Big Data: quand les données permettent de prédire l'avenir

La Terre est devenue un immense réservoir de données qu'il devient de plus en plus difficile de contrôler
15 déc. 2012 à 13:51 - mise à jour 15 déc. 2012 à 14:08Temps de lecture3 min
Par Jean-Claude Verset

Pour illustrer ce concept, il suffit de rappeler que, chaque jour, se crée un volume de données correspondant à 70 fois le contenu de la bibliothèque du Congrès des Etats-Unis. Selon une nouvelle étude commanditée par EMC, la croissance atteindra 40 zettaoctets en 2020, ce qui correspond à une multiplication des stocks de données par quinze ou encore, une moyenne de 5.247 Go de données par habitant de la planète.

Le premier enjeu est que le phénomène du Big Data rend les bases de données actuelles de moins en moins gérables efficacement. La capture, le stockage, l'analyse et la visualisation des données doivent se faire de manière différente sous peine de rendre ces données inutilisables par les systèmes actuels.

Les scientifiques veulent profiter de cette masse d’informations pour prédire l’avenir. Et cela dans tous les domaines: comment réagira un individu à telle molécule? Comment évoluera une entreprise au cours des 24 prochains mois? Ou comment réagira un consommateur à tel message publicitaire. Le Big Data serait capable de fournir la version technologique de la boule de cristal.

La face humaine du Big Data

Dans son nouveau livre "The Human Face of Big Data", l’Américain Rick Smolan explique ce que ce phénomène changera pour la population. L’ouvrage très illustré est consultable sur le web  ou via une appli pour iPAd. Tous les textes ont été rédigés par des spécialistes dans leur domaine.

Dans le secteur du séquençage du génome humain, c’est le Big Data qui permet aujourd’hui de créer des organismes par manipulation génétique. Craig Venter, le père du génome, explique que pour la première fois une espèce vivante capable de se reproduire a été enfantée par un ordinateur.

Dans le domaine de la santé, le Big Data hospitalier prend des proportions spectaculaires en collationnant tout : les maladies du patient, ses dosages médicamenteux, la température et l’humidité de sa chambre, avec adaptation automatique de tous les paramètres par l’ordinateur. Le bureau d’études Gartner estime qu’en 2015, le Big Data sera, pour les équipes médicales américaines, un moyen de se différencier des hôpitaux concurrents.

Le Big Data est aussi sous-marin. C’est le cas pour l’IMOS  (Australia's Integrated Marine Observing System ), une immense base de données qui collecte, partage et utilise les données de tout ce qui est dans l’eau : les bouées dotées de capteurs (pour les tsunamis notamment),  les robots sous-marins, les stations scientifiques, les "tags" placés sur les phoques ou les tortues, toutes les balises Argos et tous les bateaux qui sillonnent les mers. Toutes ces données sont disponibles sur le site de l’iMAS.

Big Data ou Brother?

Le principal danger de la prolifération des données et de leur analyse est le risque d’un contrôle permanent. La police de New York développe un vaste projet qui agrège toutes les données dans une seule base :  caméras de surveillance, plaques de voitures, appels d’urgence, les casiers judiciaires, mais aussi les caractéristiques physiques de chacun (cicatrices d’opérations de l’appendicite ou le port d’un tatouage). Il existe aussi une base de données réunissant en permanence les sons pour y déceler les coups de feu enregistrés par un réseau de capteurs sonores couvrant 70 villes américaines. Le traitement des données permet de savoir en temps réel  quand et où une arme a été utilisée.

Ce qui nous approche un peu plus de la fiction développée dans le film Minority Report qui évoque un monde futur où l’on peut arrêter les criminels avant qu’ils ne commettent un délit.   

La face commerciale: le big money

Selon une étude (Iron Mountain), les entreprises européennes de taille moyenne se disent littéralement submergées par la déferlante de données. 21% d’entre elles ne prévoient pas d’exploiter le Big Data et 38 % disent ignorer comment gérer efficacement le volume croissant des informations disponibles.

Au niveau de l’internet pourtant, le Big Data est déjà un outil marketing. Nos profils de consommateur sont tellement précis que l’on nous affiche des publicités personnalisées et même des prix personnalisés lorsque nous voulons acheter un voyage en avion. Parce que Le Big Data, c’est aussi du big money.

Quand le Big Data chinois s’éveillera

La Chine et l'Inde seront les plus gros producteurs de données en 2020.  La part des économies émergentes dans l’univers numérique passera de 36% à 62%, loin devant l’Occident. Mais le potentiel de ces données est encore négligé:  moins de 1% des données mondiales sont analysées. Actuellement, l’Europe est n’°2 avec 19% des données mondiales derrière les États-Unis, (32%), mais d’ici 2020, la Chine devrait nous dépasser avec 22%. L’une des sources essentielles provient des médias sociaux.

La conclusion de tout cela tout cela est que l’avenir des données est dans leur collecte et surtout dans leur partage qui permet à tous d’en retirer des informations.  Nos sociétés ont instauré la liberté d’expression, d’opinion et même de communication. Il faudra peut-être un jour garantir le droit à l’accès aux données. Et cela c’est une big question.

Jean-Claude Verset

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