Chronique littérature

"Blanc", le carnet de voyage dans les Alpes de Sylvain Tesson, qui fait de la verticalité un aimant spirituel

© CHRISTOPHE SIMON / AFP – Gallimard

27 oct. 2022 à 08:16Temps de lecture2 min
Par Sophie Creuz

Le géographe, l’aventurier, l’écrivain-voyageur que nous connaissons, qui nous a emmenés à pied, à cheval, à vélo, en moto caracoler sur les routes gelées de la Bérézina ou cheminer sur les sentiers perdus de la France rurale, celui qui nous a emportés dans sa cabane en Sibérie, où il n’écoutait pas Line Renaud chanter "ma cabane au Canada", Sylvain Tesson, qui nous ravit souvent, dans tous les sens du terme, nous emmène cette fois-ci dans le grand blanc des Alpes.

La poudre d’escampette et la poudreuse comme échappatoire au confinement

Pendant quatre hivers, il a parcouru à ski les Alpes depuis la France jusqu’à la Slovénie, avec un guide de montagne et un autre compagnon. Pendant que nous étions tous confinés, lui, a choisi la poudre d’escampette et la poudreuse pour se refaire une santé et dégager son horizon, raillant au passage les pauvres dociles que nous étions de porter le masque et de montrer patte blanche.

Pattes blanches, de neige, ce libertaire a bien voulu les montrer aux chamois et aux gardiens et gardiennes de refuges alpins. Comme il l’écrit, il a suivi d’une certaine manière la figure littéraire, l’injonction, que Gide donnait à Claudel "de mettre son esprit en pente", de préférer les terrains accidentés à l’ataraxie et les pentes vertigineuses à escalader en peau de phoques pour s’accorder ensuite quelques délicieuses glissades.

Un carnet de voyage

Chaque jour est détaillé avec ses difficultés, ses frousses bleues sur fond blanc, ses victoires et ses joies. Comme toujours chez Sylvain Tesson, on y trouve aussi des méditations sur l’action qu’opère l’effort sur l’esprit, et sur l’immensité qui nous perd.

Il les alterne avec des anecdotes, des dialogues un peu potaches et les lectures qui ourlent le pur exploit. On est surpris d’ailleurs de trouver, abandonnés dans les refuges d’altitude, des livres qui souvent rencontrent ses goûts, Rimbaud, Proust, Saint-Augustin, que d’autres intrépides lettrés ont emportés dans leur sac à dos.

Cette fois, Tesson se dévoile davantage que précédemment, et il ne craint pas de se mettre en porte-à-faux par rapport à l’époque, au genre, à la bien-pensance.

C’est un hussard qui fait de la verticalité un aimant spirituel, autant pour le corps que pour l’esprit. Et pour qui l’effort et le mérite ne sont que des valeurs tangibles, et non pas morales, qui se vérifient quand il s’agit de grimper des kilomètres de dénivelés.

Un effort qui a pour récompense de pouvoir contempler la beauté de rondeurs géologiques qui, souvent, lui rappellent les rondeurs sensuelles de corps chauds et féminins auxquels il songe, tandis que le sien gèle par moins 15°.

Nous, nous le lisons au chaud, entre admiration, irritation parfois, ravissement quand sa plume glisse sur de belles sensations, sur cette belle langue française qu’il manie avec dextérité, et avec étonnement toujours pour la liberté qu’il s’accorde de s’infliger, tant d’épreuves, pour le pur plaisir de les voir se terminer bientôt.

"Blanc" de Sylvain Tesson paraît chez Gallimard.

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