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Budget fédéral 2022 : pas de décision dans l’immédiat concernant le travail de nuit pour le commerce en ligne

12 oct. 2021 à 14:03Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo avec Belga

Le gouvernement fédéral s’est accordé ce mardi matin sur le budget 2022 et également sur une série de dossiers, dont la réforme du marché du travail, l’incapacité de travail et un paquet d’investissements, mais aussi le travail de nuit et le dimanche dans l’e-commerce.

Le travail de nuit a donné lieu lors des négociations à des tensions entre le PS d’une part, qui y est peu favorable, et les partis libéraux d’autre part.

A ce stade, ce qu’il nous revient, c’est que rien n’a été décidé à propos du travail de nuit. Le gouvernement va donc postposer cette question et organiser une table ronde afin de demander un avis aux partenaires sociaux. "Si les partenaires sociaux ne donnent pas d’avis, ou si leur avis est partagé avant le 1er mars 2022, le gouvernement prendra position à ce moment-là sur la suite à donner à ce dossier", précise l’accord conclu au sein du gouvernement.

Ceci dit, Comeos, la fédération du commerce, n’attend pas grand-chose des syndicats. "Les tables rondes organisées avec les partenaires sociaux sont vouées à l’échec. Nous avons négocié pendant dix ans sans résultat. Le temps des discussions est terminé, place aux mesures", affirme Dominique Michel, CEO de Comeos.

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Faciliter le travail de nuit et le dimanche

Le président du MR, Georges-Louis Bouchez, disait ce matin dans Matin Première : "Il faut arrêter de marcher sur sa tête et aller vers quelque chose comme il se fait aux Pays-Bas pour rendre enfin l’e-commerce compétitif en Belgique".

Mais de quoi parle-t-on concrètement ?

Contacté ce matin, Comeos, qui représente le commerce et les services, nous explique que plus de la moitié des Belges réalisent leurs achats en ligne le soir après 18 heures. Or, explique la fédération du commerce, le travail de nuit démarre à 20 heures en Belgique. Au-delà, les travailleurs perçoivent des primes pour horaire décalé ou travail pénible. Tout cela rend le travail de nuit trop cher en Belgique. Une situation qui n’est pas la même chez nos voisins que sont l’Allemagne, les Pays-Bas ou la France. La Belgique aurait ainsi perdu 20.400 emplois, dit la fédération. Côté syndical, le Setca fait remarquer, à propos de l’emploi, que les centres de distribution sont largement automatisés.

Comeos explique toujours que, ces dernières années, de grandes enseignes ont investi dans des centres de distribution – qui fournissent aussi la Belgique – dans d’autres pays à proximité de nos frontières, par exemple à Utrecht aux Pays-Bas. Le choix de ces plateformes s’explique par des conditions plus favorables pour le commerce en ligne chez nos voisins. Ceci assure au client un service plus rapide en permettant, par exemple, de livrer un produit le jour d’après.

Le travail de nuit depuis 2015

En 2015, la situation a un peu changé avec Kris Peeters, le ministre de l’Emploi de l’époque. Les acteurs sociaux ont négocié un accord sur l’e-commerce. Organiser le travail de nuit dans une entreprise est devenu possible à partir du moment où il y avait un accord avec un syndicat (auparavant il fallait trois syndicats pour signer une convention de travail de nuit : ndlr). Cette mesure était d’application lors de la législature précédente.

Le vice-Premier ministre Open Vld, Vincent Van Quickenborne, souhaite réactiver cette mesure prise par le gouvernement précédent qui permet d’introduire le travail de nuit – en fait le travail en soirée de 20 heures à minuit – dans une entreprise de ce secteur dès lors qu’un syndicat est d’accord, a-t-il expliqué. Il nous revient que les socialistes n’y seraient pas totalement favorables.

Par ailleurs, les travailleurs qui, de manière individuelle, souhaitent travailler de nuit, pourront également le faire. La crise sanitaire a provoqué une hausse très nette du commerce en ligne. Or, vu les conditions pratiquées aux Pays-Bas, sur 100 euros dépensés en Belgique, 80 atterrissent de l’autre côté de la frontière, a expliqué Vincent Van Quickenborne, selon qui "on rate des emplois".


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Myriam Delmée, la présidente du Setca, souligne que la possibilité d’un travail de nuit a très peu été exploitée jusqu’à présent en Belgique. Quatre ou cinq entreprises ont conclu des accords en ce sens (Colruyt, Vandenborre notamment). Myriam Delmée tient également à souligner qu’il existe déjà des centres de distribution en Belgique et cite en exemple celui de l’entreprise américaine Nike installé à Turnhout (non loin de la frontière avec les Pays-Bas) pour l’Europe.

Le travail de nuit est donc possible en Belgique, mais une derrière barrière semble empêcher son développement : le sursalaire à payer lors des prestations de nuit. Il y aurait une volonté de démarrer le travail de nuit au-delà de minuit. "Et ça, ce n’est pas un problème de flexibilité, c’est un problème de coût salarial que Comeos veut pouvoir mettre à terre", précise la présidente du Setca et qui ajoute qu’au-delà du coût il y a beaucoup d’autres questions à se poser liées au commerce en ligne comme notamment comparer les productivités de chaque pays, etc.

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