Bruxelles

Bruxelles : lourd climat d’insécurité aux alentours de la gare du Nord

© BELGA – PAUL-HENRI VERLOOY

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Par Véronique Fievet

En début de semaine, les bourgmestres de Schaerbeek, Saint-Josse et Evere ont à nouveau réclamé des moyens supplémentaires pour "sécuriser" la gare du Nord. Selon les édiles, la sécurité, dans et autour de la plus importante gare du pays, se dégrade. Ils invoquent notamment la présence de groupes de demandeurs d’asile et de migrants en transit. Nous nous sommes rendus dans la plus grande gare du pays, fréquentée quotidiennement en moyenne par plus de 60.000 personnes.

Karim (c’est un prénom d’emprunt) est agent Sécurail et la gare du Nord, il la connaît bien. Ces derniers mois, il dit être intervenu sur le terrain à de nombreuses reprises pour disperser des personnes pour des bagarres, des faits de drogues ou d’alcoolisme. "Ce sont toujours les mêmes", déclare cet agent de sécurité, "généralement par groupe de dix, quinze ou 20 et souvent, même si c’est un stéréotype, avec bière à la main, ils parlent tous l’anglais".

En cet après-midi de fin novembre, plusieurs groupes se sont en effet formés devant les accès de la gare. C’est le cas, côté rue de Brabant, à proximité d’un café qui semble les attirer.

Les problèmes anciens se sont amplifiés avec la crise sanitaire

Une situation devenue invivable selon certains riverains, comme le confirme Mohamed El Hajaiji, le président de l’Association des Commerçants de la Rue de Brabant. Pour lui, les problèmes déjà anciens dans le quartier, se sont amplifiés avec la crise sanitaire : "Les commerces étaient fermés, les fonctionnaires et les employés en télétravail, le terrain a été laissé aux personnes qui, pour certaines, essayent de trouver des moyens de subsistance et, pour d’autres, en profitent pour organiser leur petit trafic".

Mohamed El Hajaiji, le président de l’Association des Commerçants de la Rue de Brabant.
Mohamed El Hajaiji, le président de l’Association des Commerçants de la Rue de Brabant. © Tous droits réservés

Mais si le trafic de drogue provoque plus de nuisances, la présence des migrants n’est pas seule en cause. Une vaste opération de sécurisation de la zone a été menée en octobre dernier. Elle a permis de se faire une idée un peu plus précise des personnes qui fréquentaient en soirée les abords de la gare du Nord. "La gare du Nord est un point de rendez-vous, cela, on le sait", explique Audrey Dereymaeker, porte-parole de la zone de police Bruxelles-Nord. "On a constaté la présence de transmigrants, mais également des consommateurs et des acheteurs de stupéfiants, ainsi que des revendeurs qui sont établis et ont une adresse en Belgique.".

Relier drogues et migrants est un raccourci

Les migrants dans et autour de la gare du Nord, il y en a depuis des années, et notamment depuis la grande crise migratoire de 2015.

Mais pour Marie Burton, coordinatrice médicale chez Médecins Sans Frontières, avec la crise sanitaire et les difficultés d’accès à l’Angleterre, de nombreuses personnes se retrouvent souvent bloquées autour de la gare. C’est dans ce quartier qu’elles tentent de trouver des moyens de subsistance, mais c’est aussi l’endroit où elles peuvent accéder à des soins médicaux et des aides sociales.

Pour la coordinatrice, relier drogues et migrant est un raccourci. Selon elle, "Comme le reste de la population, les migrants ont vu le stress s’accumuler pendant le covid. Mais tout le monde n’a pas accès aux anxiolytiques, donc on prend ce qu’on a sous la main, et donc, oui, il y a de la consommation de drogues."

Une santé mentale fragilisée

En matière de stupéfiants la gamme est assez large, explique, pour la zone de police, Audrey Deremaker : "Nous avons aussi constaté la vente à l’unité de neuroleptiques, et d’anxiolytiques, des substances qui, consommées en même temps que l’alcool, a des conséquences sur la santé mentale des personnes."

Les chemins de la migration, la survie dans la rue et les difficultés de rejoindre l’Angleterre, tout cela contribue à faire vaciller la santé mentale d’une partie des migrants. MSF, aux côtés d’autres associations tentent de leur venir en aide, avec des moyens qui peuvent sembler dérisoires, face à l’ampleur de la tâche.

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