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Santé & Bien-être

Bière sur vin, venin ? Des scientifiques démontrent que ce dicton n’est pas vrai

13 août 2022 à 09:00 - mise à jour 13 août 2022 à 09:18Temps de lecture3 min
Par Julien Covolo

"Grape or grain but never the twain", "Bier op wijn, venijn", "Bier auf Wein, das lass' sein", "Bière sur vin, venin"… quelle que soit la langue dans laquelle il est exprimé, ce célèbre dicton semble appliqué telle une vérité scientifique dès qu’il s’agit d’alcool. Mais au fond, est-ce vraiment le cas ? Pour éviter d’être malade, vaut-il mieux éviter les mélanges alcoolisés ou les consommer dans un certain ordre ? Ces scientifiques allemands ont étudié la question, expérience à l’appui.

Ne vous êtes-vous jamais privé d’une pils rafraîchissante offerte après votre verre de Spritz ? Au rayon des croyances populaires, la consigne d’éviter les mélanges à tout prix (surtout si les degrés d’alcool diminuent) est aussi tenace qu’une gueule de bois un lendemain de fête. Les chercheurs Jöran Köchling, Berit Geis, Stefan Wirth et Kai O Hensel de l’université de Witten/Herdecke en Allemagne ont sérieusement étudié la question dans une étude publiée dans l’American Journal of Clinical Nutrition.

L’étude

Pour vérifier si l’affirmation est exacte, les scientifiques ont mis en place un triple essai clinique contrôlé et randomisé, soit la plus sûre des méthodes expérimentales nécessitant la présence d’un groupe de contrôle et la répartition des patients entre les groupes par tirage au sort.

Jöran Köchling et ses collègues se sont donc retrouvés avec 90 volontaires âgés de 19 à 40 ans à qui il a été demandé… de boire. Les participantes et participants étaient répartis en quatre groupes. L’étude s’est déroulée sur deux jours à plus d’une semaine d’écart.

Jöran Köchling, Berit Geis, Stefan Wirth, Kai O Hensel, Grape or grain but never the twain ? A randomized controlled multiarm matched-triplet crossover trial of beer and wine, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 109, Issue 2, February 2019,
  • Le premier groupe était invité à ne consommer que de la bière, puis à passer au vin plus tard. Pour le deuxième groupe, c’était le contraire.
  • En parallèle, deux groupes de contrôle ne consommaient que de la bière ou du vin tout au long de la soirée.
  • Le deuxième jour de l’expérience, les deux groupes inversaient l’ordre de leurs consommations. Le groupe de contrôle qui n’avait bu que de la bière passait au vin, et celui qui n’avait bu que du vin passait à la bière.

Ivresse et gueule de bois

Le soir même de l’expérience, les volontaires devaient autodéterminer leur niveau d’ivresse sur une échelle de 0 à 10 toutes les heures. Leur taux d’alcool était également mesuré, mais pas révélé afin d’éviter de biaiser leur jugement. Après avoir passé la nuit sur le site de l’expérience, ils ont été soumis à un questionnaire complet (AHS pour Acute Hangover Scale) permettant de déterminer la sévérité de leur gueule de bois (sur une échelle de 0 à 56).

Leurs observations sont assez claires : "ni le type de boisson alcoolisée, ni l’ordre dans lequel elles ont été consommées n’ont influencé significativement l’intensité de la gueule de bois", révèle l’étude. Il apparaît en outre que la perception de sa propre ivresse et les vomissements constituent les indicateurs les plus évidents d’une intense gueule de bois.

Jöran Köchling, Berit Geis, Stefan Wirth, Kai O Hensel, Grape or grain but never the twain ? A randomized controlled multiarm matched-triplet crossover trial of beer and wine, The American Journal of Clinical Nutrition, Volume 109, Issue 2, February 2019,

Les chercheurs concluent que la célèbre croyance, selon laquelle bière et vin ne font pas bon ménage, n’est pas une vérité scientifique. En d’autres termes, ce n’est pas parce qu’un dicton rime ou sonne bien qu’il est vrai pour autant.

Les scientifiques rappellent qu’aussi douloureuses soient-elles, les gueules de bois présentent un important avantage en tant que signaux d’alarme "qui auront certainement aidé les humains à travers les âges à modifier leur comportement futur, et donc à transmettre cet avantage aux générations suivantes", concluent-ils.

Notons tout de même que l’abus d’alcool, quel qu’il soit, est dangereux pour la santé et que les invitations à en consommer avec modération ne sont pas anodines. "Nous rappelons à nos lecteurs de tenir compte des 'red flags' tels que l’ivresse perçue et les vomissements pour réduire l’intensité d’une gueule de bois", met en garde l’étude. Mieux vaut donc s’abstenir de boire pour ne pas être malade plutôt que d’éviter inutilement certains mélanges.

L’étude complète (en anglais) :

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