon Walk

L’écoute du nouvel de Caleb Nichols procure un sentiment réconfortant, mais aussi terriblement déroutant. "Ramon" est un peu la bande-son imaginaire d’un film (à primer d’urgence au festival de Sundance). Aussi surprenante que la découverte d’Hibernatus dans les recoins de la calotte polaire, aussi improbable que l’hypothèse de Jurassic Park – dégoter une goutte de sang de John Lennon dans de la résine fossile –, la proposition entretient également quelques accointances avec Retour vers le futur. Car, c’est un fait : "Ramon" marque le réveil des fondamentaux de Kill Rock Stars, label indépendant fondé en 1991 par Matthew Moon, alias Slim Moon, personnage à qui l’on doit notamment de bons disques de Bikini Kill, Gossip, Deerhoof ou Elliott Smith. À force de signer des artistes incontournables et de multiplier les performances au rayon alternatif, Slim Moon s’est vu sollicité à l’échelon supérieur. Courant 2007, l’homme a ainsi délaissé Kill Rock Stars pour endosser des responsabilités au sein d’une major. Laissée en friche durant une quinzaine d’années, l’enseigne indépendante retrouve aujourd’hui son mentor. Slim Moon avait craqué pour Elliott Smith, il pouvait difficilement passer à côté de Caleb Nichols.

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Lapins et chevalier blancs

Sous des allures pop-rock bancales et un peu archaïques, les mélodies de Caleb Nichols caressent des problématiques ultra contemporaines avec un humour caustique et une bonne dose de poésie. Toutes les chansons de "Ramon" s’aventurent ainsi dans un espace-temps façonné par et pour des hétéros. À travers des métaphores et quelques récits touchants, Caleb Nichols raconte son rapport ambivalent à ce vaste monde. Dans le morceau "Run Rabbit Run", il dépeint ainsi les démêlés romantiques de petits lapins blancs soumis à d’invraisemblables pressions sociales... D’apparence naïve, l’allégorie explore en réalité les thèmes de la différence et de l’homophobie. Toujours très fin, jamais cavalier, Caleb Nichols joue le chevalier blanc en évitant soigneusement d’enfiler les gants du moralisateur de service. En équilibre sur une corde sensible, l’artiste met ses traumas en musique. Difficiles à vivre, mais faciles à chanter, les moments de solitude du chanteur soulèvent de nombreuses questions et ouvrent de solides pistes de réflexion.

 

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Ram(on)

Les mots de Caleb Nichols sonnent justes. À raison. La main sur le cœur, ce dernier se dévoile sans filet, au plus près de ses émotions et de ses passions musicales. Impossible de traverser les chansons de "Ramon" sans songer à celles servies en d’autres temps par Eliott Smith (sur l’album "Either/Or") ou Paul McCartney (sur l’album de "Ram"). Parfois encombrante, l’ombre des deux hommes ne freine pas pour autant les ardeurs de l’auteur qui, à l’écoute, peut également emporter les cœurs de celles et ceux qui aiment (Sandy) Alex G, Andy Shauff ou ce bon vieux Badly Drawn Boy. Une belle ribambelle de références qui n’empêchent pas Caleb Nichols de faire la différence.

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