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Belgique

Benoît Lutgen: "Ceux qui lancent des appels à la haine, c'est dehors!"

Benoît Lutgen: "Ceux qui lancent des appels à la haine, c'est dehors!"
10 juin 2012 à 12:075 min
Par Julien Vlassenbroeck

Suite à l’attaque de deux policiers par un forcené et des remous causés par Sharia4Belgium à Molenbeek, la question de la lutte contre l’intégrisme et les groupuscules radicaux était posée sur le plateau de ce Mise au Point consacré au bilan des six premiers mois du gouvernement Di Rupo.

Pour Alexander De Croo (Open VLD), "il faut faire plus d‘efforts d’intégration et renforcer nos valeurs et nos règles". Pour le président des libéraux flamands, c’est avant tout aux individus qu’il faut s’attaquer. "On peut interdire les organisations mais il leur suffira de changer de nom. Ce sont des mesures contre les individus concernés qui doivent être prises".

D'après Thierry Giet, le président du parti socialiste "si l’interdiction est possible, il faut y aller mais en étant attentif à conserver la liberté d’expression et d’association. Donc il faut être prudent mais interdire si possible".

Benoît Lutgen (cdH) a, lui une posture bien plus radicale. "Clairement il faut interdire ce type de groupuscule. Il faut nettoyer la Belgique de ce type d’association. Ensuite, il faut s’attaquer aux individus en tant que tels. Il faut se pencher sur les droits de séjour de certaines personnes actives dans ces réseaux. Pour ceux qui sur notre territoire lancent des appels à la haine, c’est dehors!",  a lancé avec fermeté le président des humanistes. Pour celui-ci, on peut aller jusqu’à la déchéance de la nationalité.

Le MR enfonce le clou du parcours d’intégration, le ton monte avec le cdH

Une position ferme sur laquelle a embrayé Charles Michel. "Nous plaidons depuis dix ans au MR pour un parcours d’intégration et cela fait des années que l’on ne parvient pas à convaincre les partis de gauche. Nous voulons que dorénavant, l'on passe à l’acte".

Notons à ce stade du débat que les mesures avancées par Charles Michel et Benoît Lutgen ne pourront concerner que des personnes issues de l’immigration ou éventuellement belges d’origine étrangère (pour ce qui concerne la déchéance de nationalité). En outre, rappelons que plusieurs membres de Sharia4Belgium sont anversois or, en Flandre, l’Inburgering est déjà imposé.

"Je suis heureux d’entendre Benoît Lutgen s’exprimer fortement sur le radicalisme mais je regrette que pendant longtemps son parti, associé à des gouvernements de gauche ne se soit pas mobilisé sauf quand des évènements se manifestaient", a encore ajouté Charles Michel à l’attention de son alter ego centriste.

Une pique qui a fait réagir le destinataire, lequel ne s’est pas privé de rappeler qu’entre "1999 et 2011, les libéraux ont eu l’intérieur (la police, la sécurité) dans leurs mains. C’est donc une autocritique de la part de Charles Michel. Dépassons ces clivages ridicules M. Michel", a riposté l’ancien ministre wallon.

"Benoît Lutgen est en train de mentir!", s’est emporté à son tour le président des réformateurs. "On est ou bien dans de l’incompétence ou bien de la mauvaise foi mais le parcours d’intégration ne dépend pas du ministre fédéral, c’est une compétence des régions et des communautés", a-t-il recadré. "Alors pourquoi M. Lutgen , M. Giet, M. Dleuze, refusez-vous de mettre en place le parcours d’intégration dans les niveaux de pouvoir auxquels vous êtes associés?", a-t-il ensuite lancé en direction des partis qu’il qualifie de "partis de gauche".

Pour le FDF, il faut surtout "renforcer immédiatement les moyens de la Justice"

Par rapport au parcours d’intégration, ces partis ne semblent pourtant pas opposés au principe.

"Les parcours d’intégration, nous sommes pour", a affirmé Olivier Deleuze, co-président d’Ecolo.  "Je n’ai pas de tabou sur le caractère obligatoire de ces parcours, s’il apparaît qu’il vaut mieux que ce soit obligatoire pour le vivre ensemble, cela va pour moi", a encore ajouté l’ancien secrétaire d’Etat.

Pas d’opposition non plus sur le principe du côté du PS. "Ce parcours peut-être sans aucun problème obligatoire. Mais est-ce que dans tous les cas de figure le caractère obligatoire se justifie? Il faut un débat", estime cependant Thierry Giet. "Il faut travailler sur la problématique de la discrimination car là aussi se situe un problème important et il faut porter le fer là aussi", a encore ajouté le président socialiste ad interim.

Une autre idée pour lutter contre les groupuscules radicaux est venue des rangs du FDF.

"Il faut renforcer les moyens de la Justice", a plaidé Olivier Maingain, le président des fédéralistes francophones. Pour ce dernier, il faut qu’on puisse "chaque semaine" tenir des audiences pour les flagrants délits et les procédures accélérées. Toujours d’après le bourgmestre de Woluwé-Saint-Lambert, il faut "tout de suite, pas dans deux ou trois ans" trois magistrats supplémentaires à Bruxelles. Il faut également "tout de suite renforcer les moyens du parquet".

Thierry Giet "danse un peu sur deux pieds"

Alors qu’était abordée cette fois la question du bilan socio-économique du gouvernement, le président du parti socialiste a été directement interpellé par les représentants des syndicats via une critique adressée au gouvernement Di Rupo dans son ensemble.

"Oui, c’est un gouvernement de centre-droit", a avancé Rudy De Leeuw. "Nos affiliés ont voté clairement pour la gauche tant en Flandre qu’en Wallonie. Les gens attendent des politiques sociales. Ce n’est pas en supprimant des allocations de chômage pour les jeunes qu’on va régler la crise!", a grondé le président de la FGTB.

"On a choisi le chemin de l’austérité or il faut choisir le chemin de la croissance", a-t-il encore fait valoir. "De l’argent pour la relance il y en a, hein! Nous l’avons encore constaté ce week-end, la crise est causée par la spéculation, par la banque", a encore pointé le leader syndical. "On a déjà payé la crise des banques et on va encore réserver 100 milliards pour les banques en Espagne", a-t-il fait remarquer.

"Je partage totalement les revendications que je viens d’entendre. Ce sont les convictions et les valeurs du PS. Il y a évidemment des mesures difficiles, la dégressivité des allocations de chômage, c’est quelque-chose que je n’aime pas, ce n’est pas une mesure du PS", s’est défendu Thierry Giet. "Mais, oui, cette mesure est difficile mais nous avons dû négocier un accord équilibré pour éviter la limitation des allocations dans le temps que l’Europe libérale demande ainsi que la régionalisation des allocations de chômage exigée par certains au nord. En contrepartie, nous avons demandé des efforts conséquents au monde du capital", a encore mis en avant celui qui a succédé à Elio Di Rupo à la tête du PS.

Une défense qui a ulcéré Claude Rollin. "Je veux bien entendre les difficultés internes pour concilier nord et sud, gauche et droite", a commencé le secrétaire général de la CSC.

"Mais par contre, de façon très claire, je ne peux pas accepter qu’on dise qu’il y a ‘une forme d’équilibre’ parce qu’on a forcé certains à quitter leur Audi A8 pour une A6 et d’autre qui avaient 900 euros pour vivre par mois on leur a demandé d’en retirer  150, c'est-à-dire que de la misère, on les a mis dans une plus grande misère. Sans leur proposer la moindre solution , le moindre moyen de remettre le pied à l’étrier", a lancé le chef de file du syndicat chrétien.

Alexander De Croo  a lui carrément balayé les propos de Thierry Giet en estimant que "ce qui est important c’est qu’Elio Di Rupo défende ce l’on fait dans le gouvernement. Thierry Giet danse un peu sur deux pieds, c’est tout à fait normal. Mais ce qui est important est que les réformes que nous avons prises, elles, fonctionnent. L’Europe actuellement en Belgique est un des pays fort. On payait presque 7% sur notre dette contre moins de 3% aujourd’hui", a souligné le leader des libéraux flamands.

Julien Vlassenbroek

 

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