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Belgique

Blocage des sorties : la prison de Marche-en-Famenne sous forte tension?

25 juil. 2022 à 09:37 - mise à jour 25 juil. 2022 à 11:32Temps de lecture3 min
Par Baudouin Remy

"Depuis plusieurs semaines, détenus et avocats témoignent d’une situation très tendue à la prison de Marche-en-Famenne. En cause  le blocage des permissions de sorties ou les demandes de surveillance électronique et de libération conditionnelle via le tribunal de l’application des peines. Les membres de la direction, en effectif fortement réduit, n’assurent plus en effet leur mission d’avis", expliquent l'Observatoire International des Prisons (OIP) et d'autres associations dans un communiqué. 

En clair, les congés pénitentiaires et les sorties sont empêchées et la tension ne ferait que s'accroître au sein de la prison de Marche. Les permissions de sortie, congés pénitentiaires et libérations conditionnelles sont essentielles pour préparer la réinsertion des détenus et des détenues.

Les témoignages parvenus à l'OIP ( Observatoire des prisons) font état de délais d'attente pouvant aller jusqu'à cinq mois. “Moi, j'ai fait une demande en avril, on est en juillet et la direction n'a toujours pas remis son avis au TAP” illustre l'un d'entre eux.

Toutes les demandes doivent passer par un avis de la Direction et, dans le cas des permissions de sortie et congés pénitentiaires, c’est l’avis de la direction qui actionne le délai durant lequel l’autorité décisionnelle (la DGD - Direction Gestion de la Détention) doit se prononcer.   

Cette longue liste d’attente aurait aussi causé l’annulation de plans de reclassement, y compris dans des situations où les personnes incarcérées disposaient d‘un contrat de travail." L’administration pénitentiaire, par son inactivité, met donc en échec les plans de reclassement de détenu·e·s. Les plans de reclassement sont pourtant essentiels dans l’accompagnement des détenu·e·s dans leurs parcours de réinsertion sociale ! " précise le communiqué

 

 

Manque de personnel à l'origine du retard

La direction générale de l'administration pénitentiaire confirme le problème au sein de la prison de Marche-en-Famenne  " en raison d’absence au sein de l’équipe de direction qui a accumulé du retard dans les avis"

L’administration pénitentiaire dit  " avoir pris en charge cette problématique et a mis en place un système de support en un soutien structurel  ( une personne est venue en renfort notamment) " 

La porte-parole de la direction générale de l'administration pénitentiaire ajoute "que depuis quelques semaines une grande partie du retard est résorbé ".
Si nous ne disposons d’aucun chiffre officiel, nos sources font état de 150 à 190 détenu·e·s concerné.e.s, soit environ la moitié de la population pénitentiaire marchoise.  L'administration pénitentiaire dément ces chiffres qualifiés de " largement surévalués" 

 

Des pressions sur les détenus

Selon les associations, les personnes concernées n'ont pas osé faire part de ces blocages à leurs avocats de peur de voir leur situation empirer au sein de l’établissement. Ils craignent également de s’adresser à la commission de surveillance. Et pour cause : " Si vous contactez la commission de surveillance, c'est transfert automatique à Lantin ", voici le message qu’auraient certain·e·s détenu·e·s. La menace aurait d’ailleurs été mise à exécution pour au moins une personne qui a souhaité défendre son dossier auprès de la commission des plaintes.

A ce sujet l'administration réplique : "Si nécessaire, il importe de signaler qu’aucune pression n’est mise sur les détenus concernant des contacts avec la commission de surveillance. C’est leur droit et il est respecté en particulier dans une prison comme Marche où les détenus peuvent communiquer directement aux Commissions de surveillance et de plainte en passant via une plateforme informatique interne" 

Les associations estiment de leur côté que "en raison des carences de la direction, les détenu·e·s se retrouvent sans perspectives de réinsertion et voient leurs démarches réduites à néant".  Même si la direction générale de l'administration concernée annonce avoir pris le problème en main elle tempère: "la situation au niveau de l’équipe de direction de Marche reste cependant compliquée et l’administration le met tout en œuvre afin de fournir le support nécessaire".  Le problème des retards risque donc de persister.

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