Un jour dans l'histoire

Bruxelles vue par les écrivains : amour et désamour

Un Jour dans l'histoire

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Marc Méganck, historien attaché à la Direction des Monuments et Sites a posé son regard sur notre capitale. Dans son livre Amour et désamour. Regards d’écrivains sur Bruxelles, 1845-1978 (Ed. Historia Bruxellae) et au travers d’extraits de romans, nouvelles, extraits de correspondance, livres de souvenirs, récits, poème et chansons, il esquisse un portrait de la capitale en demi-teinte. Parcours d’auteurs qui ont aimé ou détesté la capitale.

Voie rapide à la sortie du Boulevard Adolphe Max à Bruxelles en 1958

J’ai choisi cette période car c’est le moment de beaucoup de mutations dans le tissu urbain bruxellois. On assiste au voutement de la Senne, la création des boulevards, la jonction Nord-Midi, le creusement du métro, la construction de gratte-ciel, un urbanisme assez sauvage. Cela contribue à cette image négative de la ville qui se cherche pendant ce siècle-là, un siècle de mutation et dont on sort petit à petit enfin.

Le regard des étrangers séjournant à Bruxelles est très souvent sans concession. 

Baudelaire exècre le bruit des pas sur les pavés, l’accent belge, le sifflement universel. Gérard de Nerval déclare que "Bruxelles est la lune de Paris"Chateaubriand préférerait faire un détour : "La capitale du Brabant m’est en horreur, elle n’a jamais servi que de passage à mes exils, elle a toujours porté malheur à moi et à mes amis".

L’écrivain, journaliste et éditeur, Jean Fayard, se souvient de ses séjours dans la capitale belge. Il évoque en 1928 : "… Ses monuments modernes démesurés, ses boulevards avec des affiches lumineuses pour FAIRE CAPITALE, ses rues à demi larges, ses immeubles à demi hauts, ses magasins à demi chics, ses tramways jaunes ou CHOCOLAT, tout cela en fait une des villes les plus laides et les plus mornes qu’il se puisse se voir".

Les Galeries du Roi au début du XXe siècle à Bruxelles.
Les Galeries du Roi au début du XXe siècle à Bruxelles. © Getty images

La Senne n'est pas la Seine

Les écrivains étrangers comparent Bruxelles aux autres capitales et fustigent l’absence d’un cours d’eau remarquable. La Senne n’est pas la Seine. Lorsqu’elle est encore visible, elle est polluée, nauséabonde, pas assez large.

Et lorsqu’elle est recouverte, on critique l’absence d’eau. Même si Bruxelles est dotée d’une ambiance portuaire autour des bassins du quartier Sainte-Catherine, elle n’arrive pas à éblouir ses visiteurs.

La Senne à Bruxelles avant son recouvrement.

"La Senne, large d’une enjambée, semble un ruban vert jeté au bas d’un ravin de briques roses. La population fermente aux fenêtres pavoisées de linge sale ; une haie de maisons longe le canal, creusées de boutiques où se vend à l’encan des quartiers de viandes, couleur de pourpre, relevée çà et là par l’or pâle des graisses ; plus loin, près d’un sentier où l’on calfate et radoube des barques, une séquelle de masures titube et va tomber dans l’eau". Joris-Karl Huyssmann, Carnet d’un voyageur à Bruxelles, 1876.

"Le fleuve s’appelle la Senne, il coule sous les boulevards, aucun vivant ne l’a jamais vu. On l’a muré, caché soigneusement parce qu’il était trop petit pour l’importance de la métropole et qu’il rappelait de trop humbles origines". Jean Fayard, 1928.

A défaut de fleuve, Bruxelles s’en est inventé un. Il prend cours sous la plume de l’auteur franco-belge membre de l’Académie Française François Weyergans :

"Bruxelles n’a pas de fleuve, mais elle s’en est fait un. Qui n’est de rien, à la fin de chaque matinée, pour se dissoudre le soir très tard. Qui vient au Nord, pour aller se perdre dans le sable des petites rues étroites et des boulevards déserts vers le Midi. C’est un fleuve de promeneurs et d’acheteurs. La rue Neuve lui offre deux berges proches tout en vitres, ruisselantes de lumière. C’est une rivière paresseuse qui ne recueille que des filets et s’étale dans un lit trop large. Ici c’est le torrent. Boutiques, boutiques, le promeneur s’avance entre deux berges de cristal".

Grand-Place de Bruxelles en 1895
Grand-Place de Bruxelles en 1895 © Sean Sexton via Getty Images

Ces lieux qui impressionnent

Heureusement, certains endroits font l’unanimité. La Grand-Place impressionne, le Manneken Pis échappe aux railleries et le Palais de justice en impose. Victor Hugo l’évoque dans une lettre à son épouse : "L’hôtel de ville de Bruxelles est un bijou comparable à la flèche de Chartres ; une éblouissante fantaisie de poète tombée de la tête d’un architecte. Et puis, la place qui l’entoure est une merveille".

L'Atomium dans le contexte de l' Exposition 58

En 1958, c’est une auteure russe qui va relater sa fascination pour l’audacieux Atomium :

"Il faut le voir au milieu de l’Exposition avec ses boules d’aluminium qui brillent le jour et étincellent la nuit, comme si des dizaines d’électrons pesaient sur les noyaux atomiques". Marietta Shaginyan, 1958.

Une opposition entre Paris et Bruxelles qui existe depuis des siècles, alors que pourtant les Parisiens apprécient son rythme de ville province et continuent à s’y établir. Le chanteur belge Dick Annergan a si bien évoqué le dilemme.

Cruel duel, celui qui oppose
Paris névrose et Bruxelles l’abruti…

Bruxelles, attends-moi, j’arrive
Bientôt je prends la dérive

Paris, je te laisse mon lit

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