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BRIFF : "Les Garçons Sauvages", un fantasme halluciné

BRIFF : "Les Garçons Sauvages", un fantasme halluciné
28 juin 2018 à 18:17 - mise à jour 28 juin 2018 à 18:172 min
Par Flora Eveno

Ce long métrage français aux allures de conte fantasmagorique était projeté au BRIFF les 26 et 27 juin dans le cadre de la compétition européenne. C’est l’un des coups de coeur de la programmation.

 

“Les Garçons Sauvages” est le premier film du réalisateur Bertrand Mandico, jusqu’alors focalisé sur les courts métrages. C’est un objet cinématographique étrange et étincelant qui énerve ou émerveille, tant par sa forme osée et ses couleurs par touches disséminées que par sa moralité détonnante et sa sexualité exacerbée.

BRIFF : “Les Garçons Sauvages”
BRIFF : “Les Garçons Sauvages” © Tous droits réservés

 

Sur l’Île de Bourbon au début du XXe siècle, un groupe de jeunes garçons de bonne famille passent devant le tribunal pour le meurtre de leur professeure de lettres. Celle-ci, pour qui ils jouaient une pièce de théâtre masquée, a été retrouvée attachée et à demi-nue, morte d’une chute de cheval. Les cinq garnements s’en sortent en inventant leur version des faits dans laquelle leur professeure leur aurait ordonné de la lier pieds et poings à la monture, dans un jeu sexuel pas très crédible. La Cour conseille aux parents de séparer la bande, qui avait déjà commis d’autres méfaits. Les géniteurs réunissent une dernière fois les petites frappes pour les convier à une croisière expérimentale menée par le Capitaine. Le grand barbu au blouson de cuir leur promet de casser la jeunesse impétueuse et sauvage de leurs rejetons. Le voyage commence. Tanguy, Hubert, Jean-Louis, Romuald et Sloan se font rapidement maîtriser par le maître du navire, qui les attache au cou comme des cabots, il fait naître la peur et les torture jusqu’à l’escale. Sur une île à la végétation dangereuse et porteuse de plaisirs, la vraie formation débute. Peu à peu, l’Eden promis par ce lieu sensuel laisse la place à une fiévreuse révélation. Les attributs masculins des jeunes garçons tombent et les seins leur poussent, ils découvrent alors que l’île est en train de les féminiser et que tout ça était prévu par le Capitaine et un mystérieux Docteur. 

 

BRIFF : “Les Garçons Sauvages”
BRIFF : “Les Garçons Sauvages” © Tous droits réservés

 

Ce qui frappe avant tout dans ce long métrage, c’est l’esthétique puissante, à la fois effrayante en noir et blanc et très pop, très pailletée par moment. Dans cette pénombre évoquant les films d’époque, transparaissent par moment des couleurs vertes, roses, bleues, tranchant avec la bichromie ambiante. Cet effet saisissant sert le scénario et ses envolées lyriques, sa poésie et son aspect dérangeant à la fois. Le décalage est aussi amené par les comédiennes qui jouent les jeunes hommes, amenant une dimension androgyne et un jeu suranné. “Les Garçons Sauvages” ressemble à un fantasme grandeur nature, où des jeunes garçons rebelles sont transformés en femmes pour rendre le monde moins brutal, moins conflictuel. Finalement heureux de ce nouveau départ, ils acceptent leur genre féminin excepté l’un d’eux dont seul un sein a poussé. Malgré la présence répétée et difficile de violences sexuelles, Mandico signe une superbe premier film à la forme léchée et à l’univers tout à fait singulier, entre la fable de pirates et le récit d’apprentissage érotique, à la fois brutal et doux à faire pâlir les détracteurs (complotistes) de la théorie du genre.

“Les Garçons Sauvages” de Bertrand Mandico concourt dans la compétition européenne du BRIFF.

 

Les Garçons sauvages - Bande Annonce HD

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