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BUSSANG 2013 (2). UN IMAGINAIRE BELGE EXPLOSIF ENVAHIT " LE THÉÂTRE DU PEUPLE ".VAUT LE DETOUR.

Charlotte Villalonga et Damien Dobbeleer dans "La jeune fille folle de so n âme" de F. Crommelynck
03 août 2013 à 21:025 min
Par Christian Jade

Entre Vincent Goethals, directeur du Théâtre du Peuple de Bussang et Michael Delaunoy, directeur du Rideau de Bruxelles, il y a plus qu’une estime : une vraie complicité et un goût profond pour le théâtre de texte, classique ou contemporain. Goethals a mis en scène au Rideau, cette année, " Je pense à Yu ", de la Canadienne Carole Frechette et en 2010… " Le Cocu Magnifique ", la pièce la plus connue de Crommelynck. En choisissant " Carine ou la jeune fille folle de son âme ", une pièce rarement jouée, Michael Delaunoy ne choisit pas la facilité. Il nous explique son choix .

 

 

 

Interview Michael Delaunoy.

Michael Delaunoy

Cette pièce me plaît par son mélange de lyrisme et de burlesque. Comme dans le Cocu Magnifique, on trouve un personnage central qui pousse sa logique à son terme. Ici, une jeune fille, Carine, est folle de l’amour plus que de son amoureux. Cette logique quasi mystique ou l’amoureux doit être parfait, comme un dieu, fait éclater la logique commune du monde qui l’entoure. A plusieurs reprises elle répète : " ce n’est pas un homme " alors qu’ils viennent de passer 24h de nuit de noces et que, plus tard, Frédéric la trompe, sans grand scrupule, avec une de ses amies ! Le  monde réel est révélé par un bal masqué, organisé par l’oncle de Carine, sorte de Méphisto amoureux de sa nièce. Ajoutez une mère dont l’amant est lui aussi amoureux de Carine, d’où la " mise au couvent " de Carine pour écarter le danger ! Ce bal masqué révèle simplement que le monde est régi par la liberté sexuelle, l’instant présent et l’échangisme tranquille et cynique, l’absence de culpabilité. Un thème particulièrement actuel avec le choc des religions rigides avec  une société de plus en plus laxiste. Il y a une dimension perverse de jeux entre adultes consentants. Comment se débrouiller dans ces contradictions ? Finalement Carine meurt de son amour idéal, qui ne sert à rien qu’à l’isoler. 

Critique :

Charlotte de Villalonga et Anne Claire dans "La jeune fille folle de son âme"

Critique :

Dans cette réalité complexe et contradictoire, dans ce langage baroque, parfois confus, dans cette histoire entre mysticisme et réalisme cru, Michael Delaunoy parvient à caractériser les personnages et leurs contradictions. Grâce, notamment, à un bel espace scénique dû à Anne Guilleray, une boîte à escaliers multiples, qui sépare le monde idéal des amants de la bacchanale masquée. Grâce à l’opposition des couleurs, du blanc des amants au rouge sensuel de l’oncle/chasseur /pervertisseur et au noir des masques qui, en se " démasquant ", virent au rouge ! Grâce aussi aux lumières de Philippe Catalano, qui réussit un sublime clair/obscur entre la salle et l’ouverture du théâtre sur la nature, à un moment symboliquement efficace. Grâce surtout à la bonne collaboration entre amateurs et professionnels et à la prestation éblouissante du trio principal. Carine (Charlotte Villalonga) met toutes les nuances de son talent au service d’un personnage pas évident. Damien De Dobbeleer (Frédéric, l’amoureux) confirme ses qualités de jeune espoir. Itsyk Elbaz, en oncle pervers, fait rebondir les situations avec un cynisme rythmé et  allègre. Anne Claire est une mère ambigüe à souhait et les copines échangistes de Carine sont incarnées avec humour par Noémi Knecht et Anaïs Pellin. Un petit bémol : en risquant, tout à la fin, une chanson actuelle, Michael Delaunoy nous révèle qu’un usage plus fréquent d’éléments contemporains aurait rapproché le spectacle d’un public jeune et même moins jeune. Et une chorégraphie plus dynamique de la bacchanale aurait également donné un rythme plus soutenu à l’ensemble. A méditer pour l’étape belge, en octobre.( ?)

Carine ou la jeune fille folle de son âme, de F. Crommelynck,

A Bussang jusqu’au 24 aoûthttp://theatredupeuplehttp://www.letarmac.fr/.com/

Au Rideau de Bruxelles, du 8 au 26 octobre. http://www.rideaudebruxelles.be/

 

Christian Jade (RTBF.be)

« "Cotton Club » à Bussang : Vincent Goethals met en scène 2 solos et un quatuor de Stanislas Cotton.

Cabaret singulier.S. Cotton. Tadié Tuéné,,Solo Gomez,Baptiste Roussillon,Muriel Legrand

La première de Carnaval curieux, de S. Cotton a eu lieu le 31 juillet en notre absence. Pour juger du spectacle, nous avons, quatre jours auparavant, recueilli de solides indices de réussite. 2 heures de répétition minutieuse de quelques scènes, avec une qualité d’échange remarquable entre Vincent Goethals, ses acteurs et son assistante, Isabelle Lusignan. Le parcours rapide du " filage ", vidéo de travail, permettant de visualiser la scénographie et le rythme, avec les commentaires éclairés de Philippe Catalano, remarquable créateur de lumières -15 ans de pratique de Cour d’Honneur à Avignon. De ces deux expériences partielles je retire l’impression d’une équipe soudée et d’une performance éblouissante de notre compatriote Muriel Legrand, irrésistiblement drôle et impliquée. Dommage que, jusqu’à présent, le spectacle ne repasse pas par la Belgique ! Le texte de Stanislas Cotton est  une commande de V. Goethals, sur un thème apparemment banal,  " à quoi tu penses quand tu te lèves le matin " ? Avec une obligation technique : inclure des chansons, puisque le spectacle du soir est festif et musical. Côté chansons, 3 des acteurs sont des chanteurs " professionnels " et leur " diapason ", en répétition m’a séduit. Enfin il y a les intentions du metteur en scène : l’interview de Vincent ci-dessous. 

Deux solos de S.Cotton

Baptiste Roussillon dans"Clod et son Auguste".S. Cotton. mes V. Goethals

Mais il est un argument encore plus probant :des spectacles aboutis, vus en public. Comment V. Goethals traite-t-il, en solo les textes, pas évidents, de Stanislas ? Avec lui, les histoires ne sont jamais linéaires, chaque acteur doit trouver son cheminement, son fil conducteur.

-Dans Clod et son Auguste, Baptiste Roussillon, un des quatre acteurs du " Cabaret nocturne ", donne la mesure de son talent. Nez fendu, yeux de chien battu, Clod/Roussilon nous entraîne dans un cirque d’abord drôle puis de plus en plus sombre, comme une métaphore d’un pouvoir qui dégénère en dictature, avec séance de torture et d’humiliation. Cauchemar ou réalité, le tout est de nous faire entrer dans ce jeu un peu sinistre. Mission accomplie, corps et âme. Splendide !

"Le Roi Bohème"

Sébastien Amblard dans "Le Roi bohème".S. Cotton

-Dans Le Roi Bohème, c’est une histoire d’amour, d’abord drôle puis légèrement déprimante. Un conte de fées où un vendeur de chaussures s’éprend d’une belle cliente… un rêve qui l’éjecte de la réalité et du boulot. Une histoire digne de Charlot, que Sébastien Amblard défend de tout son corps avec une habileté, une capacité de métamorphose et une souplesse verbale et corporelle prodigieuses. Impeccable !

Les deux spectacles se donnent en alternance  à 18H30, jusqu’au 24 août. Ne ratez surtout pas ces hors d’œuvre succulents si vous êtes à Bussang.

Interview de Vincent Goethals sur son artiste invité, Stanislas Cotton.

Vincent Goethals, directeur du Théâtre du Peuple

-J’aime la truculence ludique, joyeuse, corrosive de la langue de Stanislas Cotton, qui griffe là où le monde a mal : sa poésie non classique interroge le monde.

-A partir de simples interviews vidéo d’habitants de Bussang, Stanislas a construit un texte disparate, polymorphe, avec des chansons magnifiques et des solos qui sont des cadeaux pour les acteurs mais aussi des duos et des quatuors très drôles.

- Il nous donne une image du monde actuel pessimiste et cynique abordant le monde du travail, les rapports de force sociaux, les accidents de la vie, les enfants soldats et, plus métaphysique, notre rapport au temps.

-les textes, pleins de ruptures surprenantes, nous obligent à nous concentrer sur le rythme du récit, à être vigilants à l’énergie qui s’en dégage : un beau défi pour les acteurs et toute l’équipe !

Les dates et lieux

Stanislas Cotton

-Cabaret singulier,  de Stanislas Cotton, m.e.s de V. Goethals, à 20H30 jusqu’au 24 août/

http://theatredupeuple.com/

-repris à Paris, au Tarmac, du 2 au 12 avril 2014. 

http://www.letarmac.fr/

NB : tous les textes de S.Cotton sont publiés aux éditions Lansman.

 

Christian Jade (RTBF.be)

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