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Bilan après un an et demi de l’appli Coronalert : la technologie fonctionne, pas l’adhésion

Application Coronalert (image d’illustration, septembre 2020)
13 janv. 2022 à 15:533 min
Par Thierry Vangulick

Coronalert, c’est cette application que l’on peut télécharger sur son smartphone et qui vous prévient si vous avez été en contact à haut risque avec une autre personne. A vous alors de prévenir celles et ceux que vous avez côtoyés de près récemment. Elle a fait beaucoup parler d’elle lors de son lancement en septembre 2020 mais s’est faite plus discrète depuis.

Axel Legay, professeur en cybersécurité à l’UCLouvain et chargé de la mise au point de l’application Coronalert tire le bilan de cet outil dont on a sans doute trop attendu.

“Il y a deux types de bilan à en tirer. Le premier est excellent, c’est le bilan technologique. On a réussi à mettre au point une application qui préserve la vie privée et prévient les gens dans un contexte complexe. Et puis il y a la partie téléchargement et utilisation. Le téléchargement a bien marché avec 3,5 millions de chargements. C’est beaucoup plus que ce que l’on imaginait. Mais la partie adhésion, utilisation, c’est beaucoup moins bien puisqu’on est sur 1 million d’utilisations. C’est la partie sur laquelle on va devoir travailler le plus.”


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Comment expliquer ce gap ?

L’application a été très médiatisée à ses débuts. Beaucoup espéraient qu’elle résoudrait la crise alors que ce n’est qu’un des dispositifs parmi des dizaines d’autres dans cette crise. Donc, il y a eu de la déception. Il y a eu aussi les questions de protection de vie privée et tout ce qui s’est passé avec l’autorité de protection des données. Il y a eu beaucoup de confusion entre l’application et des sujets auxquels elle n’était pas liée. Notre application était totalement anonymisée donc ça n’a pas aidé non plus… Et puis il y a simplement le fait qu’après deux ans de crise, les gens en ont assez ! Vous combinez tout ça avec le fait que c’est le premier outil digital proposé pour résoudre la crise et les gens ne sont pas encore prêts à ça. Et donc ce qu’on doit en tirer comme leçon, c’est que nous devons faire preuve d’encore plus de pédagogie.”

Beaucoup de confusion entre l’application et des sujets auxquels elle n’était pas liée

 

Reportage du JT du 6 janvier 2021

Appli coronalert : Désormais dans 11 pays européens

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Bilan en demi-teinte ailleurs aussi

Depuis le 6 janvier 2021, Coronalert est compatible avec les applications de suivi de contacts d’une dizaine de pays en Europe, dont l’Allemagne, les Pays-Bas ou encore l’Espagne où elle est aussi utilisée. Mais les résultats y sont tout aussi mitigés. Les premiers mois, on constate un nombre exponentiel de téléchargements et au fil du temps, ce nombre diminue. Pour Axel Legay, ce n’est pas surprenant car cette application n’est utile qu’en cas de crise : “Une application traditionnelle est nourrie par les conversations et les échanges entre les membres d’une communauté mais Coronalert, c’est plutôt un outil médical que l’on n’utilise pas de gaieté de cœur, on n’y pense pas toujours. Il faut des piqûres de rappel régulières. Chaque fois que j’en parle à la télé ou à la radio, cela fait augmenter le nombre de téléchargements.”

Nous devons faire preuve d’encore plus de pédagogie


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Cette application a toute son utilité à titre préventif et à titre d’indication car elle permet de prévenir les gens autour de vous que vous êtes positifs mais ce n’est pas elle qui va faire baisser les courbes de contamination sur le long terme dit encore celui qui a été chargé de sa mise au point et de son développement. “Nous sommes au bout du développement technologique. On aurait pu étendre cette application pour les restaurants, on ne l’a pas fait pour ne pas importuner davantage les gens. Il y aura des améliorations si la crise perdure mais c’est sur l’adhésion et pas sur la technologie qu’il faut travailler.”

 


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Image d’illustration
Image d’illustration © Tous droits réservés

Comment augmenter l’adhésion du public ?

“Nous avons participé à beaucoup de débats contradictoires mais il faut d’abord faire de la pédagogie pour expliquer comment ça marche. On a eu beaucoup de soutien des ministres régionaux, de l’AVIQ. On aurait pu l’expliquer lors d’une conférence de presse du Codeco mais il y a tellement d’outils et de thèmes que c’est impossible de faire tout, tout le temps. Commençons à sensibiliser les jeunes dès l’école aux outils digitaux pour qu’ils pensent et comprennent par eux-mêmes. Il faut capitaliser sur le long terme pour sortir de cette crise. C’est ça le principal enseignement des outils digitaux mis en place. Les gens ont eu du mal à comprendre l’utilité et le fonctionnement de cette application et c’est dû au fait qu’il n’y a pas ou peu d’éducation aux outils digitaux à l’école en Belgique”.

Journal télévisé du 13/01/22

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