On n'est pas des pigeons

Boissons sucrées : quels effets sur la santé ?

04 nov. 2021 à 09:55Temps de lecture4 min
Par Céline Liegeois

C’est une information relatée par de nombreux journaux l'été dernier : Les Belges sont les champions d’Europe de la consommation quotidienne de soda ! Notre pays se trouve tout en haut du classement Eurostat relatif à la consommation de boissons sucrées. Une information nuancée par l’industrie des boissons rafraîchissantes, pour qui la fréquence de consommation n’est pas une indication de santé. 

  • Qu’en pensent les professionnels de la santé ?
  • Quelles sont les conséquences d’une consommation quotidienne de soda ? 

Qu’en pensent les professionnels de la santé ?

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Isabelle Namèche est diététicienne – nutritionniste à la Clinique de l’obésité du CHU UCL Namur.

Je constate de plus en plus de prédiabète et de diabète chez des enfants de moins de 10 ans.

Dans le cadre de ses consultations, elle rencontre de plus en plus de jeunes en surpoids, mais pas seulement. "Je constate de plus en plus de prédiabète et de diabète chez des enfants de moins de 10 ans.Un phénomène qui était encore exceptionnel au début de sa carrière. 

On ne peut pas négliger l’impact sodas.

Obésité ou diabète sont des maladies multifactorielles :

  1. sédentarité
  2. hérédité
  3. mais aussi malbouffe
  4. et un excès de sucre transformé, de fructose, que l’on retrouve dans de nombreuses boissons sucrées

 

"On ne peut pas négliger l’impact sodas" alerte la spécialiste. Une consommation excessive peut entraîner des problèmes dentaires, digestifs, mais aussi problèmes de foie.

Cette forme agressive, la nash, ou le foie gras lié à une consommation de sucre, s’est surtout développée ces dernières années, en lien avec la surconsommation de boissons sucrées et de produits à base de fructose.

De plus en plus de Belges sont touchés par la nash (Stéatose hépatique non alcoolique), maladie qui peut dégénérer en cirrhose ou cancer si elle n’est pas prise en charge à temps. "La maladie du foie gras existe depuis longtemps. Mais cette forme agressive, la nash, ou le foie gras lié à une consommation de sucre, s’est surtout développée ces dernières années, en lien avec la surconsommation de boissons sucrées et de produits à base de fructose.", précise la diététicienne.

Cette maladie symptomatique de notre époque est pourtant évitable, à condition d’être conscient des risques d’une consommation élevée de sucre.

Une évidence à rappeler: la boisson principale doit être l'eau

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Dès lors qu’elle est régulière, la consommation de soda est problématique, quelle que soit la quantité.

Il est difficile de faire boire de l’eau à un enfant habitué aux boissons sucrées.

Et il est des évidences bonnes à rappeler, insiste Isabelle Namèche. "Il est important de boire de l’eau. Mais il est difficile de faire boire de l’eau à un enfant habitué aux boissons sucrées. Et tout aussi difficile de manger moins sucré lorsque l’on boit sucré."

Question de santé publique et de société ?

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A l’Ecole de Santé Publique de l’ULB, les boissons sucrées sont un sujet de recherche. 

Angéline Chatelan, postdoctorante, s’intéresse de près aux sodas et à leurs effets sur notre santé. "Dans les pays scandinaves, moins de 5% des jeunes consomment des boissons sucrées. Mais en Belgique, c’est un adolescent sur trois qui en consomme tous les jours. Alors oui, c’est une question de santé publique et de société. Pourquoi on consomme autant et surtout, que peut-on mettre en place pour réduire cette consommation ?"

Quelle quantité de sucre par jour ?

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L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande de consommer entre 25 et 50 grammes de sucre par jour. "Avec une canette ordinaire, nous sommes déjà au-delà de ce qui est idéal et nous arrivons dans ce qui est toléré par l’OMS", analyse Angéline Chatelan. 

C’est sans compter la tartine de confiture le matin, le biscuit ou le verre d’alcool. Ou les sucres cachés, présents dans un tas d’aliments transformés.

Le soda, pourquoi pas occasionnellement, mais la boisson principale doit être l'eau

Les boissons light, une fausse bonne idée ?

Certaines marques ont bien réduit leur taux de sucre ces dernières années.

En Europe, les boissons rafraîchissantes contiendront en moyenne 10% de sucre en moins d’ici 2025. Les producteurs belges vont bientôt dépasser les objectifs européens.

"Les producteurs de boissons gazeuses ont réalisé une réduction de 20 % en sucre entre 2012 et 2020" , fait remarquer la Fédération Royale de l’Industrie des eaux et des Boissons rafraîchissantes dans un communiqué. "En Europe, les boissons rafraîchissantes contiendront en moyenne 10% de sucre en moins d’ici 2025. Les producteurs belges vont bientôt dépasser les objectifs européens."

"C’est vrai que certaines marques ont fait des efforts pour réduire le taux de sucre de leurs boissons. Par exemple, dans les thés glacés. Mais les industriels ont rajouté des édulcorants.", ajoute la postdoctorante. 

Aspartame, stévia, allègent effectivement les boissons. Mais faut-il les recommander ?

Avec le light, l’enfant va garder cette préférence pour le goût sucré. Il mangera plus de gâteaux, boira plus de jus de fruits, on rentre dans un cercle vicieux.

Pour les adultes, grands consommateurs, qui ne parviennent pas à réduire leur consommation de sucre, le light pourra peut-être les aider à perdre du poids en réduisant la quantité de sucre. "Pour les enfants, par contre, ce n’est pas une bonne idée. Avec le light, l’enfant va garder cette préférence pour le goût sucré. Il mangera plus de gâteaux, boira plus de jus de fruits, on rentre dans un cercle vicieux. La boisson principale doit être l’eau" rappelle la chercheuse Angeline Chatelan.

Les recettes de la taxe soda sont-elles mal redistribuées ?

Boy (4-5) pouring ketchup on potatoes
Boy (4-5) pouring ketchup on potatoes © Tous droits réservés

Pour dissuader le consommateur, une taxe soda a bien été mise en place. En 2015, elle a généré 55 millions d’euros, contre 175 millions en 2018. Le niveau de taxation a donc triplé en trois ans. Mais les recettes vont dans les caisses du Trésor Public et ne sont pas redistribuées vers une politique nutritionnelle.

Cette taxe devrait revenir à l’école.

Ce que déplore Jean-Pierre Coenen, Président de la Ligue des Droits de l’Enfant. "Cette taxe devrait revenir à l’école. L’intention première était de diminuer le sucre, pourquoi ne pas le faire via le repas de midi ? Un repas correct pour tous, bio et équilibré. Ce repas pourrait permettre d’éduquer. C’est le rôle de l’école."

Le marketing pour le sucre devrait avoir même interdiction que pour le tabac.

Jean-Pierre Coenen va plus loin encore: "Le marketing vise clairement les enfants, considérés comme des consommateurs comme les autres. Le marketing pour le sucre devrait avoir même interdiction que pour le tabac. Le sucre touche plus de monde, et plus tôt."

Il est évident que seule une politique globale permettra de limiter les effets néfastes d’un excès de sucre sur la santé.


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