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Bruxelles : le licenciement pour faute grave d’un professeur de religion islamique annulé par le Conseil d’Etat

Hicham Abdel Gawab.

© RTBF

L’arrêté du gouvernement de la Communauté française qui licencie Hicham Abdel Gawad de ses fonctions de professeur de religion islamique sans préavis et pour faute grave annulé par le Conseil d'Etat! Hicham Abdel Gawad avait introduit une action contre cet arrêté pris en juillet 2017. Cinq ans plus tard, le voici réhabilité. 

A l'époque, ce professeur diplômé de l'ULB et de l'UCL, qui a enseigné dans des établissements scolaires d'Anderlecht et Forest, avait expliqué à plusieurs médias que son licenciement était lié au contenu de ses cours, notamment le fait qu'il aborde des questions liées à l'homosexualité ou encore aux philosophes grecs. Une ouverture mal accueillie, selon lui, par l'inspection des enseignants de religion islamique en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Pour l’émergence d’un islam digne du 21e siècle

A la suite de ce licenciement, Hicham Abdel Gawad, auteur du livre "Les questions que se posent les jeunes sur l'islam" écrivait sur les réseaux sociaux: "Mon engagement envers les jeunes ainsi que la lutte pour l’émergence d’un islam digne du 21e siècle, un islam dont le croire dépend du savoir et non l’inverse, cet engagement je le maintiendrai jusqu’au bout et quoi qu’il arrive."

Il ajoutait: "Bien que l’enseignement de la religion islamique dans les écoles soit dans un état lamentable (...), l’esprit critique, ouvert, bienveillant et vivace des centaines de jeunes musulmans que j’ai eu l’honneur de côtoyer, aussi bien en discrimination positive qu’ailleurs, cet esprit-là est l’esprit de demain qui, je n’en doute pas, rattrapera largement les esprits d’hier qui n’ont pas fini de tirer sur la corde carriériste d’une institution qui ne représente qu’elle-même." Une attaque adressée à l'Exécutif des musulmans de Belgique, alors présidé par Salah Echallaoui (forcé fin 2020 à la démission par le ministre de la Justice, démission remise depuis en cause par la justice).

En tout cas, concernant l'enseignant Hicham Abdel Gawad, l'arrêt du Conseil d'Etat nous en apprend davantage sur les raisons du licenciement de ce dernier et les arguments qui lui ont permis de le faire annuler. C'est lorsqu'il enseigne à l'Athénée royal Paul
Delvaux d'Ottignies (dès 2015) que les ennuis commencent. "J’ai enseigné à Anderlecht et à Forest sans aucun problème, et c’est à Ottignies que cela s’est mal passé. La cheffe d’établissement m’a fait différents reproches et cela a été crescendo. À la fin, c’était du harcèlement et j’ai fait un burn-out", disait-il à la DH en juillet 2017.

Une conférence en France pendant un congé de maladie

Stagiaire à la fonction de professeur de religion islamique, il est invité à s'expliquer auprès du préfet suite à divers manquements. Parmi ceux-ci, comme on l'apprend dans de précédents arrêts du Conseil d'Etat: avoir animé, en juin 2017, un atelier et une conférence en France, à Marseille, "alors qu'il était absent de son travail pour raisons médicales" mais aussi de "n'avoir remis aucune note ni évaluation depuis novembre 2016". Des manquements suffisamment graves pouvant justifier une sanction.

Le professeur de religion islamique

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Absent lors de son audition, Hicham Abdel Gawad est alors visé formellement par une procédure. Le 12 juillet 2017, le gouvernement de la Communauté française adopte un arrêté qui acte son licenciement "sans préavis et pour faute grave".

Pas de recours pour les enseignants stagiaires

Problème: contrairement à un enseignant nommé, un professeur stagiaire de l'enseignement organisé en Communauté française n'a pas la possibilité de contester ni d'introduire une réclamation contre son licenciement devant une chambre de recours. C'est sur base de cette faille que le recours introduit cette fois auprès du Conseil d'Etat a pu être favorable. 

Dans un long texte publié sur ses réseaux sociaux, Hicham Abdel Gawad, qui n'aborde pas la question de ses conférences durant son congé maladie, écrit: "Il est évident que toute cette sombre affaire - où des collusions peu avouables à mon encontre n'ont jamais été totalement exclues - est derrière moi depuis longtemps." Soutenant actuellement une thèse de doctorat, il indique faire ses adieux "à l'aventure intellectuelle qu'a été ma formation de docteur en sciences des religions".

"Je tenais cependant à faire ce statut pour souligner un point fondamental : la Belgique est un de ces rares pays où un travailleur peut l'emporter sur toute une institution. (...) Un enseignant peut échapper à cette machine à broyer que sont les préfets/préfètes qui se pensent tout-puissant ou des inspecteurs de cours qui peuvent en une signature, ruiner près de 10 ans de carrière."

Contacté, Hicham Abdel Gawad n'a pas souhaité commenter cette décision du Conseil d'Etat indiquant que ce dossier était désormais derrière lui. 

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