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Boris Johnson : de l’Europe comme tremplin au plouf de la démission d’un eurosceptique

L'oeil sur l'Europe

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08 juil. 2022 à 15:34Temps de lecture2 min
Par L'œil européen de Sandro Calderon

Le Premier ministre démissionnaire, profondément europhobe, ne sera pas regretté de ce côté de la Manche. Car l’homme qui est tombé hier s’est toujours servi de l’Europe comme d’un tremplin.

On peut dire que Boris Johnson s’est fait un nom sur le dos de l’Union européenne. Dès la fin des années 80, le jeune Boris est alors journaliste et couvre la politique européenne pour le quotidien conservateur The Daily Telegraph.

Avec sa chevelure en pétard et son air débraillé, déjà, il est surnommé le "bouffon" mais en réalité l’homme est intelligent, cultivé et surtout créatif. Pour rendre ses articles séduisants, il exagère, invente. Au diable l’exactitude des faits alors même qu’il connaît très bien l’Union Européenne (son père travaillait à la Commission).

La courbure des bananes

Dans un article, Boris Johnson a créé de toutes pièces une police européenne qui vérifie la courbure des bananes. Ont suivi des histoires de fraises carrées, de préservatifs plus petits,… Il a écrit sur l’interdiction prétendue des bus à impériale ou des chips britanniques saveur "cocktail de crevette".

Des papiers souvent drôles qui moquaient la bureaucratie européenne. Ils ont fini par donner des idées à d’autres quotidiens britanniques et ont alimenté l’euroscepticisme naturel des serviteurs de sa gracieuse Majesté.

AFP or licensors

Déjà eurosceptique ?

À l’époque, sa méfiance envers l’Europe relève avant tout de l’opportunisme. Elle lui permet de gagner en notoriété, en influence.

En 2003, Boris Johnson, devenu député conservateur, affirme qu’en aucun cas il n’est eurosceptique. Et même à la veille du référendum sur le Brexit, en 2016, il semble hésiter. Il écrit deux chroniques pour le Daily Telegraph. Une pour et une contre le Brexit.

Dans cette deuxième chronique, qui ne sera pas publiée, il affirmait que rester dans l’Union européenne constituait "une aubaine pour l’Europe et le monde" et que la quitter causerait un "choc économique" pour le Royaume-Uni.

Ce qui ne l’a pas empêché de faire campagne pour le Brexit et, là encore, avec un mensonge sur l’Europe. Sur un bus, il avait inscrit ce slogan "Nous envoyons 350 millions de livres à l’Union européenne chaque semaine, finançons plutôt notre NHS", autrement dit le système de santé britannique. Un chiffre inexact, largement exagéré mais qui a favorisé la victoire de ceux qui voulaient sortir le Royaume-Uni de l’Union européenne.

AFP or licensors

L’Europe a bon dos

Sa signature sur l’accord sur le Brexit n’était pas encore sèche qu’il contestait son application. Il y a eu le conflit sur la pêche avec la France. Mais surtout, il y a la question de l’Irlande du Nord. Depuis le Brexit, cette province britannique a un statut particulier. Et même si Boris Johnson l’a personnellement négocié avec les Européens, il veut le modifier.

À chaque fois qu’il s’est trouvé en difficultés sur la scène nationale, il a agité le chiffon rouge. Il a menacé les Européens d’annuler unilatéralement des parties de l’accord sur le Brexit. Il y a quelques semaines, il a même présenté une loi qui vise à contourner les engagements qu’il a pris à propos de l’Irlande du Nord.

Bref, jusqu’au bout, il s’en est pris à l’Europe pour essayer de rebondir.

AFP or licensors

Bye bye Boris

Cette fois, le "bouffon" a raté son saut. Mais ses mauvaises blagues ont profondément marqué les esprits au Royaume-Uni.

Aujourd’hui, une large partie de la classe politique britannique défend le Brexit et les idées anti-européennes de Boris Johnson ont pris encore plus d’ampleur. Et même sans lui, rien ne dit qu’à l’avenir Européens et Britanniques réussiront à apaiser les tensions post-Brexit.

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