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Bouli Lanners : "La Belgique ne fonctionne pas en cas de crise majeure, à cause de la complexité institutionnelle"

07 mai 2021 à 07:27Temps de lecture3 min
Par A.M.

Bouli Lanners, l’acteur-réalisateur belge n’a pas l’habitude de mâcher ses mots. Aujourd’hui moins encore qu’hier : si on doit vivre avec ce virus, et ce sera le cas, il faudra réinventer des protocoles de vie "et si on ne le fait pas, on aura plus de société civile, on n’aura plus de relations humaines".

Bouli Lanners, peste contre l’infantilisation qui a caractérisé selon lui la gestion de la crise : "on nous a dit les masques ça ne sert à rien, puis on nous a dit les masques c’est important, puis on a eu des amendes, on a eu des couvre-feux, on a eu plein de choses ! Avec des mensonges au départ, de l’incompétence et un défaut de prévoyance criminel, pratiquement. Je trouve qu’on a tous suivi le modèle, à un moment donné, mais là, il faut que le dialogue reprenne !"

La décroissance, pas à l’ordre du jour

Interrogé par Thomas Gadisseux, dans Matin Première, Bouli Lanners souligne le dialogue difficile avec les autorités, mais aussi son inquiétude, lui qui plaide pour la décroissance : "moi, je pensais que cette crise allait nous faire prendre conscience que l’activité humaine est responsable de beaucoup de choses et qu’on allait faire marche arrière, mais là j’ai l’impression que les gens veulent reprendre absolument ce qui était avant, c’est-à-dire que tout le monde ne pense qu’à repartir en vacances, prendre l’avion, etc.

Or, c’est l’activité humaine qui a influencé la propagation des virus, leur existence même et la vitesse de propagation : il serait peut-être temps de remettre en question notre mode de vie. Mais depuis un an et demi rien n’a été fait, politiquement, pour, même, expliquer ce qu’est la décroissance".

Les institutions fonctionnent tant qu’on est dans les affaires courantes

Engagé contre le nucléaire, sur la question climatique, Bouli Lanners dénonce le système belge : "la Belgique ne fonctionne pas en cas de crise majeure ! Les décisions ne sont pas les mêmes, entre les régions […]. Les institutions fonctionnent tant qu’on est dans les affaires courantes, mais quand il y a une crise majeure qui arrive, comme celle-ci, ça ne fonctionne plus du tout !

Imaginons un incident nucléaire où on a deux heures et demie pour réagir, je ne sais pas ce qui se passera ! La crise sanitaire s’annonçait depuis 3 mois, et une semaine avant le lockdown, Maggie de Block ; la ministre de la Santé, parlait d’une grippette et disait que les masques ne servaient à rien !"

Mais l’herbe est-elle plus verte ailleurs ? "Ailleurs, c’est pas chez moi", sourit le comédien.

Hippocrate, une série politique sur l’effondrement des soins de santé

Ailleurs, en France en l’occurrence, Bouli Lanners a tourné, de janvier à novembre, dans la série Hippocrate (visible dès ce samedi 8 mai sur Be TV mais déjà diffusée en France) de Thomas Lilti, une série "politique, qui dénonce l’effondrement des soins de santé. Le projet date d’avant la crise, mais la réalité a rattrapé la fiction".

Et la série a été réécrite au fur et à mesure. Tournée dans un vrai hôpital, avec des infirmiers qui faisaient de la figuration, et ont montré les gestes techniques aux comédiens mais qui, immédiatement après retournaient au boulot, en unité covid, durant le tournage.

Refinancer l’hôpital

Un tournage compliqué, interrompu, avec un protocole covid très strict. "On vivait avec le covid ! Le matériel utilisé est retourné à l’hôpital, parce qu’il en manquait. Que ce soit en France ou en Belgique, on a un personnel soignant qui est constamment sous pression, parce qu’on en manque, faute de revalorisation. Il faut refinancer l’hôpital !

Il coûte de plus en plus cher, parce que la technologie coûte de plus en plus cher, la pharmacopée coûte de plus en plus cher, et parce qu’on est avec une population vieillissante qui a besoin de plus de soins en hôpital. On vit une crise sanitaire, mais aussi une crise hospitalière : il faut revaloriser le secteur. Si, après cette crise cela ne redevient pas une priorité, je ne sais pas ce qu’il faut !"

Solidarité

Plaidant la solidarité, irrité de voir qu’on a opposé les différents secteurs, Bouli Lanners est aussi un fervent soutien de l’Horeca : "j’en ai besoin pour écrire !" Amateur de terrasses, pour observer et écouter, et nourrir sa créativité en tant que réalisateur, il souligne aussi que "tout le monde en a besoin, pour socialiser !"

Quant à "ce non-dialogue avec le secteur de la culture, il ne date pas d’hier". Et ça l’exaspère. Et d’énumérer, également, les incohérences : des films se tournent, sans masque, sans distanciation sociale. Mais on interdit aux spectateurs d’aller voir un film en salle, avec masque et où on ne parle pas. "Je ne comprends pas la logique de ces décisions-là".

L’inspiration, pour ses prochains projets, ne sera pas dystopique : il ne la tirera pas, en tout cas, de cette crise du covid, et des mutations sociétales en cours : "là, je suis plutôt en train d’écrire sur une chronique, entre 1976 et 1999, qui se déroule dans une ferme dans le Lot, où toutes les mauvaises décisions ont été prises en matière d’agriculture, qui nous amène à ce qu’on a aujourd’hui. Plutôt que de faire un film d’anticipation, je préfère expliquer pourquoi on en est là maintenant".

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