Matin Première

C'est la fête des morts ce 2 novembre : pourquoi célébrons-nous nos défunts ?

Le focus

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

02 nov. 2021 à 11:30Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck, d'après "L'invité dans l'actu" de Pascal Claude

En ce lendemain de la Toussaint, nous célébrons la "fête des morts". Si la coutume a tendance à se perdre, nous ne sommes pas les seuls à commémorer nos défunts. Ces rituels millénaires sont légion dans de nombreuses religions et cultures à travers le monde. Mais finalement, à quoi ces traditions nous renvoient-elles ?

La mort est un événement extrêmement ritualisé. Et cela, peu importe l’endroit où nous vivons. D’après la philosophe des sciences Vinciane Despret, auteure de l’essai "Au bonheur des morts", aucune culture n’échappe au traitement des défunts.

"Même quand on laisse le corps des morts, par exemple, aux loups, aux vautours – comme ça peut se faire dans certaines régions, par exemple de la Mongolie ou de l’Inde -, il y a toujours des tas de rituels qui vont être accompagnés et qui vont assurer la mise en place."


►►► À lire aussi : Nettoyer les tombes, fleurir la mémoire : à l’approche de la Toussaint, ils perpétuent la tradition


Mais pourquoi avons-nous besoin de localiser la mort à un endroit précis ? Il y a, certes, des explications anthropologiques. Mais Vinciane Despret insiste sur ce qu’elle appelle le processus "d’enquête".

L’enquête

Après un décès, "les gens se transforment en enquêteurs. Il y a plein de questions qui se posent. ‘Où est-il ? Qu’est-ce qu’il souhaiterait ? Comment est-ce qu’il souhaiterait être enterré ou inhumé ou incinéré ? Qui était-il ? Qu’est-ce que je dois faire à présent de la vie alors qu’il n’est plus là ?’"

Et surtout : "quelle place va-t-on laisser aux morts ?". En d’autres termes, "où doit-on les mettre pour savoir où ils sont ?"

Le cimetière reste quand même une solution relativement pratique et collective

Et c’est ainsi que commencent les rituels consistant à la fois à se séparer des morts, mais en même temps à les garder dans le monde des vivants. "Le cimetière reste quand même une solution relativement pratique et collective. Dans la mesure où, en effet, on les sépare puisqu’on les met dans un endroit qui est prévu pour les morts, et en même temps, on reste près d’eux puisqu’on peut y aller quand on souhaite", ajoute Vincianne Despret.

"Prendre soin des morts"

La fête des défunts, c’est aussi l’occasion de "prendre soin des morts", selon l’expression de la philosophe des sciences. Beaucoup s’en sentent d’ailleurs obligés. Mais, d’une certaine manière, "ils ont l’impression d’accomplir quelque chose. Et ça peut prendre des formes très, très diverses qui sont tout à fait en contradiction avec les théories très laïques et très matérialistes qui disent 'Il faut faire le travail du deuil. Il faut oublier'."

D’après elle, ce "travail de deuil" renvoie presque à une obligation qui pèse sur le vivant. Comme s’il fallait oublier et accepter que "quand les morts sont morts, ils sont réduits au néant."


►►► À lire aussi : Toussaint : inscrire son nom pour l’éternité dans le jardin de mémoire à Chercq


La mort est pourtant perçue de façon beaucoup plus nuancée par les vivants. Chacun "prend soin de son mort" à sa façon.

"Il y a beaucoup de gens qui continuent à parler avec leurs morts, même parmi les gens les plus laïcs et les plus matérialistes que vous pouvez rencontrer. Vous seriez étonné de voir le nombre de personnes qui mettent une fleur devant une photo, qui disent bon anniversaire le jour où c’est l’anniversaire de la personne disparue, qui continuent à parler, etc."

Est-ce irrationnel ?

Serait-ce le fruit de l’imagination ? Face à cette question, la philosophe préfère rester agnostique. 

"Où sont les morts ? Est-ce qu'ils sont encore actifs ? Est-ce qu'il y a encore moyen de communiquer avec eux ? Tout ce que je peux dire, c'est que le très grand nombre de personnes qui le font, le font bien. Ils le font en effet de manière imaginative, mais pas en se laissant guider totalement par l'imagination. Et cela suffit à me convaincre qu'il y a quelque chose qui est intéressant et important pour elles."

© LAURIE DIEFFEMBACQ

Recevez chaque vendredi l'essentiel de Matin Première

recevez chaque semaine une sélection des actualités de la semaine de Matin Première. Interviews, chroniques, reportages, récits pour savoir ce qui se passe en Belgique, près de chez vous et dans le monde.

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous