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La Chronique de Bourdon

Bouli Lanners-Laurent Delahousse : la rencontre

Bouli Lanners-Laurent Delahousse : la rencontre
07 mars 2016 à 09:37 - mise à jour 07 mars 2016 à 09:375 min
Par Christophe Bourdon

Quand Laurent Delahousse vous contacte en vous disant qu'il veut rencontrer Bouli Lanners, vous n'hésitez pas un instant. Et vous obtenez un moment d'intimité comme seul le présentateur du JT de France 2 arrive à en créer.

"Bonjour, c'est Laurent Delahousse. Je rêve de rencontrer Bouli Lanners. Pourriez-vous m'aider ?" Je ne vous cache pas ma surprise en découvrant ce message sur mon répondeur. Et je crois même à une blague en rappelant le numéro que mon interlocuteur m'a laissé. Mais je reconnais la voix du journaliste de France 2. "Je suis de passage à Bruxelles cette semaine, j'ai vu le dernier film de Bouli Lanners, Les premiers, les derniers, et je rêve de le rencontrer. Accepteriez-vous d'organiser cette rencontre pour moi, et de publier notre échange sur le site culture de la RTBF ? Je vous lis chaque semaine, je vois votre niveau de médiocrité, et je me dis que ma modeste contribution à votre pénible effort d'auteur raté ne pourrait que tirer vos articles vers le haut. Qu'en pensez-vous ?" Ni une, ni deux, la rencontre Laurent Delahousse-Bouli Lanners est organisée. En voici le fruit...

 

Laurent Delahousse : C'est un homme de talent, de multi-talents a-t-on envie de dire. Il est à la fois acteur, réalisateur, scénariste. Mais on l'a aussi vu chanter à l'image. Dans des films. Il a tenu les plus belles femmes dans ses bras. Donné la réplique aux plus grands. Mais n'est-ce pas plutôt lui le plus grand ? Un géant ? Les géants, pour paraphraser le titre d'un de ses films. C'est un créateur. Sans doute le mot qui le résume le mieux. Il a commencé en faisant rire aux côté des Snuls, groupe mythique d'humoristes tellement belges. Tellement belge, lui, il l'est assurément. Il y a en lui du Brel, du Adamo, du Benoît Poelvoorde. Cette Belgique des poètes, les doux poètes. Cette Belgique que nous aimons tant, mais que nous connaissons finalement mal, nous, français. Un plat pays, peut-être, mais sûrement pas un pays plat. Je suis heureux d'enfin le rencontrer. Bouli Lanners, bonsoir.

Bouli Lanners : Euh... Il est 11h30, là.

LD : Il... est... 11h30... On reconnaît là la marque du poète, mais aussi votre côté terrien. Car derrière l'artiste, l'immense artiste que vous êtes, il y a aussi l'homme. L'homme de la terre. Le terrien. Car vous êtes un terrien, Bouli Lanners, autant que vous êtes un artiste. On a même le sentiment que vous êtes les deux, en même temps, mais aussi à tour de rôle. Que ces deux facettes sont indissociables de votre personnalité. Que si l'on veut connaître le Bouli artiste, il faut connaître le Bouli terrien, et réciproquement. Vos films, finalement, c'est vous ? Qui êtes-vous Bouli Lanners ? Et pourquoi ? Cela vous a pris du temps d'être ce vous-même ?

BL : Euh...

LD : Le doute, les doutes. Vous venez de les exprimer. On sent que chez vous, chez les artistes, le doute est un moteur. On crée, car on est dans le doute. Mais le doute peut aussi être un frein. La peur de l'échec. Sans doute. Tous les artistes la connaissent. Vous êtes un artiste, Bouli Lanners. Vous connaissez cette peur. Mais finalement, cette peur, comment vit-on avec ? Et peut-on d'ailleurs vraiment vivre avec ? Quel est votre rapport, vous, Bouli Lanners, à la peur ? Et quelles sont vos peurs ? Comment se manifestent-elles ? Et à quelle heure ?

BL : Oufti. Je vais reprendre un café, je crois.

LD : Reprendre un café... L'humour belge, évidemment. Mais aussi ce rapport au concret, ce concret que vous exprimez si bien, et que vous incarnez de film en film. Vous êtes le concret. Vos personnages se cognent à la vie. Reprendre un café... Vous réalisez des films, vous jouez dans des films, vous êtes connu, reconnu. Mais vous pensez à reprendre un café. Vous lancer dans l'horeca est une envie qui vous poursuit depuis longtemps ? Quelles sont vos envies, Bouli Lanners ? Des envies d'ailleurs, sans doute. Peut-être. Des envies d'être un autre, parfois ? Car c'est la base de l'acteur, finalement. Etre un autre. Etes-vous un autre, Bouli Lanners ? Quel autre êtes-vous ? Et quand êtes-vous cet autre ? Sur un plateau uniquement ? En dehors ? Et comment devient-on cet autre ? Au risque de s'y perdre, peut-être ? Vous êtes-vous déjà perdu dans un autre, Bouli ?

BL : Dis, fieu, je te le dis gentiment, mais tu commences à m'énerver.

LD : Le dire gentiment, mais être en colère. La dualité. La glace et le feu. Vous avez cela en vous, Bouli Lanners. L'homme bon, l'homme posé, l'homme apaisé, mais aussi l'homme qui ne baisse pas les bras, l'homme qui crie sa révolte, l'homme qui ne se laisse pas faire. Vous êtes un homme de combats. Et c'est cela qui vous rend unique. C'est vous, tout cela. Vous en avez conscience, évidemment. Mais peut-être pas totalement. Faut-il se connaître totalement pour être un artiste ? Comme un outil que l'on maîtrise à la perfection. On la sent, chez vous, cette recherche de la perfection. On la retrouve dans vos films. Ce sens de l'image. Vous filmez. Vous filmez des paysages. Vous filmez des visages. Vous filmez des visages dans des paysages. Mais qu'est-ce que la perfection, pour vous, Bouli Lanners ? Est-elle dans les paysages ? Est-elle dans les visages ? Est-elle dans les visages dans les paysages ? Ou est-elle ailleurs, peut-être ? Dans ce que vous ne filmez pas ? C'est peut-être là que se trouve votre cinéma, Bouli Lanners. Dans ce que vous ne filmez pas. Est-ce que votre cinéma est là où vous ne filmez pas ? Qu'en pensez-vous ? Comment ?

BL : Bon, je me casse.

LD : Parlons à présent de votre film.

BL : Bon, je reste.

LD : "Les premiers, les derniers". Un casting, des comédiens. Et quels comédiens ! Albert Dupontel... Michael Lonsdale... Max Von Sydow... Aurore Clément... Et vous, évidemment. Devant et derrière la caméra. Parfois devant, parfois derrière. Parfois les deux en même temps ? Et puis ce titre. "Les premiers, les derniers". Une référence à la Bible, évidemment. L'évangile selon Matthieu. "Ainsi les derniers seront les premiers, et les premiers seront les derniers, car il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus." Et c'est vrai que dans le métier que vous faites, plus que dans tout autre métier peut-être, il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. Vous, Bouli Lanners, vous faites partie de ces élus. Mais on imagine que pendant de nombreuses années, vous étiez un des nombreux appelés. Comment avez-vous vécu ces années où vous étiez un appelé ? Ces années où, finalement, on ne vous appelait pas, alors que vous étiez un appelé ! Comment vit-on cette contradiction ? Et pourquoi ne vous appelait-on pas ? Quel forfait avez-vous pour votre téléphone portable ? Il y a des heures où vous êtes plus joignable que d'autres ? Vous êtes quelqu'un de disponible en général ? Pour tout le monde ? Ou pour vos proches uniquement ? Bouli ? Pourquoi, Bouli ?
(...)

LD : Bouli Lanners est parti pendant que je posais ma question. Il est déjà ailleurs. Sur d'autres projets. D'autres aventures. D'autres vies. Merci à lui de nous avoir accordé quelques minutes de son temps que je sais précieux. De s'être confié aussi ouvertement, sans tabou, mais toujours avec pudeur. Nous avons découvert une nouvelle facette de cet artiste. Merci Bouli pour votre franchise et votre générosité. Dans un instant, la météo de Nathalie Rihouet, suivie à 20h50 de votre grand film, "Les Tuche". Demain, vous retrouverez David Pujadas. Merci de nous avoir suivis. Bonsoir.

 

Christophe Bourdon

 

PS : Toute ressemblance avec des questions de Laurent Delahousse ou des réponses de Bouli Lanners serait purement fortuite.

 

 

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