Cinéma

BIFFF : “Dual”, si ce n'est moi c'est donc mon double

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04 sept. 2022 à 12:44Temps de lecture2 min
Par Adrien Corbeel

Au BIFFF, où les films venus de partout et de nulle part abondent, il est souvent difficile de savoir ce sur quoi tomber. Une excellente série B ou un affreux navet? Un délire terriblement perché ou une petite merveille qui n'attend que de trouver son public? Pour s'y retrouver dans les dizaines de productions programmées, on s'oriente comme on peut, en passant par exemple en revue les affiches et les résumés.

Les arguments de vente de "Dual" sont plutôt convaincants. Avec comme acteurs principaux Karen Gillian et Aaron Paul, le film de science-fiction de Riley Stearns ("Faults", "The Art of Self-Defense") arrive déjà avec un certain pedigree hollywoodien. Son pitch est également très prometteur : dans un futur proche, il est désormais possible pour les personnes en phase terminale de se faire cloner, afin que leur double les remplace auprès de leurs proches. Lorsque Sarah apprend qu'elle va certainement mourir, elle choisit donc de se faire cloner. Mais que faire quand sa remplaçante est adoptée à bras ouvert par son compagnon et par sa propre mère? Et surtout que faire lorsque la maladie se révèle moins mortelle que prévu?

Afin d'obéir aux lois de cette société vaguement futuriste, il convient de défendre son existence — un sacré défi pour cette jeune femme terriblement apathique. Somnambule de sa propre vie, sans bonheur et sans objectif, elle semble en déroute, prise au piège de sa propre personnalité. Son comportement n'est cependant pas très éloigné des personnes qui l'entourent. Dans "Dual", tout le monde agit avec un détachement déstabilisant. Qu'il s'agisse d'annoncer à une personne qu'elle est en phase terminale, qu'on s'en sépare ou qu'elle est attendue à 10h pour un duel, il semble être de mise de parler avec franchise, platitude et un manque flagrant de diplomatie. Pour incarner ces personnages inconfortablement robotiques, les interprètes (plutôt talentueux, il faut le dire) sortent donc leur meilleure voix monocorde. Le pince-sans-rire est la règle ici.

Ce choix de mise en scène a un certain sens. Il permet notamment de refléter l'état psychologique de la protagoniste, tout en exprimant certaines anxiétés sur la désensibilisation des êtres humains à leur propre condition. Mais très rapidement, cette approche des émotions et du jeu d'acteur paraît artificielle et forcée — au point de rendre l'ensemble agaçant. Pour s'intéresser aux personnages, il faut pouvoir s'y reconnaître, et le film ne nous permet pas vraiment d'être affecté par leur situation.

Et pourtant, envers et contre tout, "Dual" finit par faire son effet. Dans son dernier acte, dont nous ne révélerons pas la teneur, le film parvient à asseoir son propos de manière fort intrigante, et même à dégager certaines émotions de ses maniérismes stoïques. Ce revirement ne suffit cependant pas à en faire un coup de cœur, mais il permet un peu de changer la donne. On pensait ranger le film du côté des déceptions du festival, et voilà qu'il se dérobe, nous laissant à la fois exaspéré et fasciné. C'est le jeu du BIFFF : on ne sait jamais sur quoi on va tomber, parfois même au cours d'une séance.

 

"Dual" est à découvrir au BIFFF le 5 septembre à 20h30

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