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Boris Johnson va-t-il survivre au "Partygate" ? "Il a a survécu à beaucoup de choses"

Dossier de la rédaction

Royaume-Uni: Boris Johnson en pleine tourmente

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01 févr. 2022 à 10:14Temps de lecture4 min
Par A. Lo. sur base d'une séquence de François Heureux

Un rapport administratif très attendu sur le scandale des fêtes à Downing Street durant le confinement a été remis au Premier ministre britannique Boris Johnson, lundi matin. Ce rapport dénonce des "erreurs de leadership et de jugement" au sein de Downing Street, a dénoncé lundi la haute fonctionnaire Sue Gray.

Quentin Dickinson est chroniqueur Europe à Euradio, radio des territoires, et a dirigé le bureau de Radio France à Bruxelles pendant une vingtaine d’années. Il nous livre son analyse sur ce que l'on appelle le "partygate".

Boris Johnson va encore tenir longtemps, selon vous ?

C’est une bonne question, effectivement, parce que Boris Johnson a survécu à beaucoup de choses. Mais ce qui est vrai aussi, c’est que ce qui a pu lui assurer un succès véritable comme bourgmestre de Londres  (le maintien des autobus rouges à impériale, les " Boris bus ", la production des vélos publics, par exemple, les "Boris bikes "), tout cela ne tient plus la route lorsqu’on prend des responsabilités gouvernementales. Et depuis qu’il est parvenu d’abord au ministère des Affaires étrangères et ensuite au 10 Downing Street, tous les jours, on en a la démonstration.

Est-ce qu’il peut s’en tirer malgré tout ? Eh bien oui, si des éléments extérieurs peuvent entretenir une forme de confusion et détourner l’attention de la presse londonienne à grand tirage. Ce genre d’élément peut être la crise avec la Russie sur l’Ukraine, puisque Boris Johnson est justement en Hongrie et en Ukraine aujourd’hui. Et le leitmotiv qui sort du 10 Downing Street et des amis de Boris Johnson, c’est que le Royaume-Uni est redevenu une grande puissance. Ayant quitté l’Union européenne, elle règle ces questions directement avec Poutine, elle déploie son armée, je cite, "pour soutenir l’OTAN ". Tout cela peut jouer.

Et il y a aussi d’autres éléments qui sont intervenus ces dernières heures, par exemple l’annulation tard hier soir de la vaccination obligatoire des salariés du secteur médical. La pression va donc retomber sur ce front de contestation. Il y aura aussi, dit-on, des annonces probables quant au soutien au pouvoir d’achat et du coût de l’énergie pour les ménages, qui est une autre bombe à retardement à désamorcer. Et, bien sûr, la poursuite du bras de fer avec l’Union européenne sur l’Irlande du Nord et sur les licences de pêche. L’UE est le perpétuel et bien commode bouc émissaire.

Johnson peut aussi survivre car le système de révocation du Premier ministre est une procédure entièrement interne du Parti conservateur. Et compte tenu des sondages plutôt mauvais pour eux, les députés conservateurs peuvent être tentés d’éviter coûte que coûte des élections législatives anticipées. Dans cette hypothèse, M. Johnson éviterait de perdre un éventuel vote de confiance de son groupe parlementaire.

On avait dit que ce rapport publié et rédigé par cette haute fonctionnaire, Sue Gray, serait sans doute ce qui le ferait tomber. Ce rapport est sorti hier, on n’en a pas eu l’intégralité et on ne l’aura peut-être jamais, mais est-ce que ça veut dire que ce fameux rapport n’est au final pas si accablant que cela ?

Le vrai rapport de Mme Gray était et reste dans les tiroirs, mais est toujours accablant. Ce qu’elle dit, c’est qu’il y a de graves insuffisances de jugement et d’encadrement, mais elle ne va pas au-delà de ça parce qu’il n’y a pas un seul nom de collaborateur de M. Johnson qui soit nommé dans ce rapport dans la version édulcorée qui a été remise au Premier ministre et publiée hier.

Ce que nous attendons évidemment tous, à Londres comme à Bruxelles et comme ailleurs, c’est de savoir si Mme Gray va un jour publier le rapport initial qu’elle avait rédigé, car M. Johnson a été miraculeusement sauvé par le gong étant donné que très tardivement, il faut bien le voir, la police londonienne a annoncé qu’elle allait lancer des enquêtes. Elle dispose de plus de 300 photos que des mains innocentes sont venues lui faire parvenir et elle se fonde également sur 500 documents officiels qu’elle est en train de passer au peigne fin.

Sauf que ces 12 enquêtes parallèles de la police londonienne vont mettre des semaines et des mois avant d’aboutir et on ne sait pas à ce moment-là si on nommera des gens, puisque cela paraît prendre une direction assez discrète, c’est-à-dire que les contrevenants, les collaborateurs fautifs et festifs de M. Johnson, vont écoper d’amendes financières, mais leurs noms ne seront pas portés par la police sur la place publique. On aurait donc une espèce d’enterrement de première classe du rapport de Mme Gray, sauf si cette dernière estime elle-même qu’elle peut revenir à la charge et un jour publier l’entièreté du rapport initial.

Vous avez dirigé le bureau européen de Radio France à Bruxelles pendant une vingtaine d’années. Vous avez croisé, vous avez connu Boris Johnson quand il était à l’époque correspondant à Bruxelles ?

Oui, absolument, je l’ai croisé et je l’ai même beaucoup fréquenté puisqu’on faisait à peu près la même chose. Peut-être pas exactement la même chose, mais nous avions la même carte de presse accréditée auprès de l’Union européenne, ça, c’est certain. Est-ce que nous pratiquions la même profession que vous ou moi ? Je crois qu’il avait une approche tout à fait différente. C’était déjà à l’époque une espèce de bonimenteur, un clown, mais en même temps, on sentait qu’il était habité par une espèce d’obsession d’un destin national. Il citait souvent Churchill quand on lui demandait l’heure, c’était quelqu’un qui sortait un peu de l’ordinaire. En plus, il a toujours été persuadé que la fin justifie les moyens, quels qu’ils soient. Et aussi, en tant que journaliste à Bruxelles, il recherchait non pas ce que nous traitions au jour le jour, mais il cherchait systématiquement tout ce qui pouvait, de près ou de loin, ridiculiser les institutions européennes, au mépris de toute réalité.

À la lueur de ce qu’il était à l’époque, j’imagine que ce qui lui arrive aujourd’hui ne vous étonne pas ?

Absolument pas. Il a toujours été ce qu’il est, mais évidemment dans des fonctions de plus en plus importantes. Et ce qu’il était comme journaliste, il n’a pas changé aujourd’hui, il est toujours persuadé que sa faconde, son indéniable talent oratoire, son indifférence ou son mensonge, même patent, et aux convenances, quelles qu’elles soient, le sortiraient de tout mauvais pas. Et il en reste aujourd’hui encore persuadé, j’en suis sûr.

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