RTBFPasser au contenu

Monde Afrique

Burundi: Amnesty International confirme la répression des manifestations

Burundi: Amnesty International confirme la répression des manifestations

Sans surprise, l'élection présidentielle au Burundi a été remportée par Pierre Nkurunziza. Cette élection est pourtant jugée illégitime par l'opposition qui a boycotté le scrutin, mais aussi par une partie de la communauté internationale. La raison, c'est le contexte de violences et d'intimidation dans le pays. Un contexte souligné dans un rapport d'Amnesty International.

Amnesty International a mené l'enquête au Burundi en mai et en juin dernier. Plusieurs manifestations secouent alors la capitale Bujumbura. Des centaines de Burundais s'opposent à la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. Leur argument, c'est que la Constitution burundaise le lui interdit, ainsi que les Accords d'Arusha. Dans son rapport, Amnesty International confirme que ces manifestations ont été durement réprimées par les policiers. Emilie Serralta détaille : "Nous avons pu constater qu'ils avaient utilisé la force létale de manière excessive, y compris contre des femmes et des enfants de manière répétée. On les a vus par exemple tirer sur des manifestants non armés qui prenaient la fuite ou tirer dans une foule où il y avait des enfants, tirer des gaz lacrymogènes dans des endroits fermés alors que c'est absolument interdit. Et la liste est longue. L'autre aspect très important, c'est que cette utilisation était véritablement pour réduire au silence ceux qui s'opposaient à ce que le président Nkurunziza brigue un troisième mandat. Les autorités avaient déjà décidé à l'avance que ces manifestations étaient une forme d'insurrection. Et du coup, les plans de sécurisation des élections qu'elles avaient élaborés avec l'aide des bailleurs tels que la Belgique n'ont pas du tout été respectés". 

La répression des manifestations s'est accompagnée d'une répression à l'encontre des médias. Dès le premier jour des manifestations, les autorités ont empêché des stations de radio d'émettre en dehors de Bujumbura. Aujourd'hui, les radios privées ne peuvent plus émettre. 

Justice bafouée 

En tout, les violences dans le pays ont fait au moins 80 morts. Selon Emilie Serralta d'Amnesty International, "aucun blessé et aucune famille des victimes rencontrées n'ont osé porter plainte contre la police. La raison, c'est qu'il y a eu des manœuvres d'intimidation de la part de policiers ou des services de renseignement notamment dans les hôpitaux où ces personnes étaient traitées. La population en général a très peu confiance en les services de sécurité et notamment la police, spécialement après ces manifestations des trois derniers mois. Et je pense qu'il est du devoir des autorités burundaises de mener des enquêtes au plus tôt. C'est leur devoir de le faire. Le code pénal burundais est assez clair sur la question. Dès qu'il y a des morts brutales de ce type, il devrait y avoir des enquêtes ouvertes et pour l'instant, nous n'avons rien vu de ce type". 

150 000 réfugiés burundais 

Il n'y a pour l'instant plus de manifestations à Bujumbura. Mais c'est toujours un climat d'intimidation qui règne dans la capitale. Des dizaines de milliers de Burundais ont fui le pays, direction le Rwanda ou la Tanzanie. Là-bas, c'est au camp de Nagusuru que les réfugiés échouent. Ce camp abrite déjà plus de 60 000 Congolais, depuis une vingtaine d'années. Et s'y ajoutent maintenant plus de 80 000 Burundais. Selon Anna De Ferrari qui travaille pour Plan International en Tanzanie, "tous les jours, ils arrivent à travers les différents points d'entrée dans le pays. On voit arriver autour de 500 personnes par jour. Les Burundais sont accueillis dans des maisons familiales construites en bâches ou dans des maisons communes en bâches. Les Congolais habitent plutôt dans des maisons semi-permanentes. Ils ont mis en place des services communautaires plus développés. Au début, il y avait des tensions entres les deux communautés... Les églises et les écoles étaient réquisitionnées pour loger les réfugiés burundais. Mais maintenant, la situation se normalise petit à petit grâce au travail de terrain des différentes associations."

Peur que la crise ne se répète

Le profil des réfugiés est assez varié: des médecins, des enseignants. Quant aux opposants, Anna De Ferrari de Plan International :"peut-être qu'il y en a mais ils ne se déclarent pas. En général, la majorité des réfugiés nous disent qu'ils ont peur que la situation dégénère. Ils se rappellent de la crise précédente, où il y avait une partie des milices armées qui avaient causé pas mal de problèmes. Et ils ont peur des représailles. Ils ne veulent pas rester au Burundi si ça tourne mal. Est-ce qu'il y a des problèmes ethniques ? Non, pas de problèmes ethniques. Même s'il est clair que parmi les réfugiés, ceux qui appartiennent à une certaine ethnie vont vers le Rwanda et les autres vers la Tanzanie".

Les associations qui travaillent sur le terrain craignent que l'afflux de réfugiés ne se poursuive et qu'elles ne puissent plus répondre aux besoins de base des réfugiés. Il y a déjà plusieurs problèmes en Tanzanie, notamment lié au manque d'eau. 

Articles recommandés pour vous