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Bruno Dayez, avocat de Dutroux: "La perpétuité est une peine de mort à vie"

Bruno Dayez, avocat de Dutroux: "La perpétuité est une peine de mort à vie"
15 févr. 2018 à 07:28 - mise à jour 15 févr. 2018 à 08:343 min
Par Jean-Claude Verset

"Pourquoi libérer Dutroux?" Cette question iconoclaste est aussi le titre d’un essai publié par Bruno Dayez, l’avocat de Dutroux.  Au-delà de sa libération qu’il juge "convenable et légitime", l’avocat émet des critiques sur le fonctionnement de la justice pénale. Il s’en prend aux peines excessives qu’il juge inutiles et qui compromettent toute perspective d'avenir pour les détenus. Derrière la personnalité du détenu, la libération conditionnelle de Dutroux serait-elle un enjeu de société?

Il ne faudrait jamais dépasser 25 ans de prison effective

Premier constat de l’avocat: le procès Dutroux a entraîné l’allongement des peines et le durcissement du système répressif. "20 ans plus tard, ne faudrait-t-il pas sortir de la logique sécuritaire? Je plaide pour des réformes importantes du système judiciaire et pénitentiaire."

Le libérer ou pas?

Dans l’esprit de son auteur, ce livre est une première étape car, quoi qu’il advienne, une demande de libération se posera à un moment ou à un autre. "J’ai voulu évaluer les enjeux de cette libération."

Et selon Bruno Dayez, les enjeux sont connus: "La sanction (judiciaire) à deux vocations, punir et mettre la société à l’abri des gens dangereux. La peine doit être mesurée à l’aune de l’existence d’un individu. Avec un quart de siècle de prison, la coupe est pleine. Il ne faudrait jamais dépasser 25 ans de prison effective."

La responsabilité de l’Etat

Le message de l’avocat est que L’Etat est aussi responsable des personnes qu’il incarcère. "Il doit permettre au détenu de retrouver sa place dans la société. Le cas Dutroux est épineux. Tout a été fait en le laissant pourrir sans rien faire pour sa future sortie." Confiné dans un espace de 9 mètres carrés, explique Bruno Dayez, Dutroux n’a aucun contact avec ses semblables. "Il perd tout sens des réalités. Le miracle est qu’il conserve encore de la raison."

La prison ne remplit pas sa fonction réparatrice

Ce qui amène l’avocat à comparer la prison à une oubliette physique, ("un impensé de la justice pénale") doublée d'une oubliette intellectuelle. "On y envoie des gens sans réfléchir aux méfaits qu’elle engendre. Elle (la prion) crée plus de vices qu’elle n’accumule de vertus. "

Avec pour conséquence, regrette Bruno Dayez, que tout est fait pour retarder la libération qui, de toute façon finira par advenir: "On pose de plus en plus d’obstacles à la libération. Dans un grand nombre de cas, on ne sort que lorsque la peine est expirée. Dans le cas de Dutroux, la perpétuité assortie de 10 ans de mise à disposition est une perpétuité est réelle."

L’improbable réinsertion

L’abolition de la peine de mort aurait dû, analyse l’avocat, déboucher sur un processus de réinsertion du condamné par la prison devenue un moment déterminé dans la vie du condamné. "Dès qu’il y a un lendemain à la peine, il y a une obligation pour l’Etat d’éviter que la prison  soit un temps vide. Personne ne bénéficie d’une telle situation. En prison, ce qui est bon pour le condamné est bon pour les victimes et pour la société. Tout le monde profitera de la réinsertion." Pour lui, la sanction ne garde sa signification "que si on transforme la prison en hôpital en atelier ou en école".

Dutroux imagine-t-il sa libération conditionnelle?

Parmi les rares personnes à rencontrer Marc Dutroux en cellule, Bruno Dayez décrit un être ‘étonnant’: "Je rencontre un homme et pas un monstre. Je le cerne comme humain, il passe par des phases de désespérance profonde mais, parfois, il a le vœu de recouvrer sa liberté dans des conditions qui seront adéquates au cas d’espèce".  

Les victimes ne sont pas des agents de la répression

Dès cette nuit, en réaction à l’intervention de Bruno Dayez dans l’émission  "A Votre Avis ", Jean-Denis Lejeune, le père de Julie, réagissait sur les réseaux sociaux, parlant de provocation.  

"Je ne suis ni naïf ni provocateur", réagit l’avocat qui assure avoir anticipé la réponse à cette accusation dans son livre: "Pour une victime il n’y aura jamais de pardon, je le comprends parfaitement. La peine n’a pas pour vocation de réparer le tort causé. C’est un jugement rendu au nom de la société." Selon Bruno Dayez, l’Etat manque à sa responsabilité de prendre en charge les victimes jusqu’au moment où ce ne serait plus nécessaire. "Actuellement, on rive la victime sur un sentiment de vengeance. Les victimes ne sont pas des agents de la répression."

Et le politique dans tout ça ?

La récente actualité opposant le ministre Jambon à l’avocat de Salah Abdeslam pose la question du rôle de l’Etat. Mais en la circonstance, Bruno Dayez se veut pessimiste, critiquant la frilosité du gouvernement et du Parlement actuels. "On abonde dans le sens du poil du grand public. Le public pense que la prison garantit sa réalité, mais c’est l’inverse qui est vrai ".

Pour le défenseur de Dutroux, la perpétuité est une ‘abomination’. "Aux USA, plus de 40 000 personnes attendent de mourir en Prison. La perpétuité est une peine de mort à vie".

 

 

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